Le secteur agricole marocain aborde la nouvelle campagne sous le signe de l’incertitude, après une précédente saison pourtant caractérisée par des rendements satisfaisants et un répit notable dans les réserves hydriques. Alors que l’automne, l’hiver et le printemps avaient permis de reconstituer les barrages et d’alimenter convenablement les grands périmètres irrigués, la persistance de fortes canicules estivales a brusquement changé la donne.
Ces tensions thermiques mettent particulièrement à l’épreuve les cultures pluviales, qui dépendent des pluies, tout en fragilisant les bassins de production maraîchère du Souss-Massa, où les aléas climatiques s’ajoutent à d’autres défis structurels, écrit le quotidien Les Inspirations Éco.
La région du Souss-Massa est un pôle stratégique d’exportations, et concentre à elle seule la quasi-totalité des expéditions nationales de tomates en direction de différents marchés internationaux, dont ceux de l’UE et de la Grande-Bretagne. Cités par Les Inspirations Éco, des représentants de fédérations agricoles, comme Amine Amanatoullah de la Fédération interprofessionnelle des fruits et légumes, soulignent la vulnérabilité marquée des cultures phares (tomates, poivrons ou concombres), confrontées à des températures excessives. Ces conditions extrêmes perturbent directement des étapes biologiques fondamentales dans la pousse des légumes: la floraison, la nouaison et le grossissement, menaçant à la fois les volumes récoltés et le respect de strictes normes de qualité.
Au-delà des aspects purement climatiques, les exploitations agricoles doivent composer avec de multiples contraintes économiques et sanitaires, venant alourdir leurs charges d’exploitation. La propagation persistante de virus végétaux comme le ToBRFV, conjuguée à la dégradation progressive des infrastructures de serres et à la cherté des intrants, limite la marge de manœuvre des producteurs. Pour tenter de contrer les effets néfastes du sirocco, un vent chaud et sec, les agriculteurs intensifient leurs investissements en installant des filets brise-vent, et des dispositifs de refroidissement évaporatif, ce qui vient encore alourdir ainsi le coût global de la production.
L’analyse de la situation dépasse le simple cadre du volume récolté, l’eau devenant une variable économique majeure dont l’accès pèse lourdement sur la rentabilité. L’augmentation des besoins en irrigation induite par la chaleur se traduit par des dépenses supplémentaires pour maintenir des standards de qualité acceptables à l’export. Des experts en agroéconomie rappellent qu’un bon rendement physique, ne garantit en rien un revenu agricole stable, les fluctuations des prix sur les marchés jouant un rôle déterminant. Une production accrue ne se traduit pas toujours par de meilleurs gains, tandis qu’une baisse des volumes peut parfois être compensée par une revalorisation tarifaire, complexifiant la gestion financière des exploitations d’une année sur l’autre, lit-on dans Les Inspirations Éco.
Les répercussions de ces aléas climatiques touchent également d’autres filières réputées plus pérennes, comme l’arboriculture fruitière et la production d’huile d’olive. La culture des oliviers requiert des apports hydriques précis en fin de période estivale, pour assurer un bon calibre aux olives et optimiser le rendement en huile, un manque d’eau pouvant compromettre la récolte future. De surcroît, le secteur doit digérer les déséquilibres de la campagne précédente, où une surproduction avait entraîné une forte chute des prix. Les perspectives pour les cycles à venir restent donc nuancées, oscillant entre des épisodes pluviaux bienvenus par endroits et des déficits hydriques structurels persistants dans d’autres zones.
Devant ces multiples problématiques climatiques, désormais récurrentes, l’enjeu primordial pour les acteurs agricoles réside dans leur capacité à s’adapter durablement, pour préserver la régularité des approvisionnements et la pérennité des revenus. Cette nouvelle donne, appelée à être structurelle, implique non seulement de sécuriser l’accès à l’eau et d’ajuster les calendriers des récoltes pour éviter des perturbations logistiques, mais aussi d’accélérer l’innovation variétale avec des plants plus résistants. Le maintien de la compétitivité marocaine à l’international exige donc un accompagnement technique et financier renforcé, permettant aux exploitations d’absorber les chocs thermiques et de stabiliser l’offre sur les marchés, devant la nécessaire prise en considération des conditions météorologiques, désormais devenues aléatoires.




