Assurance: cap sur la dématérialisation et la refonte des modèles

Farid Bensaïd, président de la Fédération nationale des agents et courtiers d’assurance au Maroc (FNACAM).

Réunis lors de la 10e rencontre annuelle de la FNACAM, les dirigeants du secteur de l’assurance ont dévoilé les grands chantiers destinés à transformer le marché marocain. Entre tarification sur mesure de la responsabilité civile, suppression progressive de l’attestation papier, refonte des conditions d’accès au métier d’intermédiaire et transition vers la CNSS, la profession s’apprête à adapter ses méthodes pour diversifier ses activités et accompagner durablement les assurés. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News.

Le 20/10/2026 à 20h45

Le secteur de l’assurance au Maroc aborde une période de mutations majeures alors même qu’il sort d’une décennie de croissance soutenue, marquée par un chiffre d’affaires atteignant 64,1 milliards de dirhams en 2025. Cette trajectoire ascendante a été mise en relief par Farid Bensaid, président de la FNACAM, lors de la 10e rencontre annuelle de la Fédération nationale des agents et courtiers d’assurance au Maroc.

Cependant, ce bilan très positif à l’échelle macroéconomique ne masque plus les faiblesses structurelles du réseau de distribution, composé en grande partie de petites entités fortement dépendantes de la branche automobile et très vulnérables aux variations de leurs commissions. «Dans ce contexte de fragilité pour les 2.154 intermédiaires recensés, la FNACAM sollicite une révision à la hausse de leur commissionnement et des réaménagements fiscaux face au poids de la retenue à la source sur leur trésorerie», indique le magazine Finances News Hebdo.

Au cœur des débats portés par la profession figure une restructuration profonde de la tarification automobile. La révision en cours du barème d’indemnisation des dommages corporels entraîne déjà des ajustements tarifaires appelés à s’étaler sur quatre exercices successifs, sans qu’aucun taux de hausse global ne soit encore arrêté. En parallèle, l’ACAPS et la FMA travaillent à une refonte de la responsabilité civile automobile afin de mieux segmenter le risque à partir d’analyses actuarielles approfondies. Mohamed Hassan Bensalah, président de la FMA, et Abderrahim Chaffai, président de l’ACAPS, ont souligné que, si cette démarche vise à offrir des conditions préférentielles aux conducteurs prudents tout en majorant les tarifs appliqués aux profils à risque, sa mise en œuvre opérationnelle s’annonce délicate et exigeante pour l’ensemble des compagnies.

Sur le plan technique et réglementaire, l’automatisation s’impose comme une priorité opérationnelle pour moderniser le suivi du parc roulant. Un projet d’envergure prévoit l’abandon définitif du support papier pour l’attestation d’assurance automobile au 1er juillet 2027, une phase pilote reposant sur l’usage d’un QR code ayant été lancée dès le 1er juillet 2026. Ce dispositif s’appuie sur une solution applicative partagée entre les assureurs, la DGSN et la Gendarmerie royale. «Les forces de l’ordre sont équipées de terminaux mobiles permettant de vérifier instantanément la couverture d’assurance d’un véhicule, tandis que les usagers peuvent consulter leur attestation à tout moment», souligne Finances News.

Parallèlement à la dématérialisation, le cadre d’exercice du métier d’intermédiaire s’apprête à connaître une révision substantielle à travers la refonte du livre IV du Code des assurances, dont le projet est actuellement examiné au Secrétariat général du gouvernement. Les orientations transmises au Conseil de la concurrence prévoient notamment la suppression de l’exigence d’une licence universitaire et de l’examen professionnel pour accéder à la profession, tout en introduisant un devoir de conseil renforcé et des programmes de développement des compétences.

Cette modernisation vise également à encourager l’innovation grâce à des bacs à sable réglementaires gérés par l’ACAPS pour tester de nouvelles technologies, à créer un cadre propre à l’assurance affinitaire et à inciter les agents à diversifier leur portefeuille, dans lequel la branche automobile représente encore 75% des activités.

Un autre enjeu crucial concerne la généralisation de l’AMO et le transfert des garanties maladie vers la CNSS, une bascule délicate qui suscite de vives inquiétudes au sein des réseaux de distribution. Face à cette transition, dont le calendrier exact reste à formaliser, Farid Bensaid a réclamé une période d’accompagnement d’au moins deux ans afin de permettre aux intermédiaires de préparer au mieux leurs entreprises clientes et les salariés de celles-ci.

Les dirigeants du secteur incitent la profession à transformer ce retrait obligatoire en opportunité commerciale en développant massivement des couvertures complémentaires en matière de santé, de prévoyance, d’invalidité ou de décès, afin de conquérir de nouveaux relais de croissance rentables.

Dans cette optique de diversification, les autorités de contrôle et les acteurs du marché cherchent à étendre le périmètre de l’assurance en ciblant des populations encore peu couvertes, la prime moyenne par habitant ayant progressé de 92% en dix ans pour s’établir à 1.715 dirhams en 2025. Une vingtaine de leviers de développement ont été définis et mis en chantier en septembre 2026, incluant la micro-assurance, l’assurance intégrée, la simplification du traitement des réclamations et l’amélioration du paiement multicanal.

Pour concrétiser ce potentiel, la FMA invite les intermédiaires à délaisser la concurrence frontale sur les comptes existants pour prospecter plus activement auprès des TPE, des PME et des travailleurs indépendants, tout en faisant preuve d’une plus grande rigueur dans la gestion des créances et le rapprochement semestriel des comptes.

Par La Rédaction
Le 20/10/2026 à 20h45