À partir du 1er octobre prochain, le paysage monétique marocain s’apprête à vivre un tournant majeur avec l’entrée en vigueur d’une nouvelle directive de Bank Al-Maghrib. En abaissant le plafond général de l’interchange monétique domestique de 0,65% à 0,50% hors taxes, et en fixant un taux préférentiel de 0,15% pour les services publics et les commerces de proximité, la banque centrale entend créer un choc de simplification à même de booster enfin la digitalisation des paiements de détail. Si cette mesure vise à alléger les charges des commerçants, elle soulève d’ores et déjà plusieurs défis techniques et réglementaires qui bousculent les habitudes des banques et des acquéreurs, relève le quotidien Les Inspirations Éco.
La principale incertitude réside dans l’absence de mécanisme automatique pour répercuter cette baisse sur les commerçants. Contrairement à la baisse historique de 2024 qui avait vu le plafond passer de 1,20% à 0,65%, les opérateurs monétiques ne font face à aucune obligation légale stricte de transférer ce gain financier aux points de vente. Selon Ismail Bellali, fondateur du cabinet UNIPAY.MA et ancien dirigeant du Centre monétique interbancaire, les scénarios commerciaux restent ouverts. Les institutions financières pourraient choisir de restituer l’intégralité de la marge aux commerçants, de la partager avec eux, ou de la conserver pour améliorer leur propre rentabilité. Bien que le jeu de la concurrence doive à terme réguler le marché, un certain flou initial pourrait perturber la transition.
Le ciblage des commerces de proximité s’annonce également comme un véritable casse-tête opérationnel. Pour bénéficier du taux plancher de 0,15%, un point de vente doit respecter des critères fiscaux stricts, notamment un chiffre d’affaires annuel inférieur à 500.000 dirhams pour les auto-entrepreneurs et à 2 millions de dirhams pour les professionnels au régime de la contribution professionnelle unique. Face à l’exclusion explicite de la grande distribution et des franchises, la classification industrielle de milliers de petits profils s’avère extrêmement complexe pour les banques, qui manquent d’outils de synchronisation de données pour vérifier en temps réel l’éligibilité fiscale de leurs clients et éviter les fraudes, lit-on dans Les Inspirations Éco.
Par ailleurs, cette réforme consacre l’existence d’un marché du paiement à deux vitesses en excluant de son périmètre les transactions internationales. Les cartes émises à l’étranger, les réseaux tripartites comme American Express, ainsi que les retraits aux guichets, échappent à ce nouveau plafond. Pour les opérateurs locaux, les commissions dues aux émetteurs étrangers restent figées autour de 1,7%. Cette exclusion de fait protège les mécanismes de compensation transfrontaliers, mais maintient une pression financière élevée sur les secteurs stratégiques comme le tourisme, où les frais d’acceptation demeureront importants.
L’échéance fixée au 1er octobre 2026 va ainsi contraindre l’ensemble de l’écosystème financier à revoir ses modèles économiques. Alors que la loi interdit formellement de répercuter ces coûts sur le consommateur final, Bank Al-Maghrib impose désormais une transparence totale aux acquéreurs en exigeant la communication de leurs grilles tarifaires et de leurs rapports de suivi. Cette baisse des revenus de l’interchange constitue un véritable test de résilience pour les banques émettrices et les professionnels de l’acquisition, obligés de réinventer leur proposition de valeur pour compenser le manque à gagner.




