Un journaliste arabe israélien et militant politique a par ailleurs été arrêté mardi soir en raison d’une interview menée avant les élections et se trouve toujours en détention, selon l’ONG israélienne qui le défend.
Le camp de M. Netanyahu a passé la campagne électorale à dénigrer violemment les listes arabes, les accusant de fraude dès l’ouverture des bureaux de vote le jour des élections législatives, le 27 octobre.
Aucune majorité n’est sortie des urnes, mais ces listes, menées par les Palestiniens d’Israël, comme sont aussi appelés les Arabes israéliens, ont effectué une percée historique. En s’alliant au chef de file de l’opposition Gadi Eisenkot, elles pourraient permettre d’écarter Benjamin Netanyahu du pouvoir.
La Commission électorale a écarté toute fraude massive, confirmant toutefois l’existence d’une enquête menée par le renseignement intérieur (Shin Bet).
Dans la journée, plusieurs médias et le Likoud de Benjamin Netanyahu ont affirmé que le Shin Bet soupçonnait Ayman Odeh d’avoir reçu «des centaines de milliers de shekels d’une source étrangère».
Le Likoud et ses alliés accusent depuis plusieurs jours les partis arabes d’avoir acheté des voix avec de l’argent envoyé par le Qatar, des allégations rejetées par Doha et l’opposition.
La formation de M. Odeh, la Liste unifiée, a dénoncé une «escalade dangereuse de la campagne contre les citoyens arabes et leurs dirigeants», promettant de continuer à œuvrer «avec détermination» pour écarter Benjamin Netanyahu du pouvoir.
Mardi, la procureure générale israélienne avait souligné que le Shin Bet, dirigé par un proche de M. Netanyahu, n’avait pour l’heure produit aucune preuve, l’invitant à partager tout élément éventuel en sa possession.
«Dans un État de droit, il n’est pas possible d’enquêter sur des citoyens ou des élus sans disposer d’éléments de preuve qui le justifient», avait déclaré Gali Baharav-Miara.
Député sortant, Ayman Odeh, 51 ans, est l’une des figures arabes israéliennes les plus connues du paysage politique. Ancien chef du parti d’extrême gauche Hadash, il dirigeait la Liste unifiée depuis 2015, avant de quitter la Knesset à la fin de la dernière législature.
«Menace pour la démocratie»
Le journaliste Abed Abu Shehadeh a, lui, été arrêté chez lui «par une quinzaine de policiers» mardi soir, a indiqué mercredi l’organisation de défense des droits humains Adalah.
Il a été présenté à un juge mercredi après-midi et est soupçonné d’être entré «en contact avec un agent étranger» et d’autres infractions «secrètes», d’après un journaliste de l’AFP présent au tribunal. Sa détention a été prolongée jusqu’à dimanche, selon Adalah.
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D’après l’ONG, les autorités lui reprochent une interview qu’il a menée au Qatar avec un ancien député arabe israélien, Azmi Bishara, quelques jours avant les législatives israéliennes.
Azmi Bishara a fui Israël en 2007, sur fond d’accusations de liens avec le Hezbollah libanais, qu’il a démenties. Exilé au Qatar, il est devenu un intellectuel de premier plan dans le Golfe, très présent dans les médias proqataris de la région.
L’interrogatoire et la détention d’Abed Abu Shehadeh «ne sont liés qu’à une interview. Ce n’est pas une enquête, mais une campagne pour faire taire les journalistes palestiniens et les activistes politiques», s’est insurgé Adalah.
Cette succession d’événements est un «signal d’alarme» et une «menace pour la démocratie», a réagi mercredi l’opposant Yaïr Golan, chef de la gauche.
«Netanyahu a perdu les élections, mais refuse de reconnaître sa défaite et cherche à mener un coup de force pour s’emparer du pouvoir», a-t-il ajouté.



