Eau de fleur d’oranger: à Taza, une tradition andalouse qui se renouvelle au fil des printemps

Trois femmes en tenues traditionnelles dans un patio à Taza, s'activant autour d'un alambic en cuivre traditionnel pour distiller la fleur d'oranger lors du Moussem. (Y.Jaoual/Le360)

Le 04/05/2026 à 08h24

VidéoTaza célèbre son héritage andalou avec le lancement de la 7ème édition du «Moussem de la fleur d’oranger». Jusqu’au 17 mai, cet événement organisé par l’association Dar Assamaa met en lumière le rituel de la distillation de la fleur d’oranger. De la purification des flacons à la récolte des essences, focus sur un patrimoine andalou devenu un rendez-vous culturel majeur pour la région.

Au printemps, la médina de Taza renoue avec le «Moussem du Zhar», qui signe le retour d’un savoir-faire ancestral. Pour sa septième édition, l’événement anime les ruelles de la vieille ville au rythme de la distillation traditionnelle. Hérité de l’époque andalouse et perpétué par les familles locales, ce patrimoine immatériel transforme chaque année la médina en un vaste atelier à ciel ouvert dédié à la fleur d’oranger.

Dès les premières heures de la journée, débute la cueillette des fleurs de bigaradier, appelées «Renj». Une fois récoltées, elles sont soigneusement triées, puis étalées sur des draps propres afin de flétrir progressivement à l’ombre, une étape essentielle pour préserver leurs arômes.

Avant de commencer, les femmes préparent l’espace en purifiant les flacons avec de l’encens. Comme l’explique Amale Charrat Majdouli, membre de la fondation Dar Assamaa: «La distillation du maâ zhar passe par des étapes très précises. On sélectionne les fleurs, on les laisse sécher à l’ombre, puis on les place dans l’alambic en contrôlant la température pour ne rien perdre de la qualité du produit

Le rituel est à la fois spirituel et technique. Les femmes revêtent une tenue traditionnelle et procèdent à la purification des lieux ainsi que des flacons à l’aide d’encens de bois de santal.

Le cœur du dispositif repose sur la «Quattara», un alambic en cuivre à trois niveaux. À la base, l’eau est portée à ébullition; au niveau intermédiaire, les fleurs sont disposées; et au sommet, de l’eau froide est versée afin de favoriser la condensation. Pour éviter toute déperdition de vapeur, les jointures sont hermétiquement scellées à l’aide du «Quaffal», des bandes de tissu imbibées d’un mélange de farine et d’eau.

«La Quattara est l’outil de base,» précise Amale Charrat Majdouli. «Il faut surveiller l’eau de la coupole pour qu’elle reste froide et change de température au bon moment

Le résultat de ce travail se divise en trois récoltes distinctes. «La première donne une eau très concentrée pour les parfums et la beauté,» indique l’intervenante. «La deuxième est pour la cuisine et les gâteaux, tandis que la troisième sert à parfumer le linge et la maison.» Une fois la distillation finie, le liquide est gardé à l’abri de la lumière pendant quarante jours pour que son parfum se stabilise.

Pour les organisateurs du «Moussem du Zhar», qui se poursuit jusqu’au 17 mai, l’objectif est de maintenir ce lien entre les générations. «Nous ne distillons pas seulement des fleurs, nous distillons l’amour de notre ville et nos traditions pour qu’elles restent vivantes dans chaque foyer,» conclut Amale Charrat Majdouli.

Par Youssra Jaoual
Le 04/05/2026 à 08h24