Alors que le pays traverse une période économique tendue, marquée par l’inflation et la hausse du coût de la vie, les célébrations de la Fête du Travail ont mis en lumière les défis persistants des travailleurs marocains. «Malgré des approches différentes, les principales centrales syndicales ont convergé vers des revendications communes: justice sociale, amélioration du pouvoir d’achat et réformes structurelles», résume le quotidien Al Akhbar dans son édition du lundi 4 mai.
À Casablanca, l’UGTM a organisé une cérémonie centrale en présence de responsables politiques et syndicaux, dont Nizar Baraka, secrétaire général du Parti de l’Istiqlal. Nizar Baraka a souligné les mesures prises pour améliorer les conditions des salariés, notamment la revalorisation du SMIG, l’élargissement des exonérations fiscales et le soutien aux prix des produits de base comme le gaz butane et l’électricité. Il a également mentionné des réformes du marché du travail, telles que la réduction du temps de travail pour les agents de sécurité et le lancement de programmes de formation continue pour les PME.
Cependant, le secrétaire général de l’UGTM, Youssef Aalakouch, a nuancé ce bilan. Malgré quelques avancées issues du dialogue social, il a estimé que l’année écoulée n’a pas répondu aux attentes des travailleurs, en raison d’un contexte économique difficile marqué par la hausse des prix et l’inflation. Il a dénoncé la spéculation et l’avidité des marchés, appelant à un renforcement des contrôles pour protéger les consommateurs.
«De son côté, Miloudi Moukharik, secrétaire général de l’UMT , a adopté un ton plus critique», relate Al Akhbar. Selon lui, la situation des travailleurs marocains reflète des déséquilibres structurels du modèle économique, aggravés par les crises successives, tant nationales qu’internationales. Il a pointé du doigt des politiques publiques privilégiant les équilibres macroéconomiques au détriment de la justice sociale, entraînant un creusement des inégalités et un affaiblissement de la classe moyenne.
L’UMT a également alerté sur la précarisation croissante du travail, avec l’expansion du secteur informel et la multiplication des emplois précaires. Concernant le dialogue social, le syndicat a exprimé sa déception face aux résultats de la dernière ronde de négociations, jugés insuffisants pour répondre aux défis actuels.
Abdelmajid El Houari, secrétaire général de la CDT, a adopté une approche à la fois critique et constructive. Il a souligné la nécessité de redonner la priorité au secteur social pour rétablir l’équilibre au sein de la société. Selon lui, cela passe par un renforcement des mécanismes de contrôle et d’inspection, ainsi que par un meilleur financement des institutions sociales pour leur permettre d’accomplir leurs missions efficacement.
La CDT a mis en avant les atouts du Maroc pour construire un modèle social avancé, fondé sur l’équité et la résolution pacifique des conflits. Tout en reconnaissant l’importance du dialogue social, El Houari a appelé à surmonter les obstacles qui entravent sa mise en œuvre et à passer à une phase de concrétisation des réformes.
L’UNTM a tiré la sonnette d’alarme sur la dégradation du pouvoir d’achat des Marocains, qualifiant la situation de critique et menaçant la paix sociale. Le syndicat a dénoncé l’inflation, devenue selon lui une «guillotine» pour les ménages, appauvrissant la classe moyenne et fragilisant davantage les populations vulnérables.
L’UNTM a vivement critiqué l’inaction du gouvernement face à la flambée des prix, l’accusant de privilégier les logiques de marché au détriment des citoyens. Pour y remédier, le syndicat a exigé des mesures urgentes, dont une augmentation immédiate des salaires, l’indexation automatique des revenus sur l’inflation et un plafonnement des prix des produits de base et des carburants.
Parmi ses revendications figurent également la limitation des profits des grandes entreprises, le renforcement des pouvoirs du Conseil de la concurrence pour lutter contre les monopoles, ainsi qu’une réforme fiscale incluant une taxation des revenus exceptionnels et des fortunes.



