Cannes 2026: Hajar Graigaa, la révélation de «La Más Dulce» de Laïla Marrakchi

L'actrice Hajar Graigaa.

Révélée au 79ème Festival de Cannes dans «La Más Dulce» de Laïla Marrakchi, l’actrice marocaine Hajar Graigaa a illuminé la sélection Un Certain Regard aux côtés de Nisrin Erradi. Portrait.

Le 29/05/2026 à 09h52

La Más Dulce est rentré bredouille de Cannes. Le film n’a pas remporté de prix durant cette édition sur la Croisette. Mais il a néanmoins marqué les esprits et obtenu plusieurs critiques élogieuses de la part des médias internationaux. Certains ont salué «un drame social d’une dignité bouleversante», soulignant que la réalisatrice évite avec brio le piège du misérabilisme pour signer un film lumineux, politique et profondément féministe. Le jeu du tandem Nisrin Erradi et Hajar Graigaa a été particulièrement apprécié.

La force de Hajar Graigaa réside dans un équilibre très rare sur la scène marocaine. Elle possède la rigueur technique du théâtre d’élite tout en gardant une authenticité brute et viscérale face à la caméra.

Hajar Graigaa fait partie de ces rares actrices qui n’ont pas besoin de pavés de texte pour exister à l’écran. Dans Déserts de Faouzi Bensaïdi, sa performance dans le rôle de Selma est muette. Pourtant, sa présence est magnétique. Tout passe par l’intensité de son regard et la tension qu’elle insuffle dans ses silences. Elle sait charger une scène d’émotion simplement par sa manière de regarder l’autre.

Son passage par l’Institut supérieur des arts dramatiques et de l’animation culturelle (ISADAC) et ses années au théâtre avec la troupe Aphrodite d’Abdelmajid Hawass ont sculpté sa façon d’occuper l’espace. Elle ne fait pas que réciter un rôle, elle l’incarne physiquement. Qu’elle joue la démarche épuisée et lourde d’une cueilleuse de fraises courbée dans les serres de Huelva dans La Más Dulce ou une silhouette mythologique dans le sud marocain dans Déserts, son corps tout entier se plie à la réalité du personnage.

Là où le cinéma social tombe parfois dans le misérabilisme ou le surjeu larmoyant, Hajar Graigaa choisit toujours la retenue. Elle apporte une noblesse naturelle et une immense dignité aux femmes de l’ombre, aux marginalisées et aux travailleuses. Son jeu est épuré, organique, sans fioritures artificielles.

Sa grande force est aussi de savoir briser les frontières invisibles du métier au Maroc. Elle passe sans complexe du cinéma d’auteur exigeant sélectionné à Cannes ou à la Quinzaine des cinéastes aux séries télévisées populaires du Ramadan. Elle traite chaque projet avec le même sérieux, ce qui lui permet d’être respectée par les professionnels du cinéma tout en restant aimée du grand public.

Depuis la fin de ses études en 2005, elle explore avec passion les scènes théâtrales, mais aussi le cinéma et la télévision, qu’elle considère comme des «paradis» où l’art devient vecteur de changement. Son parcours est jalonné de distinctions: plusieurs prix de meilleure actrice pour ses rôles dans Jardin suspendu, Nostalgia et Doumouaa Bil Kohol, ainsi que le Grand Prix Cheikh Sultan Ben Mohamed El Kassimi pour la pièce Takouir. Ces récompenses consacrent une interprète capable de conjuguer intensité dramatique et finesse psychologique. À la télévision, elle a marqué les spectateurs avec la série Chahadate Milade en 2020. Son jeu sobre et habité lui permet de traverser des registres variés, de l’intime au social.

Hajar Graigaa revendique une fidélité au théâtre, qu’elle considère comme son socle, tout en s’ouvrant aux autres formes d’expression artistique. Elle insiste sur l’importance de l’industrie culturelle au Maroc et préfère se consacrer à l’interprétation plutôt qu’à la production, afin de préserver sa liberté créative.

Par Qods Chabâa
Le 29/05/2026 à 09h52