Au cœur du poumon économique du Royaume, une transformation silencieuse mais décisive s’amorce pour réinventer l’horizon environnemental d’une mégapole en constante effervescence. La Commune de Casablanca vient d’officialiser une avancée majeure dans son agenda de transition écologique en signant le contrat de concession pour le traitement et la valorisation des déchets solides de la métropole. Ce partenariat stratégique scelle l’alliance entre l’acteur suisse Kanadevia Inova, le champion national de l’énergie Nareva et la maison de négoce japonaise Itochu. En concluant simultanément des accords d’achat d’électricité avec la Société Régionale Multiservices Casablanca-Settat et l’Office National de l’Électricité et de l’Eau Potable, la capitale économique pose la première pierre d’un vaste complexe industriel qui transformera un fardeau urbain historique en ressource énergétique d’avenir, indique le magazine Challenge.
Cette opération marque le grand baptême du feu pour l’équipementier suisse Kanadevia Inova sur le continent africain, concrétisant l’un des programmes de gestion durable des résidus ménagers les plus ambitieux jamais entrepris à l’échelle régionale. Prévue pour une durée impressionnante de trente-trois ans et demi, la concession confie à ce consortium l’exclusivité du traitement des déchets collectés au sein du Grand Casablanca, une aire urbaine tentaculaire rassemblant plus de quatre millions deux cent mille habitants. Dans une ville où la pression démographique et l’essor de la consommation génèrent quotidiennement d’importants volumes d’ordures, la future infrastructure atteindra une capacité de traitement approchant un million cinq cent mille tonnes par an. L’objectif vise à porter le taux de valorisation globale des déchets à près de quatre-vingts pour cent, opérant une rupture nette avec la pratique ancestrale de l’enfouissement massif qui saturait jusqu’alors les espaces périphériques.
La véritable originalité de ce projet réside dans sa parfaite hybridation entre assainissement métropolitain et souveraineté énergétique. Au-delà du simple traitement sanitaire, le site fonctionnera comme une véritable centrale de production électrique décentralisée. L’usine déploiera une capacité installée d’environ cent vingt-six mégawatts thermiques et électriques, judicieusement complétée par un parc solaire photovoltaïque de cinquante mégawatts-crête ainsi qu’un dispositif de quatre mégawatts dédiés à la capture et à la valorisation du biogaz extrait de la décharge. L’ensemble produira annuellement près d’un térawattheure d’électricité verte, soit la quantité exacte nécessaire pour alimenter en énergie le quotidien d’un million d’habitants. Cette synergie technique s’inscrit pleinement dans la feuille de route du Maroc, engagé dans une course contre la montre pour accélérer la décarbonation de son mix électrique face à une demande nationale en forte progression, lit-on dans Challenge.
Sur le plan climatique, l’impact de cette infrastructure s’annonce particulièrement vertueux pour la région. Implantée à proximité immédiate du site de Médiouna, historiquement identifié comme l’un des points noirs environnementaux et l’une des sources d’émissions de méthane les plus préoccupantes du continent, l’usine neutralisera une grande partie de la pollution atmosphérique locale. En substituant le stockage à ciel ouvert par une valorisation thermo-chimique et biologique maîtrisée, le projet évitera l’émission de la moitié à une tonne d’équivalent dioxyde de carbone pour chaque tonne de déchets traitée. Cette réduction substantielle des gaz à effet de serre combine ainsi l’élimination directe du biogaz fugitif et l’évitement de combustibles fossiles sur le réseau électrique national.
L’impulsion donnée par ce grand chantier se mesurera également à l’aune de ses retombées socio-économiques directes. La phase de construction, étalée sur trois ans et demi, nécessitera la mobilisation de près de douze cent quarante travailleurs spécialisés sur le site principal, auxquels s’ajouteront environ trois cents emplois indirects créés pour le développement des infrastructures logistiques et de raccordement connexes. Une fois la centrale mise en service, environ cent quarante postes qualifiés et pérennes assureront l’exploitation, la maintenance et le suivi technologique de l’installation. Cette création de valeur locale s’accompagnera d’un transfert de compétences technologiques de haut niveau vers l’écosystème ingéniérique marocain, écrit Challenge.
Pour l’entreprise suisse et ses partenaires japonais et marocains, cette signature consacre une vision moderne de l’économie circulaire appliquée aux grandes métropoles des pays émergents. En associant la maîtrise technologique helvétique de la combustion propre, la solidité financière nippone et le leadership territorial de Nareva, le consortium établit un modèle industriel reproductible à travers l’Afrique. Alors que le Royaume prépare ses grandes échéances économiques et internationales à l’horizon 2030, Casablanca démontre qu’une grande capitale régionale peut réconcilier compétitivité urbaine, préservation de l’environnement et sécurité énergétique durable.




