Dans son rapport Global Critical Minerals Outlook 2026 (Perspectives mondiales des minéraux critiques 2026), l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dresse un état des lieux du positionnement marocain dans les chaînes de valeur mondiales des minéraux critiques, entre phosphate, cobalt et graphite.
Le document rappelle que le Maroc détient 70% des réserves mondiales de phosphate, un statut qui ne se traduit pourtant pas encore par une domination équivalente sur la production. Le Royaume représente, en effet, aujourd’hui autour de 15% de l’offre minière mondiale, la Chine dominant l’extraction avec 45% de la production 2025 malgré seulement 5% des réserves globales. Les États-Unis occupent la troisième place, avec environ 10% de l’offre mondiale.
Pour le segment de l’acide phosphorique purifié (PPA), intrant clé pour les cathodes LFP dont la part de marché mondiale des véhicules électriques a atteint 55% en 2025 (contre 15% en 2020), le Maroc ne devrait détenir que 5% de la capacité mondiale de production d’ici 2035, selon les projections de l’AIE, la Chine conservant 75% de cette capacité.
Les auteurs du rapport soulignent toutefois qu’ensemble, le Maroc, les États-Unis et le Canada représenteront plus de 55% de la capacité de PPA planifiée hors Chine à l’horizon 2035.
L’AIE relève que les prix du PPA ont augmenté de près de 4% au premier trimestre 2026, dépassant 1.500 dollars la tonne, sous l’effet conjugué de la hausse des coûts de l’acide sulfurique liée au conflit au Moyen-Orient et de la flambée des prix du phosphate roche, elle-même alimentée par l’arrêt des exportations égyptiennes annoncé par le ministère égyptien du Pétrole et des Ressources minérales.
Elle relève que les accords de libre-échange liant le Maroc à l’Union européenne et aux États-Unis permettent aux projets de chaînes d’approvisionnement en batteries financés par des capitaux chinois de bénéficier d’un accès préférentiel à ces marchés, contrairement aux exportations effectuées directement depuis la Chine.
Cette position a déjà permis au Maroc d’attirer d’importants investissements chinois. Le rapport cite notamment Gotion, BTR, Huayou et CNGR, qui ont engagé des projets dans les chaînes d’approvisionnement en batteries. Selon l’AIE, les importantes réserves de phosphate du Royaume figurent parmi les principaux facteurs ayant motivé ces décisions.
Cobalt et graphite
En plus du phosphate, le Maroc apparaît dans le rapport comme un acteur émergent sur deux autres segments stratégiques. Le premier est le cobalt, note l’AIE qui cite le projet de Managem qui consiste à convertir sa production de cobalt métal du site de Bou Azzer vers le sulfate de cobalt, un composant clé pour les batteries de véhicules électriques, pour une capacité estimée à 6 kilotonnes par an, dont 1,2 kilotonne de cobalt contenu.
Le rapport relève que le marché mondial du sulfate de cobalt doit croître de près de 60% d’ici 2035, mais reste concentré sur un nombre restreint d’opérations en dehors de la Chine et de l’Indonésie, ce qui place le projet marocain parmi les rares initiatives de diversification identifiées par le rapport, aux côtés de la raffinerie de cobalt Kokkola d’Umicore en Finlande.
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Le deuxième segment stratégique investi par le Maroc est le graphite, selon le rapport qui évoque le développement de l’usine d’anodes de Tanger, qui doit produire, avec l’usine de Bécancour au Canada, environ 20 kilotonnes de graphite sphérique enrobé de qualité batterie d’ici 2030.
Ce projet s’inscrit dans la diversification modeste de l’offre amont de graphite naturel, alors que la part du principal fournisseur (la Chine) dans la production mondiale a reculé de 84% en 2023 à environ 80% en 2025, sous l’effet notamment du redémarrage de la mine de Balama au Mozambique et d’une production partielle du projet Lindi Jumbo en Tanzanie.
Le Maroc se positionne ainsi parmi les rares pays africains à combiner une base de ressources naturelles avec une montée en gamme vers des matériaux de batteries transformés, plutôt qu’une simple exportation de minerai brut.




