Grand Format Le360. Hassan Benaddi: «Le PAM n’a pas besoin de légitimité politique»

Hassan Benaddi, premier secrétaire général du Parti authenticité et modernité.

Le 11/10/2026 à 19h00

VidéoPremier secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM) et figure emblématique du Mouvement pour tous les démocrates (MTD), Hassan Benaddi apporte son soutien à Fatima Ezzahra El Mansouri. Invité de l’émission «Grand Format Le360», il défend le rapprochement avec les partis de la Koutla et plaide pour un casting gouvernemental privilégiant la compétence et l’intégrité, au-delà des considérations partisanes.

Hassan Benaddi n’a jamais véritablement tourné la page du Parti authenticité et modernité (PAM). Même après avoir pris ses distances avec la formation pendant quelques années, l’ancien secrétaire général a continué à suivre son évolution. Sa victoire aux élections législatives et la nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement ont ravivé son attachement à un projet auquel il estime avoir contribué, malgré les dérapages qui ont jalonné son parcours.

«Je me suis réjoui de cette victoire», confie-t-il dans l’émission «Grand Format Le360». Avec d’autres secrétaires généraux ayant participé à la création du parti, il a tenu à marquer symboliquement l’événement en adressant un communiqué de félicitations à Fatima Ezzahra El Mansouri. Celle-ci a bien voulu en donner lecture devant les membres du conseil national du PAM. «C’était une manière de dire que cette idée pour laquelle nous avions bataillé était finalement devenue une réalité», explique-t-il.

Pour cet ancien militant de gauche, l’heure est désormais à l’exercice des responsabilités. «C’est comme au rugby. Lorsqu’on marque un essai, il faut encore le transformer», souligne-t-il. Autrement dit, la victoire électorale n’est qu’une première étape. Le parti doit maintenant convertir son succès dans les urnes en une expérience gouvernementale réussie, à la hauteur de la confiance du Roi et des Marocains.

La Koutla, une coalition «naturelle»

Alors que les consultations se poursuivent pour la formation de la majorité gouvernementale, l’hypothèse d’une alliance entre le PAM et les partis de la Koutla —l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS)— se dessine comme une option privilégiée. Un rapprochement qui peut surprendre au regard des divergences entre ces formations et le Mouvement pour tous les démocrates, puis le PAM, à leurs débuts.

«C’est une coalition naturelle», affirme Hassan Benaddi. Mais la Koutla, souvent considérée comme une référence historique a-t-elle encore une réalité politique? «Les symboles sont importants», répond l’ancien dirigeant du PAM, qui reconnaît que les équilibres actuels ne correspondent plus à ceux qui avaient présidé à la constitution de la Koutla.

Son raisonnement est pragmatique. Le PAM aurait privilégié une autre configuration si une meilleure option s’était présentée. Quant au Rassemblement national des indépendants (RNI), il estime que le parti s’est éloigné de la trajectoire initialement tracée par son fondateur, Ahmed Osman.

À ceux qui voient dans le rapprochement avec les partis de la Koutla une manière pour le PAM de consolider sa légitimité politique, Hassan Benaddi oppose une fin de non-recevoir. «Le PAM n’a pas besoin de légitimité», insiste-t-il. À ses yeux, la question n’est plus celle de la reconnaissance du parti, mais celle de sa capacité à assumer le pouvoir et à répondre aux attentes des citoyens.

La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri revêt aussi une dimension personnelle pour Hassan Benaddi. L’ancien secrétaire général du PAM connaît sa famille, notamment son père, qu’il a côtoyé à l’époque où celui-ci exerçait comme avocat et militait à l’Union nationale des forces populaires (UNFP).

À l’annonce de sa nomination à la tête du gouvernement, Benaddi lui a adressé un SMS de félicitations. La nouvelle cheffe du gouvernement l’a ensuite appelé, donnant lieu à un échange empreint d’émotion. Au-delà de cette proximité personnelle, l’ancien dirigeant du PAM dit éprouver une fierté particulière à voir une femme accéder à une responsabilité aussi élevée.

Fatima Ezzahra El Mansouri est la deuxième personnalité originaire de Marrakech à accéder à la primature, après Abdallah Ibrahim, premier chef du gouvernement du Maroc indépendant, dont Hassan Benaddi était proche. Leur relation dépassait le seul registre politique. Benaddi connaissait également l’environnement familial de l’ancien chef du gouvernement, ayant grandi dans le même quartier et fréquenté la même école que son fils aîné, feu Moulay Zaki.

Au-delà de ces liens et de ces souvenirs, Hassan Benaddi entend contribuer à la réussite du gouvernement El Mansouri. Son engagement au sein du Mouvement pour tous les démocrates (MTD), à l’origine du PAM, ainsi que sa participation à la rédaction de la synthèse du rapport du cinquantenaire du développement humain au Maroc, nourrissent cette volonté. Se considérant comme un vétéran du mouvement démocratique, de la gauche et du syndicalisme, il estime que le moment est venu de dépasser les divergences du passé pour se concentrer sur les enjeux nationaux.

«Du petit jihad au grand jihad»

La composition du prochain gouvernement constitue, aux yeux de Hassan Benaddi, un enjeu au moins aussi important que la configuration de la majorité. Lorsque Fatima Ezzahra El Mansouri a évoqué la formation d’un «gouvernement politique fort», fondé notamment sur la compétence et l’intégrité, il y a vu un changement d’échelle dans les responsabilités du PAM.

«Quand j’ai entendu cela, je me suis dit que le PAM était passé du petit jihad au grand jihad», lance-t-il. Par cette formule, il résume le changement de posture du parti, qui passe de la conquête politique à l’exercice des responsabilités nationales. Une évolution qui prend tout son sens au regard des défis et des menaces auxquels le Maroc est confronté, tels qu’évoqués par le roi Mohammed VI dans son discours d’ouverture du Parlement, le 9 octobre. Le Souverain y a notamment souligné que le Royaume se trouvait dans «une conjoncture exceptionnelle, riche en opportunités qui pourraient ne pas se renouveler».

Dans ces conditions, Hassan Benaddi appelle à laisser la nouvelle cheffe du gouvernement procéder elle-même aux arbitrages nécessaires. Il sait que les prétendants aux portefeuilles ministériels sont nombreux, mais estime que les pressions partisanes et les ambitions individuelles ne doivent pas dicter les choix.

Son appréciation de Fatima Ezzahra El Mansouri est sans ambiguïté. «Pour moi, elle a coché toutes les cases. Je lui souhaite plein succès», affirme-t-il.

Pour illustrer sa confiance, il file une métaphore teintée d’ironie: «Si je monte dans un avion piloté par El Mansouri, je boucle ma ceinture et je m’endors, serein. Mais si je vois embarquer à ses côtés des personnes sur lesquelles pèsent des soupçons, je retire ma ceinture et je descends de l’avion, quitte à me lancer dans une nouvelle Grande Marche jusqu’à Pékin, sur les traces de Mao Tsé-toung.»

Derrière cette image, l’ancien responsable du PAM exprime une exigence claire. La confiance accordée à la nouvelle cheffe du gouvernement dépendra aussi de la qualité des personnes dont elle s’entourera. Les critères de compétence et d’intégrité ne sauraient être de simples déclarations d’intention. Ils doivent guider le choix des ministres, qu’ils proviennent du PAM ou des partis appelés à intégrer la majorité.

Hassan Benaddi se montre particulièrement réticent à l’idée de voir des membres du gouvernement sortant rempiler. Il porte un regard critique sur le bilan politique de l’équipe sortante, à laquelle il reproche notamment d’avoir pris ses distances avec les citoyens et de ne pas avoir été suffisamment à leur écoute.

Il rappelle avoir dénoncé cette situation avant même que les tensions entre le PAM et le RNI ne prennent de l’ampleur. Il affirme avoir plaidé, il y a deux ans, pour que son parti marque ses distances avec le gouvernement et rejoigne l’opposition.

Au-delà du renouvellement des visages, Benaddi pose la question de la crédibilité de la prochaine équipe. Les dossiers ayant suscité la colère de l’opinion publique, notamment ceux liés aux soupçons de conflits d’intérêts ou à certaines pratiques controversées, ne devraient pas être éludés.

«Si l’on veut restaurer la crédibilité des partis, rétablir la confiance et encourager les élites marocaines à s’engager en politique, c’est par là qu’il faut commencer», estime-t-il. Pour lui, la réussite de la prochaine majorité ne se mesurera pas uniquement à sa capacité à gouverner, mais également à sa volonté de répondre aux interrogations de la société et de rompre avec les pratiques ayant alimenté la défiance.

Une opposition responsable

L’ancien secrétaire général du PAM n’exclut pas pour autant la confrontation politique. Il considère que les partis d’opposition, notamment le Parti de la justice et du développement (PJD) et l’Alliance de la gauche, ont pleinement le droit de contester les choix du gouvernement et de défendre leurs propres orientations.

Il appelle toutefois à une autre conception de l’opposition, fondée sur la qualité des propositions et la capacité à convaincre. «Nous avons besoin d’une véritable pédagogie de l’opposition, fondée sur l’exemplarité. Nous devons montrer la voie», affirme-t-il.

Interrogé sur les menaces d’une opposition «féroce» au futur gouvernement, il se montre critique à l’égard de cette terminologie. «Ce lexique appartient à la jungle», tranche-t-il. Une opposition efficace, selon lui, doit contribuer à améliorer l’action gouvernementale et servir les intérêts de la société, plutôt que se réduire à une surenchère verbale.

Invité, en fin d’émission, à adresser un message à Fatima Ezzahra El Mansouri, Hassan Benaddi a exprimé sa confiance dans la capacité de la nouvelle cheffe du gouvernement à assumer pleinement ses responsabilités. Une confiance nourrie par sa connaissance de sa famille et de son parcours politique, mais qui s’accompagne d’attentes précises quant à la composition de la future équipe gouvernementale, à son intégrité et à sa proximité avec les citoyens.

«J’ai toute confiance en sa capacité à prendre les décisions qui s’imposent. Elle doit toutefois les assumer pleinement et décider par elle-même. Il est important d’écouter tout le monde, mais, au moment de trancher, elle doit se fier à sa conscience, résister aux pressions et ne laisser personne décider à sa place», recommande-t-il.

Par Wadie El Mouden, Khalil Essalak et Saïd Bouchrit
Le 11/10/2026 à 19h00