Bruxelles débloque 114,7 millions d’euros pour Sebta, la réponse migratoire se joue aussi au Maroc

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, assiste à une conférence de presse avec la chancelière allemande au siège de l'UE à Bruxelles, le 9 mai 2025

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne.. AFP or licensors

L’enveloppe européenne servira à renforcer la frontière, les capacités d’accueil et les procédures de retour à Sebta. Elle intervient après l’accord conclu entre l’Espagne et le Maroc pour le retour des personnes entrées irrégulièrement. Dans le même temps, Félix Sanz Roldán appelle l’Union européenne à accroître son soutien au Royaume, confronté à une pression migratoire plus forte encore sur sa frontière sud.

Le 09/09/2026 à 15h15

La Commission européenne a annoncé mercredi l’octroi de 114,7 millions d’euros à l’Espagne pour faire face aux conséquences des arrivées massives enregistrées à Sebta les 30 et 31 juillet.

Ces fonds permettront de renforcer la surveillance de la frontière, d’aménager des structures destinées à l’enregistrement et au contrôle des personnes encore présentes dans la ville, d’améliorer les capacités d’accueil et d’accélérer l’examen des demandes d’asile ainsi que les procédures légales de retour.

«Notre priorité reste claire. Ceux qui n’ont pas le droit de rester doivent repartir», a déclaré le commissaire européen aux Affaires intérieures et à la Migration, Magnus Brunner. La vice-présidente exécutive de la Commission, Henna Virkkunen, a pour sa part assuré que Bruxelles se tenait «aux côtés de l’Espagne» face à une situation qui a soumis l’une des frontières extérieures de l’Union européenne à une pression considérable.

Un soutien financier et opérationnel

L’enveloppe accordée répond presque à l’euro près aux deux demandes adressées par le gouvernement espagnol à Bruxelles. Madrid avait sollicité 82,7 millions d’euros au titre du Fonds «Asile, migration et intégration», auxquels s’ajoutaient un peu plus de 32 millions d’euros provenant de l’instrument européen consacré à la gestion des frontières et à la politique des visas.

À cette aide financière s’ajoute un renfort opérationnel. Le ministère espagnol de l’Intérieur a demandé le déploiement de dix agents supplémentaires de Frontex afin d’accélérer l’identification des migrants, l’extension de l’opération Minerva et l’appui de l’Agence de l’Union européenne pour l’asile dans la conduite des entretiens et la mise à disposition d’interprètes.

L’Espagne a également demandé le maintien de la surveillance satellitaire assurée par Frontex, le prolongement en 2027 du déploiement du navire Duque de Ahumada de la Garde civile dans les eaux espagnoles ainsi qu’une coopération accrue avec Europol pour lutter contre les réseaux de trafic de migrants. Frontex, Europol et l’Agence européenne pour l’asile ont répondu favorablement et renforceront leur présence auprès des autorités espagnoles sur le terrain.

Cette politique de retour ne date toutefois pas de l’annonce européenne. Dès le 30 juillet, l’Espagne et le Maroc s’étaient accordés pour organiser «dans les plus brefs délais» le retour de toutes les personnes entrées irrégulièrement, un engagement alors confirmé par des sources officielles marocaines.

Le 6 août, soit douze jours avant que la Commission européenne ne se prononce à son tour, le Maroc avait également annoncé, conformément aux Hautes Instructions Royales, qu’il était prêt à identifier les mineurs non accompagnés et à travailler avec l’Espagne et ses partenaires européens pour faciliter leur retour. Bruxelles n’a donc fait qu’entériner une démarche que Rabat avait déjà acceptée et contribué à engager.

L’Europe appelée à soutenir davantage le Maroc

L’annonce de Bruxelles coïncide avec l’appel lancé mercredi par Félix Sanz Roldán, ancien directeur du Centre national de renseignement espagnol. Dans des déclarations rapportées par l’agence EFE, il a demandé au gouvernement de Pedro Sánchez de promouvoir au sein de l’Union européenne un mécanisme permettant d’accroître les financements accordés au Maroc pour gérer les flux migratoires en provenance du reste de l’Afrique, sur le modèle du dispositif mis en place avec la Turquie.

Félix Sanz Roldán a rappelé une réalité souvent absente du débat espagnol. «Le problème migratoire du Maroc est plus important que celui de l’Espagne», a-t-il souligné. Le Royaume enregistre en effet des arrivées irrégulières continues le long de sa frontière sud, et nombre de ces migrants passent ensuite deux ou trois mois sur le territoire marocain avant de tenter de gagner l’Europe.

Pour l’ancien patron des renseignements espagnols, seule une réponse fondée sur «le dialogue et la coopération» permettra d’éviter que les événements de la fin juillet ne se reproduisent.

L’aide de 114,7 millions d’euros accordée à l’Espagne répond ainsi à l’urgence immédiate, sans régler la question de fond. Si l’Union européenne entend agir en amont, avant que les flux n’atteignent sa frontière extérieure, elle devra aussi renforcer les moyens du Maroc, principal pays de transit et acteur de première ligne sur la route migratoire occidentale.

Par La Rédaction
Le 09/09/2026 à 15h15