Ce jeudi 20 août 2026, la Russie a brusquement repris ses manœuvres militaires en mer d’Okhotsk par de nouveaux tirs de missiles. Ces exercices, impliquant 13.000 soldats et des sous-marins, avaient initialement débuté le 4 août et devaient s’achever le 12 août, après des tests observés par Vladimir Poutine depuis le croiseur Varyag. Cette reprise inattendue des opérations s’apparente à une ultime provocation visant à démontrer la détermination militaire de Moscou face au refus du Japon de plier.
Cette démonstration de force intervient une semaine après la visite du président russe, le 13 août, sur l’île d’Etorofu, un territoire fermement revendiqué par le Japon. L’exécutif nippon, qui n’avait donné aucune autorisation pour cette visite d’État, a immédiatement réagi en convoquant l’ambassadeur russe à Tokyo, Nikolaï Nozdrev, pour exiger de fermes explications.
La réponse de Moscou ne s’est pas fait attendre, provoquant une riposte diplomatique sur le sol russe. Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a en effet convoqué l’ambassadeur japonais, Muto Akira, pour réprimander les positions de la Première ministre Takaichi Sanae. Après un refus initial au prétexte d’un déplacement, le diplomate nippon s’est finalement rendu au ministère ce mardi 18 août pour un entretien glacial de 30 minutes, refusant tout commentaire à sa sortie.
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Si l’ambassade du Japon a rapidement réaffirmé la souveraineté de Tokyo sur l’archipel par voie de communiqué, la diplomatie russe a répliqué en rappelant «l’inviolabilité» de ses territoires et en se disant prête à adopter des «mesures appropriées» face au gouvernement japonais.
Un contentieux territorial hérité de 1945
Le cœur du conflit repose sur l’archipel des îles Kouriles, nommées «Territoires du Nord» au Japon, composé d’Etorofu, Kunashiri, Habomai et Shikotan. Bien que le traité russo-nippon de 1855 ait reconnu la souveraineté du Japon sur ces territoires originellement habités par le peuple aïnou, l’URSS s’en est emparée de force le 28 août 1945, profitant de la capitulation imminente du Japon à la fin de la Seconde Guerre mondiale. En raison de ce litige, aucun traité de paix officiel n’a jamais été signé entre les deux nations.
Alors que les négociations ont longtemps stagné, la Chine ayant supplanté le Japon comme partenaire économique prioritaire de la Russie, une avancée avait été esquissée en 2018 entre Vladimir Poutine et Shinzo Abe. Moscou proposait alors la restitution des deux plus petites îles, Habomai et Shikotan, en échange de la signature d’un traité de paix. Le Japon a toutefois rejeté cette option, refusant de légitimer en contrepartie la présence russe sur les îles majeures d’Etorofu et de Kunashiri. Cette proposition faisait écho à la déclaration commune soviéto-japonaise de 1956, qui envisageait la remise de Habomai et de Shikotan après la conclusion d’un traité de paix.
Pour la Russie, l’enjeu territorial demeure hautement stratégique. L’île de Kunashiri verrouille le détroit menant à l’île principale de Hokkaido, et la céder rendrait l’accès rapide de la marine russe au Pacifique dépendant du bon vouloir japonais. De plus, Moscou consolide sa position grâce aux bases militaires déjà établies sur Etorofu et Kunashiri. En réaffirmant sa souveraineté, le Kremlin cherche tout autant à punir le Japon pour son soutien apporté à l’Ukraine qu’à projeter l’image d’une puissance eurasiatique présente sur tous les fronts océaniques.
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Cette position avait été formulée sans ambiguïté par Vladimir Poutine. En 2016, lors d’une interview avec Shinzo Abe, il affirmait: «Nous pensons n’avoir aucun problème territorial. C’est seulement le Japon qui pense avoir un problème territorial avec la Russie.» Au forum de Valdaï, en 2018, il reconnaissait toutefois l’impasse: «Notre conflit territorial avec le Japon remonte à 70 ans, nous n’avons pas l’air de pouvoir trouver une solution, de sortir de cette impasse.»
Face à ce bras de fer, alors que le ministère japonais des Affaires étrangères se trouve désormais en état d’alerte maximale, l’escalade militaire en mer d’Okhotsk laisse craindre que ces récents événements ne constituent le premier chapitre d’un affrontement de plus grande ampleur.




