Oscar Puente défend la coopération avec le Maroc face aux lectures «biaisées»

Oscar Puente, ministre espagnol des Transports et de la mobilité durable.

Pour le ministre espagnol des Transports, les documents déclassifiés ne permettent nullement d’attribuer au Maroc l’organisation de l’entrée massive à Sebta. Oscar Puente dénonce des interprétations «biaisées» et rappelle que la coopération avec Rabat demeure indispensable au contrôle de la frontière.

Le 10/09/2026 à 12h22

Le ministre espagnol des Transports et de la Mobilité durable, Oscar Puente, a défendu l’action du gouvernement après la publication des documents déclassifiés sur l’entrée massive de migrants à Sebta. Alors que certains affirment que ces archives contredisent la version de l’Exécutif, il estime qu’aucune des informations rendues publiques ne permet d’attribuer au Maroc l’organisation des événements.

«Je suis sidéré par les interprétations biaisées, grossières et franchement peu sérieuses qui sont faites des documents déclassifiés par le gouvernement au sujet de Sebta», a-t-il réagi dans un premier message publié sur les réseaux sociaux.

«Les informations disponibles ne permettent en aucun cas de conclure que le Maroc a organisé cette tentative d’entrée massive», a-t-il assuré. À ses yeux, les documents indiquent même le contraire: la mobilisation aurait pris forme sur les réseaux sociaux dans le but de profiter du fait que les autorités marocaines étaient accaparées par les célébrations de la Fête du Trône.

Le ministre a également refusé de voir dans la réaction initialement insuffisante des forces de sécurité marocaines la preuve automatique d’une action délibérée. Cette situation peut s’expliquer par «une multitude d’hypothèses», a-t-il souligné, notamment par une moindre disponibilité des effectifs pendant les célébrations nationales organisées au Maroc.

Des informations qui ne permettaient pas d’anticiper une telle ampleur

Dans un entretien accordé ce jeudi à l’émission Las mañanas de RNE, Oscar Puente a reconnu que les autorités disposaient d’informations sur les appels diffusés sur les réseaux sociaux. Il a toutefois nié que celles-ci aient permis de prévoir l’arrivée de plus de 70.000 personnes.

«Personne n’avait prévu ce qui s’est produit», a-t-il insisté. D’après lui, les informations les plus précises sur les mouvements observés sur les réseaux sociaux ne sont parvenues que quelques heures avant le début des événements et le CNI lui-même n’a pas jugé qu’elles justifiaient le déclenchement d’une alerte d’un niveau supérieur.

«Si ces appels lancés sur les réseaux sociaux avaient été considérés comme pleinement crédibles, je pense que le CNI aurait transmis l’alerte, non pas au gouvernement, mais à sa propre hiérarchie», a-t-il expliqué. Pour Oscar Puente, le fait que l’information ait été communiquée par de simples messages à la Délégation du gouvernement, sans activer les échelons supérieurs, montre que les services de renseignement n’avaient pas davantage anticipé l’ampleur réelle des événements.

Le ministre s’est également demandé quel dispositif aurait pu être mis en place dans un délai aussi court pour contenir des dizaines de milliers de personnes. «Qu’aurions-nous dû faire? Déployer une frégate, envoyer des hélicoptères et tirer sur les gens?», a-t-il lancé.

Tout en reconnaissant que l’Espagne devait améliorer ses capacités de détection et d’évaluation de ce type de mobilisation, il a mis en garde contre les analyses formulées une fois l’issue connue. «Après coup, il est très facile de dire ce qu’il aurait fallu faire. Avant les faits, il est très difficile d’anticiper un événement qui ne s’est encore jamais produit», a-t-il déclaré.

Les documents publiés par la Moncloa font état d’une communication du CNI datée du 29 juillet concernant deux groupes sur les réseaux sociaux qui réunissaient environ 180.000 abonnés. Ce chiffre correspondait toutefois au nombre de membres ou d’abonnés de ces groupes, et non à 180.000 personnes effectivement mobilisées pour franchir la frontière.

«Sans le Maroc, ce serait impossible»

Au-delà de la controverse sur les informations disponibles en amont, Oscar Puente a rappelé que toute analyse des événements devait tenir compte du caractère indispensable de la coopération entre l’Espagne et le Maroc. «Sans la coopération du Maroc, il serait impossible de contrôler la frontière», a-t-il déclaré.

Le ministre a dénoncé «l’irresponsabilité» de ceux qui prônent la confrontation avec Rabat et salué la position adoptée par le chef du gouvernement espagnol. «Je suis heureux d’avoir un président qui fait passer le cerveau avant la testostérone», a-t-il affirmé à propos de Pedro Sánchez.

Oscar Puente a également rappelé que l’Espagne était amenée à entretenir des relations avec des pays dotés de systèmes politiques différents et a rejeté toute approche fondée sur l’ingérence. «Les États doivent respecter le régime politique que les autres se sont choisi», a-t-il souligné.

Ses déclarations rejoignent la position défendue par le gouvernement espagnol depuis le début de la polémique. Pedro Sánchez répète qu’aucune preuve ne permet d’affirmer que le Maroc a organisé l’entrée massive et rappelle que la coopération avec Rabat a été décisive pour assurer le retour de dizaines de milliers de personnes dans les jours qui ont suivi.

Par Faiza Rhoul
Le 10/09/2026 à 12h22