Pour la troisième année consécutive, la Fondation du Festival international du film de Marrakech a organisé, les 15 et 16 juillet à Casablanca, un atelier d’initiation et de perfectionnement à la critique de cinéma. Destiné aux journalistes professionnels marocains, cet atelier a été animé par le critique et historien de cinéma Charles Tesson. Il revient, dans cet entretien accordé à Le360, sur les objectifs de cette formation, l’évolution des participants au fil des années, et sur «Mirage», le film restauré d’Ahmed Bouanani.
Le360: comment préparez-vous et organisez-vous l’atelier d’initiation et de perfectionnement à la critique de cinéma, et quels en sont les principaux objectifs?
Charles Tesson: dès la première année, l’idée a été de concevoir ces deux journées autour d’une partie plus générale sur ce qu’est la critique. Comme le titre le dit: atelier d’initiation et de perfectionnement, sensibilisation à l’exercice critique. Cet atelier est dédié à des journalistes professionnels qui sont amenés à voir des films et à parler de cinéma. Ce qui est intéressant, c’est de les initier à l’expérience critique, à l’évaluation d’un film, et de leur donner au moins des outils de réflexion. Le choix des films est important. Nous discutons avec Rémi Bonhomme du choix d’un film marocain et d’un autre film, et de la raison pour laquelle ces deux œuvres permettent une approche critique. La critique est toujours une opinion personnelle, mais il s’agit aussi de dire ce que cela vaut au regard du cinéma d’aujourd’hui. Nous demandons de mettre des mots clairs sur le ressenti.
«Il y a toujours des choses à apprendre lorsqu’on se confronte à l’opinion des autres. On voit bien qu’il y a une très grande diversité des sensibilités.»
— Charles Tesson, critique cinéma
Quel regard portez-vous sur le retour et la réaction des journalistes durant ces ateliers au fil des années?
Cela a beaucoup évolué. Les premières années, les gens étaient plus dans l’écoute. Ils avaient peur de se livrer ou de parler, et je trouve que cela a changé. Cette année encore plus, il y a une dimension plus participative: les gens interviennent et s’expriment. Pouvoir se jeter à l’eau, cette réactivité est importante. Le fait de discuter peut être très stimulant pour l’esprit. Lorsque la parole circule, c’est intéressant. Il y a toujours des choses à apprendre lorsqu’on se confronte à l’opinion des autres. On voit bien qu’il y a une très grande diversité des sensibilités.
«Dans Mirage d’Ahmed Bouanani, c’est une forme de récit que je vois rarement dans le cinéma, et j’aime beaucoup cette façon de rompre avec le modèle du néoréalisme italien, du néoréalisme social. »
— Charles Tesson, critique cinéma
Vous avez réagi dernièrement au film «Mirage» d’Ahmed Bouanani, qui a été restauré. Que pouvez-vous nous en dire par rapport aux autres films marocains?
C’est un film incroyable. Le cinéaste était aussi poète et monteur. Il y a une réalité politique du temps du Protectorat français. Ce que j’aime, c’est ce monde de chansons et de troubadours. La rencontre des comédiens, le chant, je trouve cela vraiment très beau. Le personnage principal est dans la campagne, perdu dans la nature, et il va voir une voyante. Il y a une forme de poésie, de fable dans son cheminement. C’est un monde que j’aime beaucoup, celui des troubadours, des chanteurs, des musiciens. C’est une forme de récit que je vois rarement dans le cinéma, et j’aime beaucoup cette façon de rompre avec le modèle du néoréalisme italien, du néoréalisme social. C’est très étonnant, ce spectacle du monde avec l’allégorie du feu à la fin.




