La phase des plaidoiries touche à sa fin dans l’un des procès les plus médiatisés de l’année au Maroc. Me Ali Torchi, président de la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca, a officiellement fixé à jeudi prochain l’audience ultime durant laquelle la parole sera donnée une dernière fois aux prévenus. À l’issue de cette séance, la cour se retirera pour délibérer sur ce dossier fleuve, communément appelé l’affaire de l’«Escobar du Sahara», qui continue de tenir l’opinion publique en haleine et de couver de lourds secrets, écrit le quotidien Assabah dans son édition du weekend du 20 et 21 juin.
Lors de la dernière audience de réplique, les avocats de la défense sont montés au créneau pour démonter point par point l’argumentaire du ministère public. Face au parquet qui voit dans certaines pièces un «aveu implicite» de Saïd Naciri, la défense a vigoureusement recadré le débat. Elle a rappelé avec fermeté que l’intégrité territoriale du Royaume est une cause nationale sacrée qui transcende le cadre de tout litige judiciaire.
Selon les conseils de l’ancien président du Wydad de Casablanca, l’usage d’un document de presse versé au dossier ne valait en aucun cas adhésion à sa terminologie ou à son orientation idéologique. Cet élément servait uniquement d’outil factuel et chronologique pour éclairer le tribunal sur la situation financière du prévenu durant sa période d’incarcération. La défense a également fustigé la tentative du parquet de qualifier certains faits de «faux intellectuel», estimant que les textes de loi invoqués par l’accusation sont inapplicables en l’espèce et manquent de fondement législatif sérieux, lit-on dans Assabah.
Me Mohamed Messaoudi, l’un des avocats clés de Saïd Naciri, a pilonné la stratégie de l’accusation. Pour lui, le refus du parquet de débattre de plusieurs pièces produites par la défense équivaut à une reconnaissance tacite de leur valeur probante. L’avocat a vivement critiqué la dépendance excessive de l’accusation à l’égard des procès-verbaux de la police judiciaire. Il a rappelé qu’au cours des audiences, un grand nombre de témoins ainsi que les coaccusés eux-mêmes se sont rétractés, niant en bloc les faits qui leur sont reprochés.
Me Messaoudi a brandi un principe jurisprudentiel fondamental: la conviction d’un tribunal ne peut se bâtir sur les seules déclarations d’un coaccusé contre un autre, en l’absence de preuves matérielles indépendantes, solides et concordantes. Des anomalies chronologiques majeures ont également été soulevées concernant les transactions financières liées à la villa au cœur du litige. Selon la défense, plusieurs reçus de paiement portent des dates bien postérieures au départ de l’une des parties, jetant un doute sérieux sur la rigueur des investigations.
Abondant dans le même sens, Me M’barek Meskini a dénoncé les «contradictions flagrantes» du ministère public. Il a rappelé une règle de droit élémentaire: les déclarations devant la police judiciaire n’engagent que leurs auteurs et ne peuvent faire foi contre des tiers si ces derniers n’ont rien reconnu. Or, Saïd Naciri, Abdenbi Bioui et Khalid Seddas ont constamment et farouchement nié toutes les charges depuis l’enquête préliminaire, souligne Assabah.
L’avocat a accusé le parquet de faire une lecture opportuniste du dossier, ne retenant que les éléments servant sa thèse tout en occultant des dépositions à décharge capitales. Me Meskini a notamment évoqué la déposition à la barre de la célèbre diva de la chanson marocaine, Latifa Raafat. Selon lui, son témoignage a littéralement balayé la version des faits présentée par le principal accusateur, El Hadj Ahmed Ben Ibrahim (alias «Le Malien»), concernant la propriété et l’occupation de la villa litigieuse.
La semaine prochaine s’annonce donc décisive pour l’avenir des hauts profils de cette affaire, alors que les magistrats s’apprêtent à trancher entre la version d’une accusation inflexible et celle d’une défense qui dénonce un dossier fait de conjectures.




