À l’ONU, les Palestiniens appellent Trump à bloquer l’«annexion accélérée» par Israël

De jeunes filles palestiniennes jouent dans un nouveau camp de déplacés mis en place par le Comité égyptien à Nuseirat, dans la bande de Gaza, le 11 novembre 2025. AFP or licensors

L’ambassadeur palestinien à l’ONU, Riyad Mansour, entouré de ses homologues des pays arabes et musulmans, a appelé jeudi Donald Trump à faire pression sur Israël pour empêcher «l’annexion accélérée» des territoires palestiniens.

Le 05/06/2026 à 06h30

«Nous répétons juste ce que le président Trump a dit d’annexion», a déclaré Riyad Mansour à la presse, au siège des Nations unies à New York. Le diplomate palestinien a voulu placer Washington devant ses propres déclarations, alors que plusieurs pays arabes et musulmans accusent Israël de profiter de la guerre régionale pour modifier durablement la situation sur le terrain.

«Nous savons qu’il a dit au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, y compris récemmentêtez ce non-sens au Liban, arrêtez cette folie, vous savez que vous n’avez pas le droit d’annexer de territoires», a-t-il ajouté. «Je sais ce dont le président Trump est capable, il a les moyens de stopper Netanyahu dans son élan.»

M. Mansour a également appelé le Conseil de sécurité de l’ONU à agir, jugeant que l’inaction internationale encourage Israël à poursuivre sa politique dans les territoires occupés. «Nous avons besoin que d’autres, y compris l’administration américaine, empêchent Israël de continuer à faire ce qu’il nous fait à tous», a-t-il insisté.

L’ambassadeur palestinien s’exprimait devant la presse entouré des représentants du groupe arabe et de ceux de l’Organisation de la coopération islamique. Les deux blocs ont séparément réclamé la fin de ce qu’ils qualifient d’«accélération de l’annexion» des territoires palestiniens par Israël, en Cisjordanie occupée, où l’expansion des colonies se poursuit, mais aussi dans la bande de Gaza, où l’armée israélienne contrôle désormais une large partie du territoire.

Depuis plusieurs mois, les responsables palestiniens dénoncent une transformation progressive de l’occupation en annexion de fait. À leurs yeux, les extensions de colonies, les démolitions, les déplacements forcés, les restrictions de circulation et la mainmise militaire sur Gaza ne relèvent pas de mesures isolées, mais d’une stratégie politique cohérente visant à rendre impossible la création d’un État palestinien viable.

«Le groupe arabe exprime sa grande inquiétude concernant l’escalade rapide de la situation dans les territoires palestiniens occupés où Israël continue d’appliquer des politiques qui représentent une annexion accélérée et un démantèlement systématique des droits des Palestiniens», a déclaré l’ambassadeur saoudien Abdulaziz Alwasil au nom du groupe.

Il a dénoncé une «stratégie délibérée d’ancrer un contrôle permanent du territoire palestinien, de changer les réalités démographique et géographique» afin d’empêcher la création d’un État palestinien souverain, viable et contigu.

Le message est aussi adressé à Washington. Les Palestiniens savent que, sans pression américaine, les condamnations internationales restent souvent sans effet. Donald Trump, qui entretient une relation étroite avec Benjamin Netanyahu mais affirme s’opposer à l’annexion, apparaît donc comme le seul acteur susceptible de freiner réellement le gouvernement israélien. Voilà le paradoxe diplomatique à l’allié le plus puissant d’Israël de devenir son garde-fou.

Au nom de l’Organisation de la coopération islamique, l’ambassadrice turque adjointe Fikriye Asli Güven a appelé le Conseil de sécurité à «prendre des mesures urgentes et efficaces pour arrêter les opérations d’annexion, l’expansion des colonies, les déplacements forcés et d’autres pratiques illégales dans les territoires palestiniens».

Cette prise de parole intervient dans un contexte régional explosif, marqué par la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, la poursuite des combats au Liban et les opérations militaires israéliennes à Gaza.

Pour les pays arabes et musulmans représentés à l’ONU, ce climat de crise offre à Israël une couverture politique et médiatique pour avancer plus vite sur le terrain palestinien.

Riyad Mansour a donc cherché à transformer une déclaration de principe de Donald Trump, «pas d’annexion», en engagement politique contraignant. Le Conseil de sécurité, lui, reste appelé à sortir de son immobilisme habituel. Ce qui, à l’ONU, tient parfois davantage du miracle administratif que de la procédure diplomatique.

Par Le360 (avec Agences)
Le 05/06/2026 à 06h30