Après une insolente période de surchauffe, la place casablancaise semble entrer dans l’âge de la raison. La respiration technique observée au cours de l’année 2026 ne saurait toutefois masquer une tendance de fond qui demeure solidement ancrée dans le vert.
Le coup de frein actuel fait suite à un triennat exceptionnel, durant lequel l’indice de référence, le MASI, s’est envolé successivement de 12,8% en 2023, de 22,2% en 2024, puis de 27,6% en 2025. Face à de tels sommets, le repli constaté depuis le début de l’année s’apparente davantage à une consolidation salutaire après des excès manifestes qu’à un véritable retournement de tendance. «Bien que les incertitudes géopolitiques mondiales et le regain de prudence des investisseurs aient accentué ce mouvement baissier, les fondamentaux du marché marocain reposent toujours sur une assise microéconomique solide», indique le magazine Finances News Hebdo.
La progression spectaculaire de la capacité bénéficiaire globale des entreprises cotées, passée de 28,6 milliards de dirhams en 2021 à 50,9 milliards en 2025, prouve que la valorisation des cours s’appuie sur une réelle création de valeur et non sur une simple spéculation. Ce moteur bénéficiaire demeure le principal atout de la place financière, d’autant que le cadre macroéconomique national continue d’offrir des signaux encourageants. Avec une croissance économique projetée à 5,2% pour l’année 2026, stimulée par la relance agricole, la consommation des ménages et l’investissement, le tout dans un contexte d’inflation maîtrisée et de stabilité monétaire, le Maroc dispose d’atouts majeurs. Le retour attendu du Trésor public dans la catégorie Investment Grade devrait achever de convaincre les capitaux étrangers.
Les projections de BMCE Capital Global Research corroborent cet optimisme mesuré. Le chiffre d’affaires agrégé du Scope 40 devrait ainsi progresser de 13,6% en 2026 pour s’établir à 352,2 milliards de dirhams, avant d’atteindre 376,6 milliards l’année suivante. Parallèlement, le résultat opérationnel devrait franchir la barre des 95,9 milliards de dirhams, en hausse de 6%, pour atteindre 103,6 milliards en 2027. «Bien que la capacité bénéficiaire brute doive s’établir à 49,7 milliards de dirhams en 2026, la croissance sous-jacente du résultat net part du groupe, retraitée des éléments exceptionnels liés à l’opérateur historique Maroc Telecom, afficherait une progression robuste d’environ 13%», note Finances News.
Cette dynamique positive est largement partagée, même si le secteur financier, les industries extractives et les assurances s’imposent comme les véritables locomotives de cette croissance. Les banques tirent profit d’une hausse sensible de leur produit net bancaire, d’une gestion rigoureuse de leurs charges opérationnelles et d’une stabilisation progressive de leur coût du risque. De leur côté, les entreprises industrielles bénéficient pleinement de la reprise des grands chantiers d’infrastructure nationaux. Le secteur des assurances connaît, quant à lui, une profonde restructuration de son paysage avec la fusion d’Allianz et de Sanlam, une opération d’envergure qui dope mécaniquement les primes émises et les capacités bénéficiaires sectorielles.
Au-delà des simples publications comptables, des facteurs structurels profonds soutiennent la cote. La capitalisation globale du marché a franchi le cap symbolique des 1.028 milliards de dirhams, offrant désormais une profondeur historique à la Bourse de Casablanca. De plus, l’activité transactionnelle bénéficie d’une liquidité accrue et d’une prépondérance renforcée du marché central. «L’engouement suscité par les récentes introductions en Bourse, ainsi que la perspective des grands projets liés à l’organisation de la Coupe du monde 2030, dessinent des perspectives à long terme particulièrement favorables pour les secteurs de la construction, de la finance et des services», souligne Finances News.
Ce tableau, globalement constructif, n’exclut pas pour autant certaines zones de vigilance. Le marché reste sensible aux aléas climatiques, à la volatilité des marchés de l’énergie et aux tensions géopolitiques internationales. Dans ce contexte de transition, la gestion de portefeuille exige désormais une rigueur accrue et une sélection minutieuse des valeurs, sans pour autant occulter le potentiel de croissance intrinsèque de la place financière marocaine.




