Une intelligence artificielle qui ne pose aucun diagnostic, ne remplace pas les professionnels de santé et fonctionne sous supervision humaine. C’est le principe de l’outil développé par l’Université Al Akhawayn à Ifrane (AUI), au cœur d’un projet consacré à l’accompagnement des étudiants en matière de santé mentale. L’établissement a réuni à Ifrane sept universités africaines partenaires pour tester cette solution, l’enrichir et travailler à son adaptation à d’autres campus du continent.
Intitulée «Building Inclusive, AI-Enabled Mental Health Support Ecosystems in African Universities», l’initiative s’inscrit dans le cadre du réseau AFRETEC (African Engineering and Technology Network), un réseau panafricain d’universités technologiques dont Al Akhawayn est le premier membre d’Afrique du Nord.
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Elle repose sur un projet pilote conçu et porté par l’AUI en collaboration avec AFRETEC. Son approche associe l’accompagnement humain à un outil d’intelligence artificielle responsable, au service du bien-être et de la santé mentale des étudiants. Testé et enrichi par les universités partenaires, le modèle pourra être adapté et repris sur d’autres campus africains.
Trois obstacles, une même réponse
Le workshop s’inscrit dans le pilier Inclusion d’AFRETEC, dont l’AUI est l’institution cheffe de file. Il entend répondre à trois difficultés majeures de l’enseignement supérieur africain: la stigmatisation qui entoure encore la santé mentale, l’accès limité aux ressources d’accompagnement et les besoins spécifiques des étudiants sous-représentés ou en situation de vulnérabilité.
L’ambition est de construire une communauté de soutien durable, fondée sur l’inclusion, l’équité et la diversité. Celle-ci doit s’appuyer sur des réseaux d’entraide entre étudiants, des espaces d’écoute sûrs et bienveillants, ainsi que des ressources innovantes, notamment des outils d’intelligence artificielle.
Sept universités partenaires réunies à Ifrane
La rencontre a rassemblé des coordinateurs d’AFRETEC, des dirigeants universitaires, des responsables des affaires étudiantes, des conseillers, des spécialistes de l’inclusion et du soutien entre pairs, ainsi que des experts en intelligence artificielle et en données.
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Les établissements représentés étaient l’Université du Witwatersrand (Afrique du Sud), l’American University in Cairo (Égypte), l’Université de Nairobi (Kenya), l’Université Agostinho Neto (Angola), l’Université Cheikh Anta Diop (Sénégal), l’Université de Lagos (Nigeria) et l’Université du Rwanda.
Les travaux ont pris pour point de départ l’analyse des besoins et l’outil d’intelligence artificielle développés par Al Akhawayn. Les représentants des universités partenaires ont ainsi pu examiner la solution, la tester et contribuer à son amélioration.
La rencontre a également permis de passer de la présentation d’un projet pilote à la conception et à la planification communes de sa mise en œuvre. En accueillant cet atelier pour l’ensemble du réseau, Al Akhawayn entend ainsi partager son expérience en matière de bien-être étudiant, au-delà de sa contribution technologique.
Un écosystème plutôt qu’un service isolé
Les ateliers thématiques de co-conception ont abouti à une feuille de route commune. Les participants ont privilégié la mise en place d’un écosystème de soutien plutôt que la création d’un service isolé. Celui-ci doit relier les dimensions académique, sociale, physique et numérique de la vie étudiante, tout en facilitant l’orientation vers des professionnels lorsque la situation le nécessite.
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Pour garantir son fonctionnement d’un campus à l’autre, le modèle repose sur plusieurs principes communs: la confidentialité, la supervision humaine, des procédures claires d’orientation, l’accessibilité des services et une collecte de données limitée au strict nécessaire. Chaque université pourra néanmoins adapter le dispositif à ses propres réalités, qu’il s’agisse des équipes mobilisées, des langues utilisées, de l’aménagement des espaces ou des technologies disponibles.
L’inclusion doit également être prise en compte dès la conception. Le cahier des charges prévoit une communication multilingue, des aménagements accessibles aux personnes en situation de handicap, le respect de la vie privée et une attention aux différences culturelles. Des solutions devront aussi être prévues pour les étudiants disposant d’une connexion limitée ou n’ayant pas accès à Internet, notamment à travers des options hors ligne.
L’IA comme porte d’entrée vers les services
Dans ce dispositif, l’outil développé par Al Akhawayn a une fonction précise: faciliter l’accès des étudiants aux ressources disponibles sur leur campus. Il leur permet d’obtenir des informations, d’établir un premier contact et d’identifier les interlocuteurs vers lesquels se tourner en fonction de leurs besoins. Il contribue également à la coordination des différents services d’accompagnement.
Son utilisation reste toutefois encadrée. L’outil ne pose aucun diagnostic, ne se substitue pas aux professionnels de santé et ne fonctionne pas sans supervision humaine. La relation humaine demeure au centre du dispositif, l’intelligence artificielle intervenant uniquement en appui pour faciliter l’information et l’orientation.
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Les universités partenaires ont pu tester la solution et évaluer son potentiel comme porte d’entrée vers les services universitaires et comme outil de coordination. Cette évaluation collective constitue une nouvelle étape pour le projet, jusque-là développé à Al Akhawayn, en confrontant son fonctionnement aux observations et aux besoins de plusieurs établissements africains.
Le campus d’Ifrane comme terrain d’expérimentation
À Al Akhawayn, le projet est piloté avec l’appui de l’Office of academic research (OAR), le bureau de la recherche académique de l’université, qui accompagne la conception, le développement et la gestion des projets de recherche ainsi que les partenariats scientifiques de l’AUI.
Plusieurs étapes sont prévues avant le déploiement complet. L’université compte d’abord cartographier les parcours suivis par les étudiants pour accéder aux services de soutien. Elle prévoit ensuite de faire de la Wellness Room la porte d’entrée d’un dispositif d’accompagnement élargi.
La formation des enseignants, des membres du personnel et des étudiants engagés dans le soutien entre pairs figure également parmi les priorités. Ils devront être en mesure de repérer les besoins, de réagir et d’orienter les étudiants vers les professionnels compétents, sans se substituer à ces derniers.
De son côté, l’outil d’intelligence artificielle fera l’objet de nouveaux ajustements, avec une supervision humaine renforcée, une collecte de données réduite et des protocoles de crise clairement définis.
Le suivi portera sur l’accès des étudiants aux services et leur orientation, sans instaurer de logique de surveillance. L’ensemble du dispositif sera enfin testé auprès des étudiants et des membres du personnel avant son déploiement complet.
Cette démarche s’inscrit dans la philosophie éducative d’Al Akhawayn, inspirée du modèle américain des liberal arts, qui associe formation académique et développement personnel. En partageant son expérience avec les universités partenaires, l’établissement entend contribuer à une coopération dans laquelle les solutions sont élaborées à partir des besoins réels des étudiants et enrichies par l’expérience de chaque campus.



