Les scènes d’insurrection, parfois au cri de «Révolution», ont paru plus intenses que les émeutes de 2023, mais aussi que les journées d’action des gilets jaunes en 2018-2019, selon des journalistes de l’AFP sur le terrain.
Dans les rues de Paris comme dans celles des principales villes du pays, des centaines d’institutions et de commerces ont été pris pour cible, laissant des rues entières jonchées de débris et de carcasses de deux-roues brûlées en centre-ville.
Dimanche au petit matin à l’approche du centre de Paris, les stigmates de la dévastation sont nombreux: vitrines brisées, monticules où ont été brûlés des vélos et des scooters, magasins dépouillés dans le quartier de République ou sur les Grands boulevards, et qui pour certains d’entre eux sont comme éventrés.
À rebours de ce spectacle de désolation, certaines terrasses ont commencé à être proprement installées comme si de rien n’était.
Un éboueur à pied d’œuvre pour changer les poubelles, lâche dans un sourire: «À République, c’est le bordel».
À Marseille, Lille, Angers et Bordeaux, des manifestants ont fait irruption dans les mairies ou dans les préfectures pour les vandaliser. À Lyon, une antenne de l’office de tourisme a été incendiée. À Limoges, c’est l’Hôtel de Ville, datant du 19ème siècle, qui a été «en grande partie perdu» dans les flammes. Le feu «est circonscrit» dimanche matin, selon le préfet.
Dans la capitale, «des rues entières ont été méthodiquement ravagées», selon le maire Emmanuel Grégoire (PS). Avec ses homologues de Lyon et Marseille, il a demandé à être reçu en début de semaine par le Premier ministre Sébastien Lecornu.
Mobilisations du 17 octobre: "Je suis très en colère et inquiet parce que la situation n'est pas encore fixée", déclare le maire de Paris, Emmanuel Grégoire https://t.co/rAfuQ9HseL
— BFM (@BFMTV) October 17, 2026
«Ceux qui ont cassé, attaqué les préfectures comme les commerces, pillé jusqu’à nos mairies, seront poursuivis et punis», a assuré le président Emmanuel Macron dans un post sur X. «Nous ferons tous bloc face aux semeurs de chaos, qui ne cherchent qu’à abattre nos institutions».
Aucune place pour la violence dans notre République. Ceux qui ont cassé, attaqué les préfectures comme les commerces, pillé jusqu’à nos mairies, seront poursuivis et punis. Aux forces de l’ordre, garantes du droit à manifester, je dis le soutien de la Nation. Nous ferons tous bloc face aux semeurs de chaos, qui ne cherchent qu’à abattre nos institutions et empêchent ceux qui expriment pacifiquement leurs revendications de le faire.
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) October 17, 2026
Au total, 1.200 personnes ont été interpellées samedi, et 150 policiers et gendarmes blessés, selon l’exécutif. Plusieurs manifestants ont également été blessés, parfois gravement, notamment à Saint-Etienne, où un jeune de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade lancée par les forces de l’ordre.
C’est «un miracle que le bilan ne soit pas plus lourd ce soir», a estimé le Premier ministre Sébastien Lecornu après une visite nocturne auprès des forces de sécurité. Il a appelé La France insoumise, dont le leader Jean-Luc Mélenchon a été mis en cause pour son soutien au mouvement, à «choisir son camp» entre celui «de la République et donc des forces de l’ordre», et «celui des casseurs».
Faire porter aux chefs de la police la responsabilité des violences, c’est une inversion dangereuse et cynique des responsabilités. Vous appelez celles et ceux qui partagent votre combat à ne pas participer aux pillages. Commencez donc par désigner clairement les responsables, c’est-à-dire ceux qui pillent et qui saccagent. On ne peut pas appeler à cesser les violences tout en fournissant des excuses à ceux qui les commettent. C’est VOTRE responsabilité politique.
— Sébastien Lecornu (@SebLecornu) October 17, 2026
«À tous les commerçants touchés», «nous sommes mobilisés à Bercy pour vous aider», a affirmé le ministre du Commerce, Serge Papin.
Duel LFI-RN à distance
Après plusieurs semaines d’agitation lycéenne, les organisateurs de cette journée de mobilisation ambitionnaient de cimenter une «convergence des luttes» avec les anciens gilets jaunes, sur fond de flambée du prix des carburants.
«Je suis venue pour manifester contre la vie chère, pour dire qu’on en a assez de trimer pour des salaires de misère et voir nos loyers augmenter tout le temps», a expliqué à l’AFP Régine Monfroid, une éducatrice croisée à Strasbourg.
Jean-Luc Mélenchon, qui a défilé dans les rues de Paris, a assuré que «ceux qui partagent» son combat «n’ont rien à faire dans le pillage, le saccage».
Il a accusé le Premier ministre d’avoir «joué avec le feu en comptant sur le pourrissement» de la situation, et mis une nouvelle fois en cause la stratégie du maintien de l’ordre déployé par les autorités, notamment à Paris.
Monsieur Lecornu, Vous avez joué avec le feu. En comptant sur le pourrissement, vous n'avez réussi qu'à solidariser toute la jeunesse et les syndicats de salariés. Puis vos consignes de répression sauvages révélées par le Canard enchaîné ont déclenché une mobilisation sans précédent du pays. En vous enfermant dans une polémique politicienne avec moi, vous montrez que vous n'êtes pas un homme d'État. Juste un commis qui est en train de provoquer une crise de régime. Vous ne vous rendez pas compte de vos dégâts ? Vous n'avez rien de mieux à faire que cette querelle politicienne et ces leçons de morale à cette heure ? Quant aux policiers, vous devriez vous interroger : ce pouvoir a organisé le désordre par ses décisions aberrantes et incompétentes. Il vous abandonnera à la première occasion.
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) October 17, 2026
«Les discours des députés de Jean-Luc Mélenchon, en légitimant la violence, en contrastant l’ordre comme une oppression et le désordre comme un droit, cherchent à précipiter le pays dans le chaos», a attaqué de son côté Marine Le Pen.
À six mois de la présidentielle, la mobilisation sociale est plus que jamais un terrain d’affrontement entre la candidate RN et le chef de file de LFI, qui selon plusieurs sondages récents pourraient s’affronter au second tour.
Alors que les violences se prolongent jusque tard dans la soirée, notamment à Paris, le bilan financier des dégradations «va être lourd, partout dans le pays», a prévenu M. Lecornu.
«Le bilan va être lourd partout dans le pays», affirme Sébastien Lecornu, Premier ministre, devant les médias Toute l'info est à retrouver sur https://t.co/NVs1Rf6rXd https://t.co/BZXMS3comL
— CNEWS (@CNEWS) October 17, 2026
Le président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), Alexandre Bompard, a dit s’attendre à de «lourdes conséquences économiques et financières» pour le secteur.




