Mécanisation agricole: les importateurs réclament un ensemble de mesures pour la sauvegarde du secteur

Un tracteur à usage agricole. (Photo d'illustration)

L’Association marocaine des importateurs de matériel agricole (AMIMA) interpelle le gouvernement sur la hausse vertigineuse des importations de tracteurs d’occasion et formule une série de propositions destinées à «sortir la mécanisation agricole marocaine de son déclin».

Le 01/05/2023 à 11h55

Exprimées dans un communiqué daté de février 2023, les craintes émises par l’Association marocaine des importateurs de matériel agricole (AMIMA), relatives aux difficultés rencontrées par les agriculteurs marocains pour s’équiper, semblent se confirmer.

Ainsi, au terme du premier trimestre de l’année en cours, les statistiques de l’association révèlent des ventes de tracteurs agricoles neufs en recul de 45% par rapport à la même période de 2022 (à 142 unités), année qui a elle-même connu une baisse des ventes de 43% par rapport à 2021, et de 52% par rapport à la moyenne des dix dernières années.

Si les contraintes liées à l’acquisition de matériel agricole persistent, l’AMIMA prévoit de clore l’année sur la même tendance baissière, avec des ventes ne dépassant pas les 600 unités, soit le volume annuel le plus faible des 30 dernières années.

De nombreuses contraintes

Si elle concède que le déficit pluviométrique a contribué à la baisse des achats des agriculteurs en matériel agricole, l’AMIMA attribue principalement ce repli aux nouvelles mesures relatives à l’octroi des accords de principe de subvention agricole, conditionné par l’adhésion à la CNSS, à l’application de la TVA aux produits et matériels à usage agricole à l’intérieur et à l’importation, au retard d’obtention des accords de principe de subventions agricoles et à la difficulté d’accès des agriculteurs au financement.

Tout en réitérant son adhésion aux mesures visant l’affiliation à la CNSS, l’AMIMA souligne que «les formalités nécessaires à l’obtention de l’attestation d’affiliation à la CNSS et celle de la régularité de paiement auprès de la CNSS, ainsi qu’à l’obtention de l’accord de principe de subvention agricole durent entre 4 et 6 mois, alourdissant davantage le processus d’achat du matériel agricole».

Selon l’AMIMA, la mise en place, le 28 janvier 2023, d’une exonération de la TVA uniquement au profit de l’agriculteur au moment de l’achat sur présentation d’une attestation d’exonération, a quasiment bloqué les acquisitions de matériel agricole, jusqu’à son annulation le 20 avril 2023.

La problématique de la TVA

L’instauration à la même date (soit le 28 janvier 2023) de la TVA à l’importation sur le matériel agricole et son maintien à ce jour, constitue un fardeau pour les importateurs, qui doivent subir le financement de cette taxe, et attendre son remboursement pendant une longue période. De quoi grever l’état de leur trésorerie, qui supporte déjà les montants relatifs aux subventions réglés par délégation de créance, poursuit la même source.

Enfin, l’octroi des agriculteurs au financement devient de plus en plus difficile, compliquant d’autant les projets d’acquisition de matériel agricole, note l’AMIMA.

Hausse des importations de matériel d’occasion

La conjugaison de ces contraintes oriente les agriculteurs vers l’acquisition de tracteurs agricoles et de moissonneuses batteuses importées d’occasion, ne répondant ni aux normes de pollution ni aux requis de sécurité nécessaire, déplore l’AMIMA.

L’association pointe ainsi une importante augmentation des importations de tracteurs agricoles d’occasion en 2022, et prévient que «si aucune mesure pour contrecarrer cette tendance n’est prise, ces importations augmenteront de façon encore plus importante et plus rapide», jusqu’à répliquer le situation du marché des moissonneuses batteuses, où la seconde main importée représente depuis plusieurs années près de 100%.

Un ensemble de mesures à adopter

Pour remédier à cette situation et «sortir la mécanisation agricole marocaine et le secteur du matériel agricole de leur déclin», l’AMIMA propose aux autorités compétentes de mettre en œuvre une feuille de route déclinée autour de cinq mesures.

- Supprimer de la TVA à l’importation du matériel destiné à usage exclusivement agricole.

- Procéder à des déblocages suffisants et fréquents des fonds de subvention du matériel agricole.

- Interdire l’importation de tracteurs agricoles, moissonneuses batteuses, ensileuses et autres engins automoteurs âgés de plus de 5 ans.

- Exempter l’agriculteur de l’attestation de régularité de paiement auprès de la CNSS, que ce soit lors de la phase de l’accord de principe, ou de celle de la demande de subvention, limiter le contrôle à l’attestation d’affiliation à la CNSS, et activer le circuit de validation d’inscription des exploitants agricoles à la CNSS entre les DPA/ORMVA et la CNSS.

- Faciliter l’accès des agriculteurs au financement pour l’acquisition de matériel agricole auprès du Crédit Agricole du Maroc et des autres banques de la place.

Par Ayoub Khattabi
Le 01/05/2023 à 11h55