Textile: face à la concurrence, l’AMITH plaide pour un choc de compétitivité

Une usine de confection à Tanger. (Photo d'illustration)

Revue de presseLongtemps portée par sa seule proximité géographique avec l’Europe, l’industrie textile marocaine arrive à un tournant critique. Face à l’offensive agressive de concurrents méditerranéens comme la Turquie ou l’Égypte, la réactivité logistique ne suffit plus. Pénurie de main-d’œuvre, montée du travail à la tâche et déficit d’intégration en amont fragilisent le modèle national. Faiçal El Ahmadi, président régional de l’AMITH Casablanca-Settat, analyse les défis structurels du secteur et trace les voies d’un repositionnement stratégique indispensable. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 21/10/2026 à 20h43

Face à une concurrence méditerranéenne de plus en plus offensive, le textile-habillement marocain ne peut plus miser uniquement sur sa proximité géographique avec l’Europe pour maintenir son leadership. Si la réactivité et les délais réduits restent des atouts logistiques incontestables face à l’Asie, ils deviennent insuffisants face à des rivaux régionaux redoutables. Comme l’explique Faiçal El Ahmadi, président régional de l’AMITH Casablanca-Settat, dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Challenge, la Turquie s’impose par une intégration verticale poussée, l’Égypte par des coûts d’énergie et de main-d’œuvre très compétitifs, et la Tunisie par une expertise historique appuyée sur son propre accord avec l’Union européenne. Pour préserver sa compétitivité, le Maroc se doit désormais de coupler son avantage territorial à une fiabilité irréprochable, à une qualité constante et à une offre de services à forte valeur ajoutée.

Le principal écueil qui fragilise l’industrie nationale réside aujourd’hui dans une pénurie aiguë de main-d’œuvre, qui touche aussi bien les opérateurs qualifiés que le personnel non qualifié dans les grands bassins industriels de Casablanca et de Tanger. Cette tension sur les ressources humaines a favorisé l’essor rapide du travail à la tâche, dans le cadre duquel des ateliers informels captent une part significative des travailleurs en offrant une flexibilité et des gains immédiats perçus comme plus attractifs que le modèle salarié traditionnel.

«C’est un phénomène qu’il faut étudier sérieusement plutôt que de l’ignorer ou de le combattre par principe. Il répond à une réalité du marché du travail», souligne le responsable patronal. Pour l’AMITH et les pouvoirs publics, l’urgence est de concevoir des mécanismes adaptés afin d’encadrer cette pratique sans altérer la conformité sociale et la traçabilité exigées par les donneurs d’ordre internationaux.

L’autre grande vulnérabilité du modèle marocain réside dans sa forte dépendance vis-à-vis des intrants importés et dans son positionnement encore prédominant dans la simple confection. La création de valeur passe inévitablement par le renforcement de l’amont textile, notamment à travers la filature, le tissage et l’ennoblissement. Bien que des investisseurs majeurs, notamment chinois, manifestent un intérêt réel pour le Royaume, le pays souffre d’un manque de compétitivité de son foncier et de ses infrastructures.

Le président régional de l’AMITH Casablanca-Settat déplore ainsi que le Maroc ait «malheureusement perdu plusieurs opportunités importantes, principalement faute d’une offre en zones industrielles suffisamment compétitive» en matière de sécurité, de connectivité et d’accès aux bassins d’emploi, face à des nations plus agressives.

«Ce déficit d’intégration en amont, conjugué aux difficultés de recrutement, crée un cercle vicieux qu’il devient impératif de briser pour assurer l’avenir de la filière», écrit Challenge. Sans un amont local structuré, les entreprises marocaines ne peuvent capter la valeur ajoutée ni garantir la traçabilité complète de leurs produits, tandis que l’absence d’une offre territoriale attractive freine l’installation durable des investisseurs. Les décideurs du secteur travaillent ainsi en étroite collaboration avec le ministère de tutelle et l’AMDIE pour corriger ces faiblesses structurelles et transformer les marques d’intérêt internationales en implantations industrielles pérennes sur l’ensemble du territoire.

Pour assurer son repositionnement stratégique face aux exigences des marchés donneurs d’ordre, l’industrie textile marocaine doit désormais s’articuler autour de trois axes fondamentaux. Le premier repose sur la montée en gamme vers le modèle FOB (Free On Board) et les produits à haute valeur ajoutée, pour lesquels la différenciation s’effectue par le service.

Le deuxième axe cible le créneau des petites séries et du réassort rapide, un segment particulièrement adapté à la flexibilité industrielle locale. Enfin, la décarbonation, l’efficacité énergétique et la conformité aux normes environnementales européennes doivent être appréhendées comme de véritables arguments commerciaux offensifs et non plus comme de simples contraintes réglementaires subies.

In fine, la réussite de cette transformation industrielle demeure entièrement conditionnée par la mise à niveau de l’offre foncière et logistique nationale. Le repositionnement vers des produits élaborés et la réactivité accrue exigée par les clients internationaux resteront illusoires sans un amont solide, lui-même indissociable de zones industrielles modernes et bien calibrées. «Le repositionnement produit et la montée en gamme resteront un vœu pieux tant que cette brique territoriale ne sera pas sécurisée», avertit Faiçal El Ahmadi. C’est dans la résolution rapide de ces défis territoriaux et humains que se joue le nouveau cap de l’industrie textile marocaine.

Par La Rédaction
Le 21/10/2026 à 20h43