Les meetings s’enchaînent à travers le Royaume. Les dirigeants des grandes formations politiques sillonnent les villes, mobilisent leurs militants et rivalisent de slogans et de promesses à l’approche des élections législatives. Mais, aux yeux de Hassan Benaddi, ancien secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM), un sujet majeur est curieusement absent de cette campagne, en lien avec les récentes manifestations d’hostilité au Maroc en Espagne.
Dans une déclaration pour Le360, Hassan Benaddi dit son «scandale» après avoir pris connaissance des images et des propos relayés ces derniers jours par les médias espagnols. Il pointe notamment la profanation du drapeau marocain à Madrid et les attaques visant le Maroc et ses symboles.
«On a vu les leaders des grandes formations danser et festoyer lors de meetings, mais personne n’a pris l’initiative de répondre aux Espagnols», déplore-t-il.
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Hassan Benaddi estime que la classe politique marocaine ne pouvait pas rester silencieuse alors même qu’elle est en pleine campagne électorale et qu’elle a, lors de ses meetings, «des Marocains devant elle».
«Ce qui me scandalise le plus, c’est le mutisme de la classe politique qui, en ce moment, est en plus en campagne», affirme-t-il. Pour lui, les dirigeants des partis avaient précisément une tribune toute trouvée pour évoquer ces incidents et exprimer une position claire. «Il faut qu’il y ait une réaction consensuelle contre ça», insiste-t-il.
L’un des épisodes auxquels Hassan Benaddi fait référence s’est produit le 2 septembre à Madrid. Pedro Chaparro et Gonzalo Martín, respectivement président et vice-président de la formation d’extrême droite Democracia Nacional, ont publiquement déchiré un drapeau marocain devant le Congrès des députés espagnols.
Le geste, revendiqué par leur formation, était présenté comme une protestation contre les «menaces» marocaines et comme une défense de la souveraineté espagnole sur Sebta et Melilla. Les deux responsables ont accompagné leur action de slogans affirmant que les deux villes ainsi que les Canaries étaient «toujours espagnoles».
Pour Hassan Benaddi, cette profanation ne peut être considérée comme un simple incident sans portée politique.
Le Maroc au cœur d’un récit hostile
L’ancien responsable du PAM inscrit cet épisode dans un contexte plus large. Depuis la crise migratoire de Sebta, une partie de la classe politique et médiatique espagnole a multiplié les accusations contre Rabat.
Le Parti populaire espagnol a notamment accusé le Maroc d’être «responsable, par action ou par omission», des arrivées massives de migrants à Sebta les 30 et 31 juillet.
Un autre épisode a pris une tournure particulièrement sensible lorsque des informations présentées comme provenant d’un supposé rapport de police ont laissé entendre que les services marocains auraient planifié ou exécuté ces arrivées. La direction générale de la Police espagnole a finalement démenti l’existence d’un tel rapport mettant en cause les forces marocaines.
Devant le Congrès, Pedro Sánchez a lui-même affirmé qu’aucune institution nationale ou internationale ne disposait de preuves permettant d’établir que le Maroc avait planifié ou organisé ces événements.
Pour Benaddi, c’est précisément cette accumulation qui devrait interpeller les responsables politiques marocains.
L’ancien SG du PAM va plus loin et établit un parallèle avec la période de la lutte pour l’indépendance. «Je sais très bien que ce sont les vestiges d’une pensée colonialiste, suprématiste qui méprise les Marocains», affirme-t-il, en référence aux images et propos qui l’ont scandalisé.
Il invoque alors la mémoire d’Allal Ben Abdellah, figure de la résistance marocaine, qui s’était opposé à l’installation de Ben Arafa sur le trône après la déposition de Mohammed V. «Allal Ben Abdellah n’a demandé l’autorisation de personne. Personne à l’époque ne pouvait lui souffler ce qu’il devait faire. Il a fait son devoir», rappelle Hassan Benaddi.
Pour lui, cette référence historique illustre une conception du patriotisme fondée sur l’initiative et la responsabilité individuelle, loin de l’attentisme politique. «C’est ce genre de Marocains dont le Maroc d’aujourd’hui a besoin, avec tous les défis auxquels nous devons faire face», lance-t-il.
Derrière sa critique des partis, Hassan Benaddi pose finalement une question plus large sur le contenu de la campagne électorale. Au-delà des rivalités électorales et des stratégies de campagne, certains sujets devraient, selon lui, faire l’objet d’une position nationale dépassant les appartenances partisanes.




