Omar Hilale n’avait pas prévu de prendre la parole en marge du vote de la résolution sur le Sahara, ce vendredi 30 octobre. Il est pourtant intervenu dans la foulée, pour répondre à son homologue algérien, Amar Bendjama, qui venait de s’exprimer devant le Conseil de sécurité.
«Je n’étais pas prêt et je n’envisageais pas d’intervenir pour une simple raison. Parce que, tout simplement, pendant des années, cette résolution était adoptée sans la présence des deux parties, le Maroc et l’Algérie. Aujourd’hui, cette tradition a été violée, mais je suis très reconnaissant à mon frère, l’ambassadeur d’Algérie, d’avoir décidé d’intervenir», a-t-il déclaré.
Le diplomate marocain a ensuite fait valoir qu’il s’agissait, pour lui, d’une occasion à ne pas manquer. «Parce qu’au moins, c’est bien au Conseil de sécurité que le monde entier saura qui est responsable, et surtout qu’il saura que la prétention de l’Algérie, qui n’est pas partie, qui n’est pas intéressée, qui n’est pas concernée, est simplement d’être observateur», a-t-il ajouté.
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Omar Hilale s’en est ensuite pris directement à la place que s’arroge son homologue. «J’aimerais poser la question, à quel titre, monsieur l’ambassadeur? Vous donnez des leçons au Conseil de sécurité? Vous sermonnez les membres du Conseil?», a-t-il interrogé.
Il a poursuivi sur le même ton, en énumérant les sujets que l’Algérie prétend maîtriser. «Vous parlez du droit international? De l’autodétermination? De la situation humanitaire? De quels droits? Aux Nations unies, il y a 193 membres», a-t-il lancé.
Omar Hilale a ensuite mis en lumière un paradoxe propre à la posture d’Alger. «Et uniquement un seul prend la peine d’intervenir, de prendre position, de demander qu’on vote contre une résolution, d’orienter le débat et parfois de faire la victime ou de parler au nom des autres», a-t-il souligné.
«Un véritable réquisitoire»
Pour le diplomate, le discours algérien ne relève pas de la plaidoirie. Il s’agit, à l’entendre, d’un acte d’accusation. «Permettez-moi, Madame, de répondre à certains éléments qui ont été présentés par mon frère, l’ambassadeur d’Algérie. Son intervention est un véritable réquisitoire», a-t-il dénoncé.
Il a précisé la cible de cette charge. «Ce n’est pas une plaidoirie pour leur position, mais un réquisitoire contre le Conseil de sécurité, contre le penholder, contre ceux qui ont décidé de soutenir la résolution. Elle donne l’impression que le droit est du côté de l’Algérie, et que tous ceux qui sont contre l’Algérie, ou qui prennent une position différente, sont dans la zone de non-droit», a-t-il expliqué.
Le diplomate marocain n’a pas adouci son propos, qu’il juge sans appel. «Monsieur l’ambassadeur, vos leçons sur l’histoire, sur le droit, la communauté internationale en a marre. Tout simplement parce que votre discours est pompeux, mais il n’a pas de consistance juridique», a-t-il tranché.
Il a alors porté le débat sur le terrain qu’Alger redoute le plus... celui des camps de Tindouf. «Et je vais vous le montrer. Vous parlez du droit international, du respect du droit humanitaire. Depuis cinquante ans, le Haut-Commissariat des Nations unies demande l’enregistrement des populations des camps de Tindouf», a-t-il martelé.
L’ambassadeur a enchaîné en exposant l’absurdité d’un cas de figure unique au monde, «où le pays hôte refuse officiellement, par écrit, cet enregistrement. Pourquoi? Parce que, dans ces camps, il y a des réfugiés maliens, nigériens, et il y a des Algériens».
Le diplomate a ensuite opposé aux réticences d’Alger une main tendue conditionnée à la transparence. «Et nous disons, je le répète ici, devant cet honorable Conseil, qu’on laisse le Haut-Commissariat faire l’enregistrement et l’identification. Et s’il y a un million de personnes, le Maroc acceptera ce chiffre», a-t-il affirmé.
Le représentant du Royaume a ensuite démonté l’argumentaire d’Alger fondé sur la défense des réfugiés. «Mais vous ne pouvez pas défendre ce que vous appelez des réfugiés, des personnes, et en même temps leur interdire d’être reconnus en tant que tels, identifiés par le Haut-Commissariat», a-t-il relevé.
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Il s’est appuyé sur la Convention de 1951, que l’Algérie... invoque volontiers. «Vous avez parlé de protection. Vous avez cité la Convention de 1951. Cette Convention vous impose, en tant que pays hôte, d’autoriser le Haut-Commissariat», a-t-il rappelé.
«La protection n’émane pas du ciel. La protection internationale, elle a ses règles. Et la première des règles préjudicielles, c’est l’enregistrement et l’identification. Ce n’est pas pour un quelconque objectif politique, mais pour savoir combien il y a d’enfants, combien il y a de femmes, combien il y a de jeunes, afin de quantifier l’assistance internationale, humanitaire», a-t-il détaillé.
Pour Omar Hilale, ce refus persistant d’enregistrement entraîne un préjudice immédiat. «Or, même cela ne se fait pas. Vous les privez de leur protection. Vous parlez des droits des réfugiés», a-t-il déploré.
«Les camps de Tindouf, mesdames et messieurs les ambassadeurs, sont les seuls camps dans le monde où le pays hôte a démissionné de sa souveraineté, de son autorité, pour les confier à un groupe armé séparatiste», a-t-il asséné.
«Dans les camps, il n’y a pas d’autorité algérienne à l’intérieur. Il n’y a pas de souveraineté. Tout simplement pour permettre au Polisario de faire ce qu’il veut, de recruter, d’embarquer des enfants dans des exercices militaires et de les envoyer faire le harcèlement militaire», a-t-il dénoncé.
Opposant les déclarations algériennes aux faits observés sur place, Omar Hilale s’est voulu catégorique. «Donc, monsieur l’ambassadeur, vous ne pouvez pas prétendre être l’avocat ou le défenseur des réfugiés et en même temps vous les privez de leurs droits les plus élémentaires. Il y a plus. Les réfugiés des camps de Tindouf ne peuvent pas quitter les camps», a-t-il martelé.
Dans la continuité de sa démonstration, le diplomate a insisté sur l’enfermement auquel sont réduits les réfugiés. «Ils n’ont pas le droit à la libre circulation. Ils n’ont pas le droit d’aller s’installer ailleurs. Ils n’ont pas le droit de retourner au Sahara marocain», a-t-il insisté.
Statu quo de cinquante ans: Omar Hilale interpelle Alger
«Et pourtant, le Maroc, depuis des années, sinon depuis des décennies, demande que tous ceux qui veulent retourner puissent le faire avec des garanties internationales, avec l’aide du Haut-Commissariat aux réfugiés», a-t-il rappelé.
Le diplomate marocain s’est ensuite insurgé contre l’obstruction d’Alger, soulignant au passage l’anachronisme de sa position sur la scène internationale. «Ce n’est pas possible parce que, tout simplement, l’Algérie dit qu’ils ne peuvent retourner qu’à condition qu’il y ait une solution politique. Et là également, c’est le seul pays hôte de réfugiés qui empêche les réfugiés de rentrer chez eux», a-t-il accusé.
Reste la question de l’alternative, que Omar Hilale refuse de laisser au statu quo. «Et en même temps, ils viennent nous dire que la solution politique ne peut pas être l’autonomie. La solution politique ne peut pas être à travers la négociation. Ben, à travers quoi?», a-t-il interrogé. Il a par la suite dénoncé ce qu’il présente comme une immobilité de 50 ans. «Vous voulez le statu quo? Déjà, 50 ans. Vous l’avez reconnu vous-même, monsieur l’ambassadeur, très cher frère», a-t-il lancé.
Il a alors offert à l’Algérie une sortie qu’il juge logique. «Je suis d’accord avec vous. Laissez-les rentrer au Maroc. Laissez-les rentrer au Sahara. Laissez-les aller en Espagne, en Europe ou en Afrique. Mais ne les privez pas», a-t-il lancé.
Poursuivant sa démonstration, le représentant du Maroc a rebondi sur les chiffres de l’ONU cités par la délégation américaine. «L’ambassadeur Waltz des États-Unis a cité la situation alimentaire dans les camps, en donnant des statistiques, pas américaines, des statistiques des Nations unies, qui nous inquiètent, qui nous attristent», a-t-il dit.
Il a enfin mis en cause la logique militaire de l’Algérie. «On équipe militairement le Polisario parce qu’il y a suffisamment d’armement, mais pas suffisamment d’alimentation, pas suffisamment de classes d’école. Pas suffisamment de construction de maisons pour ne pas souffrir dans la chaleur du désert, ni la pluie ou le froid de l’hiver», a-t-il fustigé.
«Une dernière observation. Vous avez fait une comparaison honteuse. Et vous avez utilisé le terme honteux. Faisons la comparaison entre la question du Sahara marocain et de la Palestine», a-t-il lancé.
Il a également opposé la liberté de manifester des deux pays. «Mais au moins chez nous, au Maroc, il y a toujours des manifestations chaque semaine en faveur du peuple palestinien. Alors qu’en Algérie, ces manifestations sont interdites», a-t-il souligné.
Omar Hilale a enfin raillé la leçon que l’Algérie prétend donner à d’autres. «Vous venez ici, monsieur l’ambassadeur, nous donner des leçons sur la Palestine et vous oubliez de la donner, de permettre à votre peuple de s’exprimer», a-t-il ironisé.
Il a reconnu un mérite à ceux qui agissent en coulisses. «Je disais, cette comparaison entre la situation en Palestine et au Sahara est honteuse. Qui a envoyé l’assistance humanitaire, qui a envoyé des hôpitaux, qui est en train d’œuvrer pour le règlement pacifique et la négociation, qui rapproche les positions des uns et des autres?», a-t-il interrogé.
Il a opposé à ces discours ceux qui agissent réellement. «Ce ne sont pas ceux qui font des discours sur la Palestine, mais ceux qui travaillent dans la discrétion, dans le respect, cachés», a-t-il affirmé.
S’adressant sans détour à son homologue, l’ambassadeur marocain a rappelé le principe fondamental du retour des réfugiés. «La situation des réfugiés, mon frère de l’Algérie, c’est que dans n’importe quel camp, n’importe quelle situation, elle n’est pas faite pour durer. Elle est faite pour qu’un jour, les femmes, les enfants puissent retourner dans leur famille ou dans leur village», a-t-il plaidé.
«Et c’est ce que les négociations veulent faire afin de permettre à ces populations de rentrer chez elles et non pas de rester les otages d’un agenda politique de l’Algérie et les otages d’un groupe séparatiste armé qui a des liens avec le terrorisme international», a-t-il dénoncé.
Il a enfin salué le penholder américain et les pays ayant voté la résolution. «Je terminerai, madame la présidente, en remerciant le penholder américain pour la résolution et je voudrais également remercier tous les pays qui ont voté pour cette résolution. C’est le fruit des heures et des heures de négociations», a-t-il ajouté.
«Le Maroc a fait énormément de concessions pour arriver à ce texte que nous espérions acceptable pour tout le monde. Malheureusement, ça n’a pas été le cas», a-t-il conclu.



