Le premier long métrage d’Abdelhak Najib, «Les évadés de Tindouf», sera à l’affiche à partir de ce mercredi 4 novembre dans les salles de cinéma du Royaume. Une sortie qui intervient à deux jours de la célébration de la Marche verte et quelques jours après le 31 octobre, date marquante dans le dossier du Sahara. Un calendrier qui n’a rien d’anodin et qui offre une résonance particulière à cette œuvre consacrée aux anciens détenus des camps de Tindouf.
Le choix de cette date a notamment été évoqué mardi 3 novembre, lors de l’avant-première organisée au Megarama de Casablanca. Plusieurs personnalités ont fait le déplacement, parmi lesquelles le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour. Déjà projeté à plusieurs reprises depuis 2025, le film, distribué par Canal 4 d’Imane Mesbahi, s’apprête désormais à rencontrer le grand public dans les salles nationales.
Derrière chaque évasion, une vie à raconter
Scénariste et réalisateur du film, Abdelhak Najib revient sur les rencontres qui ont nourri son projet. «J’ai rencontré des personnes qui ont enduré des années de torture à Tindouf, mais leur résilience est devenue une forme de résistance. Ce film raconte leur histoire, dont celle de Mohamed Lahmani, que j’avais rencontré lorsque je travaillais à VH Magazine. J’ai voulu la raconter de manière romancée, tout en restant fidèle à leurs expériences réelles», explique-t-il.
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«Les évadés de Tindouf» retrace ainsi le parcours de ceux qui ont réussi à s’échapper des geôles des camps de Tindouf, après y avoir parfois passé plus de vingt ans. Des hommes et des femmes confrontés à la torture, aux violences physiques et psychologiques, aux humiliations et aux viols. Derrière le récit cinématographique, il y a des trajectoires humaines marquées par la souffrance, mais aussi par une volonté de survivre et de témoigner.
Quand les racines racontent l’histoire d’un père
Le film puise aussi sa matière dans la littérature, avec «Une ombre sur le sable», dont Abdelhak Najib retrace la trame: «Le livre raconte l’histoire d’un évadé de Tindouf qui traverse le désert et finit par y mourir. Ses ossements ne seront jamais retrouvés. Vingt-quatre ans plus tard, son fils revient au Sahara à la recherche des restes de son père. Il rencontre un vieil homme qui lui dit: “Ne cherche pas ton père, il est partout.” Il lui montre les arbres plantés dans le sable et lui explique que leurs racines sont celles de son père. C’est de ce récit qu’est né le scénario.»
Une image forte, presque poétique, qui donne au film une dimension supplémentaire: celle de la mémoire, de la transmission et des traces que laissent les disparus.
Walid Regragui a participé à la production du film
Le projet se distingue aussi par son mode de financement, sans soutien institutionnel ni subvention, selon Abdelhak Najib. Le réalisateur évoque une aventure rendue possible par quelques appuis personnels: «En 2024, nous avons décidé de faire ce film sans le sou. Nous n’avons reçu aucun financement institutionnel, mais quelques amis nous ont soutenus. Un jour, Walid Regragui, alors sélectionneur de l’équipe nationale de football, nous a appelés pour nous proposer son aide et nous annoncer qu’il allait nous envoyer de l’argent», raconte-t-il.
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Psychiatre, actrice et productrice du film, Imane Kendili y voit un lien entre mémoire et transmission. «C’est un film sentimental qui fait dialoguer les générations autour de l’histoire du Maroc, une histoire vieille de plusieurs siècles. Nous nous sommes battus et avons persévéré», souligne-t-elle.
Elle évoque aussi l’émotion suscitée par le discours du roi Mohammed VI du 31 octobre de l’année précédente: «En lisant les deux paragraphes consacrés à Tindouf, je me suis mise à pleurer. Aujourd’hui, je pense que nous donnons corps aux messages de ce discours et saisissons mieux la portée de cette vision», confie-t-elle.
«Parler de ces endroits que le monde ne connaît pas»
Dentiste de profession, Alia Bencheikh prête ses traits à une médecin enlevée. Au-delà du rôle, elle retient la portée du film: «C’est un message adressé aux Marocains, mais aussi au monde entier, pour mettre en lumière ce qui se passe dans des lieux méconnus. Cette expérience a été enrichissante et j’espère que d’autres films aborderont ce sujet», témoigne-t-elle.
Un dernier rôle à l’écran pour Mohamed Choubi
Le film réunit Imane Kendili et Alia Bencheikh aux côtés de Driss Roukhe, qui incarne le caporal supervisant les séances de torture, et de Dean Mountaki, dans le rôle d’un tortionnaire. Mohamed Choubi campe un antiquaire, ami de Mohammed et lui-même rescapé de Tindouf. Kamal Haïmoud, Karim Oujil, Mohamed Simoka et Yassine Abdelkader complètent notamment la distribution.
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La présence de Mohamed Choubi donne au film une résonance particulière. Déjà éprouvé par la maladie au moment du tournage, le comédien y interprète un homme habité par les traces de sa captivité. Sa disparition confère à cette apparition à l’écran une émotion supplémentaire.



