À l’approche de la rentrée scolaire prévue ce lundi, le marché du livre d’occasion Lido, à Fès, a connu un week-end d’affluence exceptionnelle. Les familles s’y sont pressées, soit en quête de manuels introuvables en librairie, soit pour acquérir l’intégralité des fournitures d’occasion afin de réduire la facture globale face à la hausse générale des coûts.
Interrogée par Le360, Fatima explique que cette urgence pousse les ménages à anticiper. Pour les foyers aux revenus modestes, le marché Lido s’impose comme une alternative indispensable face à l’ampleur des dépenses, offrant des prix davantage alignés sur leur pouvoir d’achat. Cet engouement dépasse la simple recherche d’un ouvrage rare: beaucoup de parents choisissent le «tout-occasion» pour alléger la charge budgétaire, particulièrement lourde pour les familles comptant plusieurs enfants scolarisés.
Au-delà de sa fonction économique, le marché Lido bénéficie d’un ancrage historique majeur à Fès. Lieu de rencontre emblématique pour des générations d’étudiants, de chercheurs et d’intellectuels, il demeure la destination privilégiée pour dénicher livres anciens et manuels épuisés. Mohamed, libraire sur place, rappelle que la renommée du site dépasse largement la ville. Les professionnels y ont tissé des liens avec une clientèle venue de tout le Maroc, élevant Lido au rang de carrefour national du livre d’occasion.
Cependant, ce statut patrimonial n’exempte pas le secteur des mutations profondes qui le fragilisent. Les professionnels font face à des contraintes croissantes, au premier rang desquelles figure la révision permanente des programmes scolaires.
Le casse-tête des programmes scolaires
Selon le libraire, ce renouvellement annuel désavantage autant les commerçants que les familles, bénéficiant principalement aux grandes maisons d’édition qui commercialisent de nouvelles versions à des tarifs élevés. Certains ouvrages atteignent désormais près de 250 dirhams l’unité, une somme difficile à assumer pour les parents. La situation se complexifie dans l’enseignement privé, où l’imposition de manuels spécifiques restreint la liberté de choix des familles et engendre des frais imprévus, même pour celles aux ressources limitées ayant fait le sacrifice de ce choix éducatif.
Les libraires voient avec nostalgie l’époque où la stabilité des programmes permettait aux livres de se transmettre de génération en génération. Aujourd’hui, l’obsolescence rapide des éditions dévalorise le marché de l’occasion et engendre un stock massif d’imprimés invendus.
À cela s’ajoute la question des «écoles pionnières». Mohamed souligne que leurs manuels souffrent d’un déficit de distribution chez les libraires et grossistes, contraignant les parents à une attente anxieuse à l’approche du jour J. Pour les revendeurs, le piège est double: contraints d’acheter les anciennes éditions aux usagers, ils se retrouvent avec des volumes invendables, dont la réutilisation se limite à de rares cas de soutien scolaire ou de révision personnelle.
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Si le regain d’activité du week-end confirme l’attrait continu pour le livre de seconde main, il met aussi en lumière un paradoxe frappant. Bien qu’il reste une bouée de sauvetage financière pour les ménages, le marché Lido subit des dérèglements structurels qui usent ses acteurs. Cette réalité relance le débat sur la gestion et la stabilité des programmes scolaires, appelant à un équilibre entre préservation du pouvoir d’achat des familles et viabilité économique pour les professionnels du livre.




