Élections: la débâcle d’anciens leaders, et l’émergence d’un électorat plus exigeant

Mohand Laenser, leader du Mouvement Populaire (MP), n'a pu remporter un siège dans la circonscription de Boulemane, où il s'était présenté, aux élections législatives de 2026. . Le360 : Adil Gardouz

Revue de presseLe scrutin du 23 septembre a permis de rebattre les cartes de la cartographie politique marocaine en infligeant une défaite cuisante à plusieurs figures politiques de premier plan, des secrétaires généraux de partis et d’anciens ministres. Un séisme électoral qui témoigne de profonds changements dans les comportements des électeurs, qui privilégient désormais la proximité sur le terrain et l’apport de solutions à leurs préoccupations citoyennes. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 24/09/2026 à 19h22

Le scrutin du 23 septembre s’est distingué par l’échec de nombreux noms éminents et de personnalités politiques ayant longtemps fait partie du paysage politique. Parmi les figures politiques les plus éminentes qui n’ont pas réussi à l’emporter, figure Mohand Laenser, leader et fondateur du Mouvement populaire qui s’est présenté dans la circonscription de Boulemane, rapporte le quotidien Assabah de ce vendredi 25 septembre. Malgré son retour dans la bataille parlementaire après une période d’annonces de son départ du Mouvement populaire et de retrait de l’action politique, les résultats du scrutin ont voulu qu’il soit rappelé à la réalité. Bien que le candidat, âgé de quatre-vingt-un ans, ait remporté toutes ses étapes précédentes et soit habitué à la victoire, les urnes ont cette fois-ci écourté son parcours à ce stade, ce qui constitue un tournant à même de le pousser à s’éloigner de la vie politique et électorale.

Les surprises ne se sont pas arrêtées là, puisque les résultats ont également enregistré la chute d’un premier ministre parmi la liste des ministres candidats, à savoir Karim Zidane, ancien ministre délégué chargé de l’Investissement, qui a échoué dans la compétition pour la circonscription de Youssoufia, lit-on dans Assabah. Bien qu’il n’y ait pas eu de liens préalables ou de résidence dans la région, des orientations de leadership du Rassemblement national des indépendants (RNI) l’avaient invité à s’y présenter, pariant sur sa gestion des communes de la région. Le résultat est cependant venu s’opposer à ses ambitions et l’a placé en dehors de la liste des vainqueurs, lui infligeant une lourde leçon électorale qui pourrait l’amener à réorienter son attention vers son investissement privé à l’étranger. Sa liste a également connu un recul personnel.

Personnalité politique de premier plan, Abdelkrim Benatiq, qui avait mené une bataille organisationnelle et politique acharnée dans la circonscription de l’arrondissement de El Mohit, a lui aussi subi un cuisant revers, écrit Assabah. Bien que la concurrence et les blocs politiques dans la circonscription n’aient pas été faciles pour lui d’obtenir le siège législatif en dépit de sa compétence et de sa large popularité qui ont contrecarré sa campagne électorale et politique, et aux côtés d’Allal El Omraoui, il a obtenu des voix dans la circonscription de Fès-sud, ce qui a laissé une grande tristesse à l’Istiqlal, qui l’a toujours considéré comme un de ses bastions électoraux.

Parmi les candidats défaits, il faut aussi compter certains secrétaires généraux de partis. Dans la circonscription de Sidi Kacem, Sidi Yahiya, le président du Front des forces démocratiques, a perdu ce scrutin, dans une circonscription dans laquelle ses attaches directes font défaut. Scénario identique pour un secrétaire général de parti dans la circonscription de Khemisset, qui s’est retrouvé au bas du classement final et n’a pu obtenir le siège qu’il convoitait.

La chute brutale de ces dirigeants de premier plan, détenteurs d’une longue expérience en politique, reflète l’émergence d’une nouvelle forme de conscience civique des électeurs, qui s’avèrent sélectifs dans le traitement des promesses électorales qui leur sont faites, et des concrétisations des programmes précédents.

De même, la décision de candidats de se présenter dans des circonscriptions éloignées de leurs attaches électorales a prouvé son inefficacité, devant les stratégies précises de candidats habitués de ces circonscriptions. Ces résultats illustrent donc une transformation sérieuse dans la nature des batailles électorales au Maroc, où il ne suffit plus de se targuer d’être le tenant d’une longue histoire dans un parti, ou le détenteur de postes dans de précédents gouvernements pour obtenir la confiance des électeurs.

Le résultat des urnes des législatives de 2026 impose donc une nouvelle donne aux élus, en leur faisant prioriser une nécessaire proximité sur le terrain et un attachement affectif aux problèmes rencontrés par la population. Les résultats dans leur ensemble reflètent une transformation tangible dans l’équation électorale, où l’immunité permanente des élus n’existe pas, et où la volonté des électeurs a permis de reconfigurer la cartographie politique marocaine.

Par La Rédaction
Le 24/09/2026 à 19h22