Assurance automobile: hausse silencieuse des tarifs

Après une tentative avortée il y a près de trois mois, les compagnies d’assurances ont discrètement mis à exécution la majoration des tarifs de la prime de responsabilité civile automobile»

Revue de presseDiscrètement appliquée au début du mois d’août, après une première tentative suspendue au printemps, la hausse des primes de la responsabilité civile automobile est désormais une réalité. Justifiée par les assureurs par l’entrée en vigueur de la loi n°70-24 et la revalorisation des indemnités aux victimes d’accidents, cette majoration de 5% marque le début d’une série d’augmentations annuelles prévues jusqu’en 2030, au grand dam des consommateurs et d’un réseau de distribution pris de court. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Economiste.

Le 09/08/2026 à 20h24

Ce qui n’était encore qu’une simple rumeur circulant au sein du secteur financier vient de se concrétiser sur le marché national. «Après une tentative avortée il y a près de trois mois, les compagnies d’assurances ont discrètement mis à exécution la majoration des tarifs de la prime de responsabilité civile automobile», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du lundi 10 août.

Cette révision tarifaire, appelée à s’échelonner sur la période 2026-2030, a pour objectif officiel de financer la revalorisation du barème d’indemnisation des victimes d’accidents de la circulation et de leurs ayants droit, conformément aux dispositions de la loi n°70-24, entrée en vigueur le 29 janvier 2026. Si la réforme légale est présentée comme un progrès social majeur pour adapter l’indemnisation des préjudices corporels aux réalités économiques actuelles, son coût financier repose désormais directement sur les épaules des automobilistes.

La mise en œuvre technique s’est effectuée du jour au lendemain, directement au niveau des systèmes informatiques de souscription et de tarification mis à la disposition des intermédiaires. Les agents généraux et courtiers n’ont pas été associés à cette prise de décision ni informés préalablement de son déploiement.

En raison de l’absence totale de communication officielle de la part des organes représentatifs du secteur, une incertitude subsiste quant à la simultanéité et à la parfaite uniformité de cette majoration, initialement évaluée à environ 5%, ainsi que sur sa date d’effet exacte. Néanmoins, l’examen de contrats d’assurance renouvelés en ce début du mois d’août atteste de la réalité de cette hausse. «À titre d’exemple, une police d’assurance établie le vendredi 7 août auprès de la compagnie Sanlam affiche un montant de 870 dirhams, contre 830 dirhams pour le contrat expiré la veille. Cette variation représente un surcoût immédiat de 40 dirhams, soit une augmentation exacte de 5 %. Des revalorisations similaires ont également été signalées cette semaine chez d’autres acteurs majeurs de la place tels que RMA, AXA ou la MATU, traduisant une dynamique globale chez les assureurs», explique L’Economiste.

Cette première hausse n’est toutefois que le premier volet d’un plan quinquennal de revalorisations successives prévues jusqu’en 2030. L’effet cumulé de ces majorations annuelles représente un impact financier significatif pour le budget des ménages. Une prime annuelle s’élevant à 2.950 dirhams avant la révision atteindra ainsi près de 3.763 dirhams à l’horizon 2030, générant un surcoût cumulé supérieur à 800 dirhams pour l’assuré.

Cette augmentation aurait dû intervenir initialement dès le 1er avril dernier. Cependant, la réaction de l’autorité de régulation avait contraint les compagnies à faire marche arrière en urgence. Les réseaux de distribution avaient alors reçu instruction de suspendre le dispositif dans l’attente d’une date ultérieure. Cet épisode démontrait déjà que l’application du nouveau tarif n’était qu’une question de calendrier, en dépit des réserves formulées par l’autorité de concurrence.

Au sein des réseaux de distribution, le mécontentement et la confusion prédominent. Déconnectés du processus décisionnel, de nombreux agents généraux ont découvert la hausse au moment même d’imprimer les polices d’assurance de leurs clients, en pleine période estivale. Sur les réseaux sociaux, les professionnels échangent leurs constatations pour vérifier si l’ajustement touche l’ensemble des compagnies ou s’il s’applique de manière différenciée selon les opérateurs. «Contrairement à la démarche coordonnée du printemps, les compagnies semblent cette fois-ci faire évoluer leurs grilles tarifaires en ordre dispersé», souligne L’Economiste.

Le calendrier prévoit une série de cinq hausses successives déclenchées à chaque date anniversaire annuelle, à moins d’une intervention contraire des autorités publiques. Le Conseil de la concurrence, interpellé sur sa position face à ce qui ressemble à une révision tarifaire concertée temporairement suspendue puis réintroduite, ne s’est pas encore prononcé. Il en va de même pour la Fédération marocaine de l’assurance, qui n’a pas apporté de précisions sur la généralisation de la mesure.

Face à cette situation, les organisations de défense des consommateurs préparent leur riposte. Bien que la réglementation ne leur permette pas de saisir directement le Conseil de la concurrence faute de statut d’utilité publique, certaines structures annoncent la publication imminente de prises de position publiques. D’autres acteurs comptent demander formellement au Conseil de la concurrence de s’autosaisir du dossier, tout en interpellant l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale sur les conditions d’application de cette hausse.

Pour rappel, l’argumentaire technique reposant sur l’application de la loi n°70-24 vise l’ensemble du parc automobile national. La majoration s’applique sans distinction aux nouvelles souscriptions, aux renouvellements de contrats, aux véhicules particuliers, aux flottes professionnelles, ainsi qu’à l’ensemble des engins motorisés roulants, allant des deux-roues et quads aux véhicules d’auto-école, ambulances et engins de chantier.

Par La Rédaction
Le 09/08/2026 à 20h24