Exposition. Abdallah El Hariri dévoile sa «Malhama» à Casablanca

L'artiste peintre Abdallah El Hariri. (S.Elbelgheiti/Le360)

Le 05/06/2026 à 13h45

VidéoÀ l’espace Artorium de Casablanca, les œuvres d’Abdallah El Hariri dialoguent avec une série de photographies retraçant les grandes étapes d’une carrière hors du commun: une invitation à traverser cinquante ans de création, entre lettrisme, calligraphie et abstraction.

L’exposition Abdallah El Hariri, «Malhama, cumul de traces», est ouverte jusqu’au 31 juillet 2026 et présente des œuvres de différentes périodes de l’artiste.

Une série de photos est également exposée, retraçant, comme un film de sa vie, les grandes étapes et les moments importants de sa carrière artistique.

Dans le texte de présentation de l’exposition, traduit par Mounir Serhani, l’écrivain et critique Hassan Najmi déclare: «Chez El Hariri, la lettre devient une matière vivante, capable de se fissurer, de s’étendre et de se dissoudre dans la couleur, jusqu’à perdre presque ses contours pour devenir un spectre de lumière ou d’ombre.»

Plus loin dans ce même texte, Hassan Najmi souligne que, dès ses débuts, El Hariri n’a pas abordé la peinture comme une simple représentation du monde extérieur, mais plutôt comme un horizon permettant de reconstruire le monde ou de le repenser autrement. C’est pourquoi son expérience repose sur une tension créatrice entre le lettrisme comme expression picturale et la calligraphie comme exécution des règles de la lettre arabe, c’est-à-dire entre ce qui relève de l’esthétique et ce qui relève de la fonction. Il cherche ainsi avec passion à saisir l’invisible autant qu’à ressentir le sensible.

Les œuvres d’Abdallah El Hariri s’ouvrent également sur un horizon symbolique où les signes et les traces s’entrecroisent dans une structure signifiante dense, sans jamais se refermer sur une signification unique. C’est sans doute cette ouverture qui confère à son expérience sa vaste dimension universelle et lui permet d’entrer en dialogue avec des expériences plastiques arabes et internationales, sans jamais perdre ses racines locales, perceptibles dans sa sensibilité à la lumière, à la couleur et à la calligraphie arabe, ainsi que dans cette évocation indirecte des paysages marocains tels qu’ils apparaissent à l’œil du cœur et à l’imaginaire visionnaire.

En ce sens, toujours selon Hassan Najmi, l’œuvre d’Abdallah El Hariri s’inscrit dans une sensibilité plastique contemporaine qui voit dans l’abstraction non pas un retrait du monde, mais une manière plus dense de l’affronter, en le déconstruisant, en le fragmentant puis en le recomposant comme un horizon visuel chargé de mémoire, d’inquiétude et de beauté.

L’œuvre d’Abdallah El Hariri se distingue par la liberté de mouvement des lettres et par une profonde réflexion sur la matérialité et le sens des signes.

Né en 1949, Abdallah El Hariri vit et travaille à Casablanca. Artiste marocain de renom, il a laissé une empreinte durable dans l’histoire de l’art moderne au Maroc. Son parcours artistique est marqué par une exploration continue des formes géométriques présentes dans les arts islamiques et par une réflexion sur la lettre.

Après avoir étudié à l’école des Beaux-Arts de Casablanca de 1965 à 1969, El Hariri s’est imposé comme une figure clé de l’avant-garde artistique de la ville. Sa première exposition personnelle, organisée en 1973 à Casablanca, a marqué le début d’un parcours riche en événements significatifs.

L’une de ses dernières expositions individuelles s’est tenue en mai 2024 au Comptoir des Mines, à Marrakech.

Par Qods Chabâa et Seif Elbelgheiti
Le 05/06/2026 à 13h45