Himalaya: au moins 472 morts et plus de 1.400 disparus, la menace d’une nouvelle crue

Une femme patauge sur une route submergée de boue et de débris après des crues soudaines dans la région de Devighat, dans le district de Nuwakot au Népal, le 27 août 2026. AFP or licensors

La Chine et le Népal redoutent de nouvelles coulées de boue et de nouvelles inondations dans la région himalayenne frappée mercredi par une crue gigantesque. Le bilan est désormais de 472 morts au Népal et au Tibet, selon un nouveau décompte publié vendredi matin par les autorités.

Le 28/08/2026 à 07h34

Le bilan provisoire total de la catastrophe atteint vendredi 472 morts. Plus de 1.400 personnes avaient par ailleurs été signalées disparues des deux côtés de la frontière.

L’Autorité nationale népalaise de gestion des catastrophes faisait état de 977 personnes toujours portées disparues au Népal. Au Tibet, la télévision publique chinoise CCTV en recensait 558, dont 260 étrangers. Ces décomptes étant établis séparément et aucun bilan consolidé n’ayant été publié, ils ne peuvent toutefois pas être additionnés mécaniquement.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, la Chine a averti d’un «risque élevé» de rupture de l’un des lacs de barrage formés par l’accumulation de glace, de roches et de boue près de Gyirong, localité tibétaine située à la frontière avec le Népal.

Selon les premières mesures effectuées par une équipe chinoise d’ingénieurs, cette retenue s’étend sur environ 150 mètres et atteint entre 40 et 50 mètres de profondeur. Elle renfermerait actuellement entre 1,5 et 2 millions de mètres cubes d’eau. Les pluies attendues pourraient y déverser trois millions de mètres cubes supplémentaires au cours des trois prochains jours, augmentant fortement le risque de rupture et de crue en aval.

Le ministère chinois des Ressources en eau a demandé aux autorités locales de surveiller en permanence le niveau du lac, les précipitations et la stabilité des parois environnantes. Des relevés aériens, une modélisation en trois dimensions et des mesures du fond de la retenue ont été lancés. Les ingénieurs étudient également la possibilité de creuser un canal de drainage afin d’abaisser progressivement le niveau de l’eau.

Jeudi déjà, le gouvernement népalais avait multiplié les mises en garde contre une deuxième crue, en raison d’un autre lac formé par l’obstruction de la Bhote Koshi.

«Il semble que le cours de la rivière Lhende soit encore obstrué en amont», avait indiqué l’Autorité népalaise de gestion des situations d’urgence. «En raison du risque d’une nouvelle inondation, toutes les populations situées en aval sont priées de rester extrêmement vigilantes», avait-elle ajouté. Les habitants, les touristes et les secouristes présents le long de la Bhote Koshi et de la Trishuli ont notamment reçu pour consigne de s’éloigner des berges.

Extrême vigilance

Le puissant mur d’eau, de boue, de glace et de roches qui a déferlé mercredi matin sur la frontière entre le Népal et le Tibet a balayé des villages, des postes-frontières, des centrales hydroélectriques, des routes et des ponts. Dans certaines vallées encaissées, la vague aurait atteint plusieurs étages de hauteur.

Très fréquentée par les randonneurs parcourant le massif du Langtang, cette région se trouve également sur la route empruntée par des milliers de pèlerins se rendant au mont Kailash et au lac Manasarovar, au Tibet. Des centaines de touristes et de pèlerins étrangers figurent parmi les disparus. La référence au mont Everest, présente dans la première version du texte, ne correspondait pas à la zone directement frappée.

Les premières analyses satellitaires montrent que la partie inférieure d’un glacier proche du Langtang Lirung s’est détachée avant de s’écraser quelque 1.200 mètres plus bas. L’avalanche de glace et de roches a dévalé la vallée de la Lhende Khola, entraînant une gigantesque coulée de débris et des inondations en cascade.

Le phénomène a généré un signal sismique initialement interprété comme un tremblement de terre. L’Institut d’études géologiques des États-Unis a ensuite reclassé l’événement comme un «glissement de terrain de magnitude 5,2». Il ne s’agissait donc pas d’un séisme tectonique ayant provoqué l’effondrement, mais de l’énergie dégagée par la chute de la masse de glace et de roches elle-même.

La coulée a suivi la Lhende Khola, puis les systèmes fluviaux de la Bhote Koshi et de la Trishuli. Elle a traversé Timure, Syapru Besi, Betrawati, Trishuli et Devighat avant de poursuivre sa course sur plus de 100 kilomètres vers les plaines. Au Népal, des corps ont été retrouvés jusque dans les districts de Chitwan, Tanahun et Nawalparasi, très loin de la zone initiale de l’effondrement.

Côté chinois, les médias d’État ont indiqué que 558 personnes restaient portées disparues à Gyirong, dont 260 étrangers. Les autorités affirment avoir transféré vers des zones sûres 555 touristes ainsi que 499 habitants, ouvriers et employés des chantiers locaux. Aucun touriste ne serait désormais bloqué dans la partie tibétaine touchée, selon l’agence Chine nouvelle.

Au Népal, plusieurs centaines de ressortissants étrangers figurent également sur les listes de personnes recherchées. Des Indiens, des Américains, des Britanniques, des Australiens, des Canadiens, des Malaisiens et des Ukrainiens sont notamment concernés. Washington a fait état d’environ 90 Américains manquant à l’appel, tandis que Londres recherche au moins 33 ressortissants britanniques.

L’aide internationale s’organise sous la forme de financements, de matériel médical, d’abris, de nourriture, d’eau potable et d’équipements de secours. Les Nations unies ont mobilisé leurs équipes d’urgence, tandis que plusieurs pays ont proposé une assistance aux autorités népalaises.

Les opérations restent toutefois entravées par les routes coupées, les ponts détruits, l’épaisseur des dépôts de boue et la menace persistante de nouvelles crues.

La catastrophe a suscité de nombreuses réactions. Le dalaï-lama s’est dit «attristé» par les pertes humaines et a offert ses «prières» aux victimes. Le pape Léon XIV a exprimé sa tristesse et assuré les sinistrés de sa proximité spirituelle.

Le roi Charles III a déclaré que la reine Camilla et lui avaient «le cœur brisé», tout en rendant hommage aux membres des forces de sécurité morts pendant les opérations de secours. Les inondations et les glissements de terrain sont fréquents pendant la mousson d’été, de juin à septembre, au Népal, au Tibet et dans une grande partie de l’Asie du Sud.

Les scientifiques soulignent que le réchauffement peut accélérer la fonte des glaciers, dégrader le pergélisol et fragiliser les parois rocheuses de haute montagne. Ils préviennent néanmoins qu’il est encore trop tôt pour attribuer cet effondrement précis au seul changement climatique.

Par Le360 (avec AFP)
Le 28/08/2026 à 07h34