Artisanat: de l’argile brute de Benjalik au zellige fassi... les secrets d’un savoir-faire ancestral

Zellige fassi. (Y.Jaoual/Le360)

Le 20/09/2026 à 19h46

VidéoÀ Fès, le zellige beldi continue de se transmettre de génération en génération grâce à des maîtres artisans qui perpétuent ses techniques et ses codes. Au cœur de ce savoir-faire ancestral, l’argile extraite des montagnes de Benjalik, près de Sidi Hrazem, joue un rôle essentiel. De sa préparation au façonnage des pièces, jusqu’à leur assemblage en motifs géométriques, chaque étape participe à préserver l’identité du zellige fassi, aujourd’hui prisé au Maroc comme à l’étranger.

Dans les ateliers de Fès, l’été n’est pas une période creuse pour les artisans du zellige. Bien au contraire. Sous les fortes chaleurs qui s’abattent sur la ville, les maîtres profitent de la rapidité du séchage pour préparer d’importantes quantités d’argile. Une manière d’anticiper l’hiver, lorsque les températures ralentissent le processus et rendent le travail plus long.

Cela fait plus de quatre décennies qu’Abdelfattah Chelh exerce ce métier et en connaît les différentes étapes. De la préparation de la matière première jusqu’à la découpe minutieuse des pièces, le maître «zlayji» a vu évoluer les conditions de travail sans que les fondamentaux du métier disparaissent. «Le zellige beldi reste lié à une matière première bien particulière et à des gestes qui se transmettent d’un artisan à l’autre», déclare-t-il.

Tout commence avec l’argile de Benjalik. Extraite des montagnes situées dans les environs de Sidi Hrazem, elle est acheminée vers les ateliers où elle est travaillée avant d’être transformée en pièces de zellige. Pour les artisans, cette terre possède des caractéristiques qui la rendent particulièrement adaptée à ce travail. «La particularité de l’argile de Benjalik réside dans sa composition. Elle est à la fois suffisamment souple pour être façonnée et suffisamment solide pour conserver sa cohésion pendant les différentes étapes», explique Abdelfattah Chelh. Cette combinaison permet notamment de réaliser des pièces de différentes tailles et formes, sans compromettre leur tenue lors de la découpe.

Une fois arrivée à l’atelier, l’argile est mélangée dans ce que les artisans appellent la «zouba». Elle est ensuite étalée puis laissée à sécher. Les morceaux ainsi préparés passent par les fours avant d’entamer les étapes de découpe, de coloration et de façonnage. Le travail demande alors précision et régularité, notamment lorsqu’il s’agit de réaliser les pièces les plus fines.

Au fil des gestes, les morceaux prennent les formes et les couleurs prévues dans les motifs traditionnels. Ils sont ensuite assemblés avec minutie pour former ces compositions géométriques caractéristiques du zellige fassi. L’apparente simplicité du résultat cache une succession d’opérations où chaque détail compte, de la qualité de l’argile à la précision de la découpe.

Ce savoir-faire dépasse aujourd’hui les frontières de la ville et du pays. Le zellige beldi fassi est notamment recherché en France, en Espagne ainsi que sur plusieurs marchés européens et américains. «La diversité et l’harmonie des couleurs, la précision des formes et surtout la manière dont les pièces sont réalisées donnent au zellige fassi une identité particulière», confirme le maître artisan.

Mais derrière cette reconnaissance, les artisans font face à une difficulté qui touche directement le cœur de leur métier: l’accès à une argile de qualité. Selon Abdelfattah Chelh, certaines carrières ne fournissent plus une matière première répondant aux exigences nécessaires à la fabrication du zellige, notamment pour les pièces très fines, connues dans le métier sous le nom de «fin travail».

«Pour réaliser le fin travail, nous avons besoin d’une argile qui puisse être découpée et façonnée avec précision. Lorsque sa qualité n’est pas au rendez-vous, la tâche devient beaucoup plus difficile», souligne-t-il.

Pour le maître zlayji, une partie de la solution passe par un meilleur accès aux carrières disposant d’une matière première adaptée. «La région compte plusieurs carrières qui renferment une argile d’excellente qualité. Donner aux artisans les autorisations nécessaires pour y accéder permettrait de faciliter leur travail», suggère-t-il.

Au-delà de la matière première, c’est donc la continuité d’un savoir-faire qui se joue. Car si le zellige fassi continue de voyager et de séduire par ses motifs, ses couleurs et son caractère artisanal, sa préservation dépend aussi des conditions dans lesquelles les maîtres peuvent continuer à exercer. «Préserver la qualité du zellige beldi passe aussi par le soutien aux artisans et par la mise à leur disposition de conditions adaptées pour poursuivre ce métier», conclut l’interlocuteur.

Par Youssra Jaoual
Le 20/09/2026 à 19h46