Coopération migratoire : le roi Mohammed VI interpelle l’Espagne et l’Europe

Le roi Mohammed VI, dans les rues de Rabat, le 7 octobre 2026.

Revue de presseÀ l’ouverture de la nouvelle année législative, le roi Mohammed VI a salué les acquis de la coopération migratoire avec l’Espagne, tout en soulignant les limites du modèle actuel, réaffirmant que le partenariat demeure un choix souverain, à l’abri de toute pression ou instrumentalisation politique, adressant un message clair à l’Espagne comme aux partenaires européens du Maroc. Cet article est une revue de presse tirée d’Al Ahdath Al Maghribia.

Le 11/10/2026 à 18h14

Le roi Mohammed VI a consacré une part importante de son discours prononcé à l’ouverture de la nouvelle année législative devant le Parlement aux relations avec l’Espagne, en particulier à la coopération migratoire. Ces déclarations revêtent une importance particulière après la crise de Ceuta, et les tensions politiques et médiatiques qu’elle a engendrées sur les deux rives du détroit de Gibraltar.

Le roi Mohammed VI a entamé son discours en rappelant la place du Maroc sur la scène internationale, celle d’un partenaire responsable et fiable qui respecte ses engagements et qui, conséquemment, est en droit d’attendre un traitement similaire de ses partenaires, relaie Al Ahdath Al Maghribia de ce lundi 12 octobre.

Sur la question migratoire, le roi Mohammed VI a fait état des résultats tangibles obtenus grâce à l’approche adoptée par le Maroc. Il a toutefois livré un diagnostic hautement significatif de la situation, selon lequel «le modèle actuel de coopération a atteint ses limites, comme en attestent clairement les crises récurrentes». Autrement dit, le roi Mohammed VI ne remet pas en doute les acquis de la coopération bilatérale ni son importance stratégique, mais souligne que le cadre actuel comporte des limites qui font obstacle à une réponse efficace aux nouveaux défis.

Les données du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et les statistiques européennes indiquent d’ailleurs que le nombre de migrants arrivant par voie maritime via la route de la Méditerranée occidentale a baissé de 68,6 % entre 2018 et 2025, passant de 57 264 à 17 993. Ces résultats doivent par conséquent replacer les événements de Ceuta dans leur contexte général, car une crise conjoncturelle, quelle que soit sa gravité, ne peut effacer le bilan de plusieurs années de coopération dans le domaine migratoire.

Le roi Mohammed VI a indiqué que cette coopération est aujourd’hui confrontée à d’importants défis liés à certaines dispositions juridiques qu’il considère comme dépassées et à des décisions de justice éloignées de la réalité, entravant ainsi le retour des mineurs et des personnes qui prétendent à la qualité de réfugiés. Autrement dit, la gestion des frontières ne peut être dissociée des possibilités juridiques de retour des personnes entrées de manière irrégulière, car lorsque les mesures de réadmission deviennent difficiles à appliquer, les mécanismes de coopération pourraient perdre une partie de leur efficacité.

Le discours du roi Mohammed VI comporte également une réponse politique aux accusations adressées au Maroc ces derniers mois. Sans nommer aucun parti politique ni organe de presse, le roi a critiqué des déclarations qu’il juge irresponsables, émanant de certains milieux politiques et médiatiques, ainsi que l’instrumentalisation politique de la question migratoire. Il a ensuite réaffirmé une position claire et sans équivoque: «le partenariat est un choix souverain et un engagement volontaire, qui ne saurait faire l’objet d’aucune pression ou menace, ni d’aucun chantage».

Depuis le déclenchement de la crise, le débat politique espagnol a été marqué par des accusations d’une grande gravité, oscillant entre des allégations sur des manquements délibérés des autorités marocaines et l’affirmation selon laquelle celles-ci organiseraient les mouvements de migrants. Le roi n’entre pas dans le détail de ces controverses, mais établit une distinction claire entre une volonté de préserver une relation stratégique avec l’Espagne et un refus de transformer cette coopération en un outil de pression politique, relaie Al Ahdath Al Maghribia.

Ce message, qui est donc adressé à l’Espagne, englobe également, à plus grande échelle, les partenaires européens du Maroc, car la coopération est un engagement volontaire entre des pays souverains dont la continuité nécessite une confiance et une reconnaissance mutuelles.

Par Hassan Benadad
Le 11/10/2026 à 18h14