États-Unis: les séjours des étudiants étrangers plafonnés à quatre ans, ceux des journalistes à huit mois

Le campus de Harvard, à Cambridge, dans le Massachusetts, aux États-Unis. (PHOTO: Sipa Press)

Le gouvernement américain a décidé de plafonner la durée de séjour autorisée aux États-Unis pour les étudiants, les participants à des programmes d’échange et les journalistes étrangers, selon une règle définitive rendue publique jeudi. Cette mesure prolonge la politique migratoire restrictive menée par Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche.

Le 17/07/2026 à 07h30

Le texte remplace le régime dit de «durée du statut», qui permet actuellement aux titulaires de visas F, J et I de rester dans le pays tant qu’ils poursuivent leurs études, leur programme d’échange ou leur activité journalistique. Désormais, leur document d’admission comportera une date de fin précise. La mesure concerne donc la période d’admission et de séjour autorisée, et pas nécessairement la durée de validité matérielle du visa apposé dans le passeport.

Pour les étudiants étrangers et les participants à des programmes d’échange, la période autorisée correspondra à la durée du cursus ou de l’activité, sans pouvoir dépasser quatre ans. Ceux dont la formation se prolonge, notamment certains doctorants, devront demander une extension auprès des services fédéraux de l’immigration.

La règle réduit également de 60 à 30 jours la période accordée aux étudiants après l’achèvement de leur programme pour préparer leur départ ou solliciter un changement de statut. Les organisations universitaires redoutent une incertitude accrue pour les cursus longs et les établissements qui les accueillent.

Les journalistes étrangers titulaires d’un visa I seront, pour leur part, admis pour un maximum de 240 jours, soit environ huit mois. Ils pourront demander des prolongations pour des périodes identiques, mais devront renouveler régulièrement leurs démarches auprès de l’administration. Les journalistes titulaires d’un passeport de Chine continentale seront soumis à une limite particulièrement restrictive de 90 jours.

Jusqu’à présent, les journalistes pouvaient être admis pour la durée de leur affectation auprès d’un média étranger. Le nouveau système risque donc de compliquer l’organisation des bureaux de presse internationaux, la continuité des affectations et le suivi au long cours de l’actualité américaine.

La règle doit être publiée vendredi au Registre fédéral, l’équivalent américain du Journal officiel, et entrer en vigueur le 15 septembre, soit 60 jours plus tard. Elle reste soumise au contrôle du Congrès et pourrait faire l’objet de recours judiciaires. Une mesure comparable avait été proposée en 2020, durant le premier mandat de Donald Trump, avant d’être abandonnée sous la présidence de Joe Biden.

Le projet avait de nouveau été présenté l’an dernier, ouvrant une consultation publique au cours de laquelle le ministère de la Sécurité intérieure a reçu près de 22.000 observations. Une centaine de médias et d’organisations de presse internationales, dont l’AFP, avaient averti dans une lettre ouverte que la réforme «amoindrirait la quantité et la qualité de la couverture» de l’actualité américaine.

Se disant «indignée», Reporters sans frontières a estimé que la décision risquait de «priver les journalistes internationaux de la possibilité de couvrir l’actualité depuis les États-Unis» et de rendre «extrêmement difficile, voire impossible, le fonctionnement des médias internationaux» dans le pays. Pour l’ONG, «le cycle incessant des renouvellements de visa restreint la liberté de la presse».

Le Comité pour la protection des journalistes a dénoncé «la dernière escalade en date» d’un gouvernement auquel il reproche «une série de violations de la liberté de la presse profondément inquiétantes». «C’est le comportement d’une démocratie en déclin, pas du pays aux avant-gardes de la liberté de la presse à l’international», a ajouté le CPJ.

Les organisations représentant l’enseignement supérieur sont également montées au créneau. NAFSA, association spécialisée dans les échanges éducatifs internationaux, juge la réforme inutile et susceptible d’introduire davantage de bureaucratie, alors que les étudiants étrangers sont déjà suivis dans la base fédérale SEVIS. Elle craint que la mesure ne décourage les candidats internationaux et ne fragilise l’attractivité des universités américaines.

Pour justifier sa décision, le ministère de la Sécurité intérieure évoque une «augmentation significative» du nombre de personnes relevant de ces catégories. Selon ses données, plus de 1,8 million d’entrées ont été enregistrées sous visa étudiant en 2024, soit une hausse de plus de 11% sur un an. La même année budgétaire, plus de 500.000 participants à des programmes d’échange et environ 37.300 représentants de médias ont été admis.

Cette progression «représente un défi pour la capacité du ministère à surveiller et à contrôler ces non-immigrants pendant leur séjour aux États-Unis», affirme l’administration. Ses opposants répondent que la multiplication des renouvellements transférera surtout vers les étudiants, les universités et les rédactions une lourde charge administrative, avec le risque que des retards interrompent des études, des recherches ou des missions journalistiques.

Par Le360 (avec AFP)
Le 17/07/2026 à 07h30