Le 21 août, qui marque l’anniversaire de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, constitue un moment privilégié pour analyser les principales orientations ayant marqué Son règne. Dans cette perspective, la question du Sahara marocain occupe une place centrale, à la croisée de l’histoire, de la souveraineté, de la diplomatie et du développement territorial. Elle permet également d’observer comment une question historiquement enracinée a progressivement été intégrée à une vision stratégique tournée vers l’avenir.

Lorsque Mohammed VI accède au Trône en 1999, la question du Sahara est déjà profondément inscrite dans l’histoire du Royaume. Dès l’époque des Almoravides, puis sous les dynasties qui leur succèdent, les espaces sahariens entretiennent avec le Maroc des liens politiques, religieux, économiques et commerciaux, notamment à travers les routes transsahariennes reliant le Royaume à l’Afrique subsaharienne. La Marche verte, la récupération des provinces du Sud et les décennies de mobilisation diplomatique constituent ainsi un héritage majeur de la Monarchie.
Toutefois, l’avènement du nouveau règne ouvre progressivement une nouvelle séquence. La défense de l’intégrité territoriale ne sera pas conçue comme une politique limitée à la confrontation diplomatique, mais comme une démarche reposant simultanément sur la diplomatie, le développement, la modernisation territoriale et l’ouverture internationale. Autrement dit, il ne s’agira plus seulement de défendre le Sahara, mais également de construire son avenir.
C’est dans cette perspective que l’Initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie de la région du Sahara, présentée aux Nations unies en 2007, constitue un tournant majeur. En proposant une solution politique fondée sur l’autonomie dans le cadre de la souveraineté, de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale du Royaume, le Maroc affirme son attachement à une solution réaliste, pragmatique et durable. Au-delà de sa dimension diplomatique, cette Initiative traduit une conception de l’avenir du Sahara fondée sur la gouvernance, la participation et le développement.
Parallèlement à cette démarche, une autre dimension de la Vision Royale s’impose: ne pas attendre le règlement définitif du différend pour développer les provinces du Sud. Routes, infrastructures, universités, hôpitaux, projets énergétiques, agriculture, pêche et investissements ont ainsi accompagné une transformation progressive de leur paysage économique et social. Cette orientation trouve notamment sa traduction dans le Nouveau modèle de développement des provinces du Sud lancé en 2015, qui fait du développement territorial un instrument de cohésion, de création de valeur et d’intégration.
C’est précisément dans cette évolution qu’apparaît l’un des aspects les plus significatifs de la Vision Royale: la capacité à transformer les contraintes d’un conflit artificiel en opportunités de développement. Le différend territorial n’est plus uniquement appréhendé comme un obstacle; il peut également devenir un levier pour accélérer les investissements, renforcer les infrastructures, stimuler l’activité économique et favoriser l’intégration territoriale. Cette approche de transformation des conflits en opportunités a été présentée et discutée comme une success story dans différents workshops et espaces d’échange dont j`étais participante au sein d’instances internationales, notamment autour du développement territorial, de la résilience et de la stabilité. La défense de l’intégrité territoriale se trouve ainsi articulée à une politique de transformation économique et sociale.
Cette trajectoire s’inscrit par ailleurs dans une évolution plus large du positionnement international du Maroc. Le retour du Royaume au sein de l’Union africaine en 2017 a replacé la question du Sahara dans une politique africaine plus vaste. Les provinces du Sud deviennent progressivement un trait d’union entre le Maroc et son environnement subsaharien. Cette dynamique se prolonge aujourd’hui à travers la Vision Royale de l’Atlantique, qui confère au Sahara une nouvelle centralité géopolitique. Les infrastructures, les projets portuaires, les réseaux de transport et les investissements contribuent à inscrire ces provinces dans une architecture tournée vers l’Afrique et l’espace atlantique.
À l’occasion du 21 août, cette cohérence mérite d’être soulignée. L’anniversaire de Sa Majesté le Roi Mohammed VI constitue un moment pour observer comment la défense de l’intégrité territoriale peut s’inscrire dans une vision plus large du développement et du rayonnement international du Royaume. Le Sahara demeure une cause nationale et une question d’histoire et de souveraineté. Mais il est également devenu un espace de développement, une profondeur africaine et une ouverture atlantique.
La portée de la Vision Royale réside dans cette capacité à articuler héritage et avenir: préserver la mémoire historique tout en transformant le Sahara en un espace de développement, de connexion et de rayonnement. C’est peut-être là l’une des clés de lecture essentielles de la politique menée sous le règne de Mohammed VI: avoir transformé la défense d’un territoire en une ambition pour son avenir et son peuple marocain.




