Le Maroc figure parmi les premiers pays à s’engager concrètement dans la reconstruction de Gaza. Lors d’un briefing du Conseil de paix organisé mercredi à New York, en présence de l’envoyé spécial américain pour le Moyen-Orient Steve Witkoff, et de Jared Kushner, les responsables du dispositif ont cité Rabat à deux reprises, sur le volet militaire puis sur le volet civil.
Le général Jasper Jeffers, commandant de la Force internationale de stabilisation (ISF), a annoncé d’abord que la force avancée était prête. «Nous avons formé et préparé notre force avancée, composée de contingents de 500 soldats du Kosovo et du Maroc, prêts à être déployés», a-t-il déclaré. Il a précisé que l’infrastructure de la base temporaire destinée à accueillir ces 500 premiers soldats était achevée.
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Cet engagement s’inscrit dans la continuité de la signature par le Maroc, le 15 juillet 2026, de l’Accord de participation à la Force internationale de stabilisation à Gaza. Rabat fait ainsi partie du premier noyau de troupes appelé à intervenir sur le terrain, avant l’arrivée d’autres contingents.

La démarche s’appuie sur la solide expérience accumulée par les Forces armées royales dans le cadre des opérations de maintien de la paix sous l’égide des Nations Unies. La diplomatie marocaine démontre ainsi sa capacité à transformer des principes moraux en leviers d’action concrets sur le terrain, sans jamais dévier de sa position fondamentale en faveur de la solution à deux États. Le Maroc a d’ailleurs réitéré à cette occasion la nécessité absolue de l’établissement d’un État palestinien souverain et indépendant, sur la base des frontières du 4 juin 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale, coexistant dans la sécurité et la sérénité avec Israël.
Lors du briefing, le général Jeffers a, par ailleurs, rappelé le chemin parcouru depuis le début des négociations. «Il y a un an, l’ISF n’était même pas un concept», a-t-il souligné. L’état-major de la force fonctionne aujourd’hui en continu avec plus de 50 responsables et planificateurs militaires internationaux. Plusieurs opérations de reconnaissance ont déjà été menées à Rafah. Les forces suivantes, en provenance d’Albanie, du Kazakhstan et d’autres pays, sont en cours de préparation.
Hôpital de campagne et formation à la déradicalisation
Le second volet de la contribution marocaine relève de l’humanitaire et de l’éducation. Aryeh Lightstone, conseiller spécial de l’envoyé américain pour les missions de paix, l’a détaillé en passant en revue les apports des pays partenaires. «Nous avons discuté avec le Maroc, qui a proposé de fournir un hôpital de campagne, mais aussi de former les infirmières et les enseignants à la déradicalisation», a-t-il indiqué.
D’autres pays ont proposé leur expertise dans des domaines complémentaires. Le Kazakhstan s’est engagé à aider à inscrire dans des universités les étudiants privés d’études depuis trois ans. Les Émirats arabes unis ont proposé de développer une «ville émiratie» pour offrir un lieu sûr aux habitants. Bahreïn a mis à disposition une solution d’administration électronique clés en main pour permettre à Gaza de fonctionner.
Parallèlement, le briefing a permis de présenter l’architecture du plan de redressement. Le Dr Ali Sha’at, commissaire en chef du Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), a défendu une reconstruction portée par les Gazaouis eux-mêmes. «Nous sommes là pour reconstruire Gaza par les enfants de Gaza à qui ce droit a été refusé depuis trop longtemps», a-t-il affirmé, rappelant que les enfants gazaouis n’ont pas été scolarisés depuis trois ans.
Le plan compte environ 71 programmes, allant du développement humanitaire aux infrastructures, en passant par la relance économique et la sécurité. Le commissaire en chef a insisté sur un principe directeur. «Une autorité, une loi et une arme. Nous ne permettrons pas un retour en arrière», a-t-il déclaré. Il a appelé les donateurs à passer par le mécanisme financier conçu afin que chacun puisse suivre l’usage de son aide.
Joost Borsboom, directeur financier du Conseil de paix, a chiffré le portefeuille global de projets à 6 milliards de dollars. Un programme initial de six mois, doté de 2,45 milliards de dollars, sera réparti sur 66 programmes. Cette première phase repose entièrement sur les dons. Le Conseil de paix totalise à ce stade 18 milliards de dollars de promesses d’engagement, dont seulement 280 millions ont été appelés pour la phase de constitution.
Reconstruire pendant la planification
Sur le terrain, les premiers travaux ont déjà commencé. Shadia Jaradat, cheffe des infrastructures et de la reconstruction au Bureau du Haut Représentant, a expliqué que l’approche consistait à «construire pendant que nous planifions». Réparations d’urgence des services publics, abris temporaires, déblaiement des sites et aménagement des routes sont en cours. Ces infrastructures doivent permettre au NCAG, à sa police et à l’ISF de fonctionner dès le premier jour.
Un plan d’urgence couvre les six prochains mois, tandis qu’un schéma directeur détaillé portera sur les horizons 2030, 2040 et 2050. Ingénieure palestinienne originaire d’un village proche d’Hébron, Shadia Jaradat a annoncé la préqualification et l’enregistrement d’entrepreneurs, d’ingénieurs et de travailleurs gazaouis appelés à travailler aux côtés des entreprises internationales. «Les Gazaouis ne vont pas seulement reconstruire leurs villes, ils vont aussi reconstruire leurs vies, leur économie et leur avenir», a-t-elle déclaré.
Trump signe la charte de son initiative «Conseil de la paix» lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial en Suisse, le 22 janvier 2026. (PHOTO:AP)
Le volet budgétaire se précise également. Le Dr Bashir Rayyes, commissaire aux finances du NCAG, a annoncé l’élaboration d’un plan financier sur cinq ans, avec l’appui de consultants externes. Ce document doit établir les recettes et dépenses prévues, la durée de dépendance à l’aide des donateurs et les conditions d’un retour à l’autonomie. «Nous ne voulons pas revenir à 2023. Nous voulons amener Gaza vers 2030, 2040, 2050», a-t-il affirmé. Le plan, encore à l’état de projet, sera soumis à d’autres partenaires avant sa finalisation.














