Face à une criminalité financière transnationale en pleine mutation, la menace des escroqueries est devenue globale et interconnectée. Selon le rapport 2026 d’Interpol, les fraudes dopées à l’intelligence artificielle s’avèrent désormais quatre fois et demie plus rentables que les méthodes traditionnelles. Elles se trouvent désormais au cœur de la polycriminalité, croisant la criminalité organisée, la traite d’êtres humains et le cybercrime. Dans ce contexte où les réseaux criminels collaborent étroitement avec des spécialistes du blanchiment d’argent et où certains groupes terroristes en Afrique exploitent les arnaques aux cryptomonnaies pour se financer, les dispositifs de sécurité uniquement technologiques se révèlent insuffisants, écrit le quotidien L’Economiste dans son édition du lundi 20 juillet.
Conscientes de cette réalité, les autorités marocaines déploient une stratégie globale qui mise sur la vigilance et la régulation. Bank Al-Maghrib s’attelle ainsi au renforcement du cadre prudentiel des institutions financières. Après avoir publié un premier guide sur la prévention du phishing en 2024, la banque centrale a diffusé cette année un nouveau référentiel ciblant les comptes rebonds, ces comptes utilisés comme relais pour faire transiter rapidement les fonds issus des escroqueries. En parallèle, l’institution pousse les établissements de crédit à généraliser l’authentification multifactorielle, à identifier les appareils de confiance de leurs clients et à perfectionner l’analyse comportementale des transactions.
Cette riposte marocaine intègre également le facteur humain à travers le déploiement de campagnes nationales de sensibilisation, de guides pratiques et d’alertes par SMS. L’objectif est d’ancrer des réflexes de vigilance indispensables chez les citoyens, comme le fait de ne jamais communiquer un code secret ou de se méfier des sollicitations créant un sentiment d’urgence. Pour affiner sa stratégie, le Royaume observe les réussites internationales, notamment l’expérience du Portugal où la fraude numérique est devenue une priorité stratégique. Diogo Lencastre, responsable à la Banque du Portugal, souligne à cet égard que l’efficacité repose sur une coopération permanente et immédiate entre banques centrales, régulateurs, enquêteurs et banques commerciales, la rapidité du partage d’informations étant le facteur déterminant face à des fraudes qui évoluent plus vite que les lois, lit-on dans L’Economiste.
Sur le plan interne, cette synergie interinstitutionnelle se matérialise par l’action de l’Autorité nationale du renseignement financier (ANRF). Sous sa coordination, un Comité national de lutte contre les escroqueries financières a été créé en février 2025, réunissant les autorités de supervision et les services d’application de la loi. Ce comité a déjà permis de cartographier les principales typologies de fraude observées au Maroc afin d’accélérer la circulation de l’information. Cette démarche anticipe également les exigences du prochain cycle d’évaluation du GAFIMOAN, qui mesurera la capacité concrète des États à prévenir, détecter et traiter efficacement ces risques émergents, au-delà de la simple existence d’un cadre réglementaire.
Malgré la sophistication des méthodes criminelles, qui intègrent désormais systématiquement la sextorsion par IA aux arnaques sentimentales ou de placements, la riposte internationale s’organise avec efficacité, écrit L’Economiste. Depuis 2024, les notices et diffusions d’Interpol relatives aux escroqueries ont bondi de 54%. L’organisation policière internationale a ainsi soutenu ses pays membres dans plus de 1.500 affaires d’escroqueries transnationales, concernant des avoirs perdus évalués à 1,1 milliard de dollars américains, confirmant que la coordination opérationnelle globale demeure l’arme la plus puissante face à cette menace.




