H225M, C-295W, près de 60 aéronefs soutenus... Airbus renforce sa présence auprès des Forces armées royales

L'Airbus C-295W des FRA. (PHOTO: Santi Blánquez)

Le 10/10/2026 à 11h45

VidéoLivraison de l’avion cargo tactique militaire C-295W, commande de dix hélicoptères H225M, intégration du site de Spirit AeroSystems et expansion industrielle... Airbus monte en puissance au Maroc. Pour Mickaël Bertrand, représentant du groupe, la croissance de l’activité est «presque mécanique», le Royaume jouant un rôle clé dans la supply chain d’Airbus. Interview.

Premier C-295W livré à Kénitra, dix H225M commandés par les Forces armées royales, près de 60 aéronefs déjà soutenus... Airbus accélère dans le militaire au Maroc. Dans un entretien à Le360, Mickaël Bertrand, Airbus Country Representative for Morocco, fait le point sur l’ensemble des activités d’Airbus au Maroc.

L’A350F, qui a volé pour la première fois le 29 septembre, embarque de l’aérostructure fabriquée au Maroc. On apprend également que l’acquisition de Spirit est effective, et que le site est devenu Airbus Atlantique Maroc Aero. Parallèlement, l’activité composite doit croître de 30% dans les prochains mois.

Côté militaire, Airbus compte ouvrir la division Airbus Hélicoptères Maroc, avec un centre de maintenance qui visera aussi l’Afrique de l’Ouest. De plus, le groupe a présenté un concept d’hélicoptère associé à un drone et siège parmi les quatre membres fondateurs de l’ACME (plateforme collaborative de recherche et développement consacrée à la fabrication avancée, au sein de l’Africa Center for Manufacturing Excellence). La décarbonation reste, dit-il, un impératif. Mickaël Bertrand reste, cependant, discret sur Royal Air Maroc, tout en se disant prêt à accompagner sa croissance. Le tout s’appuie sur 1.300 collaborateurs directs et près de 10.000 emplois indirects.

Le360: Le Maroc participe-t-il déjà à la chaîne industrielle de l’A350F, dont le premier vol a lieu mardi 29 septembre? Quelles pièces sont produites dans le Royaume?

Mickaël Bertrand: Comme pour chaque aéronef qui vole aujourd’hui dans le ciel pour Airbus, il y a au moins une pièce qui est réalisée au Maroc. Alors, au-delà des pièces élémentaires pour lesquelles il y a une certaine communalité, on pourrait parler de l’élément supérieur de structure: on est sur de l’aérostructure qui est réalisée au Maroc et qui participe activement au programme A350.

Où en est l’acquisition de Spirit AeroSystems?

L’acquisition de Spirit est aujourd’hui effective, la marque est intermédiairement intégrée, c’est désormais un site Airbus au sens strict, sous le nom d’Airbus Atlantique Maroc Aero. Elle est donc désormais 100% Airbus.

Spirit fait partie des trois entités industrielles présentes sur le site de Nouaceur, deux à Midparc et le site historique d’Airbus Composite déjà présent près de l’aéroport. L’usine s’intègre totalement dans notre supply chain. Sa vocation est de poursuivre une croissance continue dans la mesure où cela va suivre la croissance d’Airbus aujourd’hui en termes de commandes. Et le site participe sur l’ensemble des composants à cette croissance.

Quel est le volume d’achat d’Airbus auprès de l’industrie marocaine et quel est l’objectif pour les prochaines années?

La croissance de l’activité au Maroc est presque mécanique, dans la mesure où le Royaume joue un rôle clé dans la supply chain d’Airbus. Les cadences vont fortement augmenter dans les prochaines années, et ce dès l’année prochaine.

Cette hausse se répercutera sur le Maroc et sur l’ensemble des composants produits par les trois sites industriels. Aujourd’hui, la croissance aéronautique est avant tout une affaire de capital humain. Nous comptons 1.300 collaborateurs directs et près de 10.000 emplois indirects. Pour donner un élément plus factuel, l’activité composite devrait progresser de 30% dans les prochains mois.

Airbus envisage-t-il de confier de nouveaux programmes ou de nouveaux plans de travail aux sites marocains?

Sur l’activité commerciale, avec de telles cadences et de telles perspectives, l’enjeu est surtout de gérer la hausse des volumes tout en maintenant la qualité et les délais. Un nouvel axe de développement s’ouvre avec l’activité militaire, aéronautique et spatiale, où la croissance est réelle.

Nous commençons par les hélicoptères, avec la création de la division Airbus Hélicoptères Maroc. Elle comprendra un centre de maintenance totalement intégré à la base industrielle et technologique de défense du Maroc. Ce centre aura vocation à couvrir l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, en plus des Forces armées royales.

Le premier C-295 W destiné aux Forces Royales Air a rejoint Kénitra le 29 septembre. D’autres appareils sont-ils attendus et selon quel calendrier?

Je ne peux pas entrer dans le détail des dispositions contractuelles. Je laisse à notre client le soin de communiquer. Nous remercions les Forces Royales Air de leur confiance. Le C-295 est désormais arrivé au Maroc. Nous en sommes extrêmement fiers et convaincus de la pertinence de cette solution: c’est un avion de transport tactique de dernière génération.

Une activité de formation et de maintenance du C-295 est-elle prévue au Maroc?

La maintenance commencera par l’activité hélicoptères, pour laquelle nous allons créer toute la partie MRO. Nous devons accélérer, car il faut aussi mettre en place un volet réglementaire et des cursus de formation.

Nous continuons de miser sur l’écosystème du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS), avec l’Institut des métiers de l’aéronautique (IMA) et l’Institut spécialisé des métiers de l’aéronautique et de la logistique aéroportuaire (ISMALA), partenaires initiaux qui restent extrêmement pertinents. Former des techniciens aéronautiques spécialisés sur les hélicoptères représente déjà un beau défi pour les prochaines années. Le dernier axe de développement est la recherche et développement, avec l’ingénierie. Nous avons signé le traité, et nous sommes l’un des quatre membres fondateurs de l’ACME. C’est un axe majeur pour nous en termes de valeur ajoutée.

Quelles sont les perspectives pour Airbus Hélicoptères au Maroc sur les marchés civils, parapublics et militaires?

Sur le marché militaire, nous soutenons depuis de nombreuses années près de 60 aéronefs. Les Forces armées royales nous ont de nouveau accordé leur confiance, et nous les en remercions, avec l’acquisition de 10 hélicoptères de transport tactique de dernière génération, des H225M. Ils consolideront cette assise.

Des hélicoptères H225M Caracal.

La flotte va ainsi dépasser 65, voire 70 hélicoptères dans les prochaines années. Nous voulons nous appuyer sur cette base industrielle, à partir de la maintenance, pour couvrir d’abord le marché privé, mais surtout le marché régional, où les besoins augmentent, notamment en maintenance.

Quels projets futurs Airbus peut-il développer pour le Maroc? Assemblage, maintenance lourde, hydrogène, carburant durable?

Nous sommes attachés à toutes ces dimensions, devenues des passages obligés pour Airbus. Nous continuerons de faire de la durabilité un axe central de notre travail, avec l’environnement et l’aéronautique durable. La décarbonation est pour nous un impératif.

Nous allons aussi nous appuyer sur l’ingénierie et la recherche et développement. Nous sommes là beaucoup plus dans la technique aéronautique et spatiale, sur le civil comme sur le militaire. L’ACME sera un excellent cadre pour cela.

Quels partenariats de formation Airbus compte-t-il développer pour accompagner la montée en puissance de l’écosystème aéronautique marocain?

Au-delà de l’écosystème existant, le GIMAS est quand même assez unique dans le domaine de l’aéronautique. Nous devons continuer à capitaliser sur lui, avec la coordination de l’IMA et de l’ISMALA, qui relèvent de la technique aéronautique au sens strict.

Nous allons aussi continuer à nous appuyer sur l’ingénierie, ce qui suppose d’innover et de travailler sur des plateformes innovantes. Nous avons présenté un nouveau concept d’hélicoptère associé à un drone, le manned-unmanned teaming, c’est-à-dire la coopération entre un appareil habité et un appareil non habité. C’est un vaste champ de travail, qui peut encore s’élargir, car le secteur est en pleine effervescence. Il suffit de voir l’activité des drones.

Y a-t-il de bonnes nouvelles que vous pouvez partager avec nous quant au programme d’achat d’avions par la RAM?

Je ne peux pas commenter la dimension commerciale de ce type de démarche. Je peux simplement dire que nous sommes au plus près des besoins et de la vision de Royal Air Maroc, qui souhaite multiplier par quatre sa flotte d’ici 2037. Nous sommes extrêmement attentifs à cette vision et nous répondons au mieux à ses interrogations. Nous serions plus que privilégiés d’être le partenaire de RAM dans cette phase de croissance.

Par Hajar Kharroubi, Abderrahim Et-Tahiry et Lahcen Oudoud
Le 10/10/2026 à 11h45