Après avoir subi une série d’années particulièrement arides, le Maroc amorce la saison automnale avec une situation hydrique nettement plus favorable que celle observée un an auparavant. À la date du 10 octobre 2026, le taux de remplissage moyen des retenues à l’échelle nationale s’élevait à 65,51%, marquant un bond spectaculaire par rapport aux 32,68% enregistrés à la même période en 2025. «Cette dynamique traduit un véritable changement d’échelle: le volume d’eau emmagasiné a dépassé la barre des 11,15 milliards de mètres cubes, ce qui représente plus du double des réserves de l’automne précédent», indique le quotidien Les Inspirations Eco du 14 octobre.
Les précipitations récentes continuent de nourrir ces retenues, apportant ponctuellement plusieurs dizaines de millions de mètres cubes supplémentaires en une seule journée et offrant un répit bienvenu au Royaume.
Cette nette remontée des stocks redonne aux autorités et aux usagers des marges de manœuvre précieuses après plusieurs campagnes éprouvantes. Néanmoins, les analystes invitent à une lecture nuancée de ces chiffres globaux, car une moyenne nationale prometteuse ne garantit pas une abondance uniforme sur l’ensemble du territoire. Les apports en eau demeurent très inégaux selon les bassins versants, et les sollicitations quotidiennes pour la consommation d’eau potable, l’agriculture et les activités industrielles continuent de peser sur la ressource. Ainsi, bien que ce regain d’eau améliore l’état général des infrastructures, il ne saurait effacer d’un trait les fragilités structurelles accumulées au cours des multiples cycles de sécheresse.
Sur le plan économique, le secteur agricole apparaît comme le premier bénéficiaire direct de cette amélioration pluviométrique. «La hausse du niveau des barrages offre la possibilité de rétablir une partie des dotations d’irrigation qui avaient été sévèrement restreintes, de sécuriser certains types de cultures et de redonner de l’élan aux perspectives de la campagne 2026-2027», souligne Les Inspirations Eco.
Dans les grands périmètres irrigués, les exploitants peuvent espérer une plus grande régularité dans l’approvisionnement en eau. Pour autant, ces réserves ne constituent pas une garantie absolue à elles seules, car la réussite d’une saison agricole dépend également de la répartition temporelle des pluies, de la qualité des sols, des températures et de la vulnérabilité persistante des zones dépendantes des précipitations directes.
L’analyse territoriale révèle en effet de profondes disparités régionales qui persistent malgré l’amélioration globale. Les bassins du Nord enregistrent des niveaux très confortables, à l’image du Sebou, dont le taux de remplissage dépassait 77% au début du mois d’octobre, porté par les performances du barrage Al Wahda, qui franchissait le seuil des 81%. À l’opposé, d’autres régions stratégiques restent soumises à une forte tension hydrique en raison d’une pression urbaine et agricole continue. L’exemple du bassin de l’Oum Er-Rbia et du barrage Al Massira illustre parfaitement ces décalages : cette infrastructure majeure, durement touchée par la crise ces dernières années, témoigne de la lenteur du rétablissement des stocks dans certaines zones clés du pays.
Face à cette instabilité chronique des apports naturels, le Maroc accentue la transformation de son modèle de gestion de l’eau en diversifiant ses sources d’approvisionnement. Le déploiement d’usines de dessalement de l’eau de mer, la réalisation d’interconnexions entre bassins, la réutilisation des eaux usées traitées et la modernisation des réseaux d’adduction s’imposent désormais comme des piliers fondamentaux de la stratégie nationale.
L’expérience a démontré qu’une succession de saisons pluvieuses ne suffit plus à prémunir durablement le pays contre de futurs épisodes arides, rendant indispensable la réduction de la dépendance exclusive vis-à-vis de la pluviométrie et des retenues de surface. L’enjeu majeur consiste désormais à consolider cette embellie passagère sans relâcher la vigilance ni freiner la rationalisation des usages.




