Assurance: pourquoi les courtiers sont-ils des maillons sous-estimés?

Contrat d'assurance automobile.

Revue de presseAlors que le marché marocain de l’assurance dépasse les soixante-trois milliards de dirhams, le courtier demeure l’un de ses moteurs les plus méconnus. Entre ingénierie des risques complexes, absence de facturation du conseil et fracture technologique, le secteur appelle une refonte profonde pour libérer tout son potentiel de croissance. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 29/09/2026 à 20h03

Le marché marocain de l’assurance franchit des paliers significatifs, soutenu par une dynamique économique nationale constante et un volume d’affaires qui s’est hissé à plus de soixante-trois milliards de dirhams. Pourtant, au cœur de cette machinerie financière, l’un des rouages les plus déterminants reste paradoxalement sous-estimé, et réduit à un simple rôle d’intermédiaire. Alors qu’il structure les risques, sécurise les investissements et conditionne parfois le financement même des projets structurants, le courtier demeure un acteur, dont la véritable valeur économique peine à être pleinement reconnue, relève le magazine hebdomadaire Challenge.

La distribution des produits d’assurance au Royaume repose sur des canaux multiples où le courtage occupe une place de choix, juste derrière la bancassurance, et largement devant les agents généraux. Avec près de vingt milliards de dirhams de primes placées, les professionnels du courtage se distinguent fondamentalement des agents par leur indépendance statutaire. Contrairement à l’agent qui représente une compagnie, le courtier agit exclusivement au nom et pour le compte de son client, le conseillant, mettant les assureurs en concurrence et engageant sa propre responsabilité professionnelle.

Loin de se limiter à un rôle d’apporteur d’affaires, le cabinet de courtage déploie une ingénierie du risque indispensable sur les segments les plus pointus de l’économie. Qu’il s’agisse de grands chantiers d’infrastructure, de couvertures tous risques, de responsabilité décennale ou de risques aéroportuaires, aucune de ces polices ne se souscrit sur catalogue. Face à la multiplication des aléas climatiques extrêmes, et à la sophistication croissante des projets dans le Royaume, le travail d’analyse en amont devient un impératif absolu, pour garantir le bouclage financier des investissements.

Ce travail d’expertise et de conseil souffre pourtant d’une anomalie économique majeure puisqu’il est le plus souvent rendu à titre gracieux, englobé de force dans la commission de placement. Sur des garanties encore trop méconnues des entreprises comme l’assurance homme clé, la protection des mandataires sociaux ou la perte d’exploitation, le temps passé par des ressources qualifiées n’est pas rémunéré à sa juste valeur. Un marché qui néglige de tarifer le conseil finit inévitablement par fragiliser l’investissement dans la compétence et la qualité de l’analyse des risques, souligne Challenge.

La profession souffre par ailleurs d’une fracture structurelle profonde, entre une poignée de grands acteurs adossés à des réseaux internationaux, et une multitude de cabinets familiaux, aux moyens techniques limités. Cette disparité nuit à la lisibilité du secteur et entretient l’image d’un intermédiaire traditionnel, face à des exigences de technicité toujours plus élevées. À cela, s’ajoute un retard technologique visible dans l’interfaçage des données, avec les compagnies d’assurances, de même qu’un cadre fiscal pénalisant qui prive les courtiers du droit à déduire la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) grevant leurs charges d’exploitation.

Les chantiers de modernisation en cours, notamment à travers le projet de refonte du Livre IV du Code des assurances piloté par l’ACAPS, marquent une étape bienvenue pour encadrer la profession, intégrer la distribution digitale, et unifier la représentation des intermédiaires. La transition numérique représente, à ce titre, avec l’IA, une opportunité historique, pour automatiser les tâches administratives répétitives et recentrer l’activité sur l’accompagnement stratégique, à condition que les cabinets parviennent à s’emparer de ces outils, pour transformer leurs modèles opérationnels.

À l’échelle internationale, le courtage est considéré comme un actif de premier plan aux valorisations élevées, soutenu par des revenus récurrents et une forte fidélisation de la clientèle. Le Maroc dispose de tous les leviers nécessaires pour opérer cette même mue, et propulser son taux de pénétration vers les standards des économies émergentes les plus dynamiques. À condition de cesser de percevoir le courtage comme un simple coût de transaction pour y voir ce qu’il est réellement, à savoir le pilier incontournable de l’expertise et de la sécurité financière, conclut le magazine.

Par La Rédaction
Le 29/09/2026 à 20h03