Il était 22h30 lorsque Tyla a fait son entrée sur la scène de l’OLM Souissi. Sur le parvis et dans les allées qui convergent vers l’enceinte, le public avait afflué tôt dans la soirée. Pour une partie des festivaliers interrogés à la sortie, l’attente avait commencé bien avant le début du concert. Ce troisième soir du festival coïncidait avec la fin des examens scolaires pour une fraction du public présent.
«Ça donne le coup d’envoi de l’été et marque la fin des études. Du coup, c’est trop bien», résume Zineb, 17 ans, venue spécialement pour voir son artiste préférée. Le concert de Tyla fonctionne pour ce public jeune comme un marqueur de saison, une bascule entre la pression des études et la liberté estivale. Pour Mohamed, 18 ans et déjà à sa troisième édition de Mawazine, Tyla incarne l’énergie de l’été.
Sur scène, Tyla a déroulé un set ancré dans sa discographie tout en ouvrant une fenêtre sur la suite. Elle a interprété Chanel, Push 2 Start, Water, She Did It Again, Truth or Dare, Show Me Love, Jump et Is It. Ces titres couvrent l’essentiel de son parcours depuis son premier album éponyme sorti en mars 2024, jusqu’aux sorties récentes de l’EP We Wanna Party (2025), dont elle a également chanté quelques sons.
La chorégraphie a également constitué un axe central du spectacle, plusieurs festivaliers l’ayant spontanément mentionné sans que la question ne soit posée. «Je connais toutes ses chansons et, vraiment, elle danse trop bien», dit Zineb. Lilya, 18 ans, confirme: «Elle danse bien et je voulais m’amuser avec mes amies.»
Parmi les échanges recueillis aux abords de la scène, celui de Lilya se distingue par sa portée. La jeune femme de 18 ans ne se contente pas d’exprimer une préférence musicale. Elle situe son intérêt pour Tyla dans un registre identitaire et géographique plus large. «Elle représente l’Afrique dans un certain sens. Je suis content de la voir.»
Pour cette spectatrice, la présence de Tyla sur la scène de Rabat est une forme de représentation continentale, perçue et articulée comme telle par une jeune marocaine qui voit dans la trajectoire d’une artiste d’Afrique australe quelque chose qui la concerne également.
Lire aussi : À Mawazine, Ninho met l’OLM Souissi en ébullition avant Maroc-Écosse
Sur les réseaux sociaux, le nom de Tyla mobilise régulièrement des commentaires qui excèdent le registre de la critique musicale. La chanteuse y est perçue comme une figure du succès des femmes noires africaines à l’échelle internationale, une artiste qui s’est imposée au niveau mondial depuis Johannesburg. Son parcours est souvent cité comme exemple d’une réussite africaine bâtie depuis le continent et sa visibilité est vécue par une partie de son public comme une forme de représentation. Tyla est née en 2002 dans l’East Rand de Johannesburg, en Afrique du Sud. Elle a commencé par publier des reprises et des compositions personnelles sur Instagram avant d’être repérée par l’industrie musicale. Son titre Water, sorti en juillet 2023, a constitué le premier titre d’une soliste sud-africaine à entrer dans le Billboard Hot 100 américain en 55 ans, il s’est classé à la 7ème place du classement et a déclenché un phénomène mondial sur TikTok.
La reconnaissance institutionnelle a suivi. En 2024, aux 66ème Grammy Awards, Tyla reçoit le tout premier Grammy de la catégorie Best African Music Performance, devenant ainsi la plus jeune artiste africaine à obtenir cette distinction. Deux ans plus tard, lors de la 68ème cérémonie, elle en décroche un second dans cette même catégorie, pour Push 2 Start.
Le festival, qui court du 19 au 27 juin à Rabat et Salé, a structuré une part de sa programmation internationale autour des scènes africaines contemporaines. Tyla y côtoie des artistes comme Rema ou Diamond Platnumz dans une logique de valorisation des musiques du continent.
Le moment est d’autant plus particulier pour Tyla qu’elle se trouve, au soir du 21 juin, entre deux albums, en pleine phase d’ascension vers ce qu’elle a elle-même décrit comme son objectif: devenir la première pop star mondiale issue du continent africain.




