Les entreprises cotées réalisent 345 milliards de DH de chiffre d’affaires en 2025

Le siège social de Bank of Africa à Casablanca.

Les sociétés cotées à la Bourse de Casablanca ont porté leur chiffre d’affaires cumulé à 345 milliards de dirhams en 2025, confirmant la solidité de leurs performances dans un contexte de reprise économique. Présentées lors de la 7ème édition de la Conférence annuelle des résultats et perspectives des sociétés cotées, ces données traduisent une amélioration des fondamentaux des entreprises et soulignent le rôle de la qualité de l’information financière et de la recherche dans le renforcement de l’attractivité du marché marocain des capitaux.

Le 02/07/2026 à 17h39

Longtemps présenté comme un marché à fort potentiel, le marché boursier marocain revendique désormais une nouvelle étape de son développement. L’ouverture ce jeudi 2 juillet de la septième édition de la Conférence annuelle des résultats et perspectives des sociétés cotées a illustré cette évolution, en mettant moins l’accent sur les performances boursières que sur les mécanismes qui permettent désormais d’en assurer la pérennité.

Dans son allocution d’ouverture, la directrice générale de la Bourse de Casablanca a rappelé que «nous parlions il y a encore quelques années du potentiel de notre marché. Aujourd’hui, nous parlons de sa transformation». Une évolution qui, selon elle, se traduit par «une capitalisation boursière qui dépasse désormais les 1.000 milliards de dirhams, un regain d’intérêt des investisseurs, de nouvelles introductions en Bourse, le lancement du marché à terme et, plus largement, un écosystème mobilisé au service du financement de l’économie».

Au-delà de ces indicateurs, son intervention met en évidence un changement de nature du marché. La croissance de la capitalisation ne constitue plus une finalité en soi, mais l’expression d’un écosystème dont la crédibilité repose sur l’interaction entre entreprises cotées, investisseurs, intermédiaires, régulateurs et analystes financiers.

Le vice-président de l’Association professionnelle des sociétés de bourse (ASPB), Majd Guebbas, a rappelé que la conférence s’est progressivement imposée comme «un rendez-vous incontournable de la place financière marocaine», dans un environnement marqué par des mutations économiques, technologiques et géopolitiques qui renforcent les besoins de visibilité des investisseurs.

Selon lui, la qualité de l’information financière devient désormais un actif stratégique. «Plus que jamais, les investisseurs, les émetteurs et l’ensemble des acteurs du marché ont besoin de repères fiables pour appréhender les opportunités, mesurer les risques et orienter leurs décisions», a-t-il déclaré, estimant que la recherche financière contribue directement à l’efficience du marché et au renforcement de sa transparence.

Cette évolution rapproche progressivement Casablanca des standards observés sur les grandes places internationales, où la profondeur du marché dépend autant de la qualité de la couverture analytique que du nombre de sociétés cotées.

Un environnement macroéconomique qui reste favorable aux actifs marocains

Cette montée en puissance de la recherche intervient alors que les fondamentaux macroéconomiques demeurent relativement porteurs.

Présentant les perspectives de BMCE Capital Global Research, Khadija El Mousli a souligné que «le Maroc offre aujourd’hui une combinaison relativement rare dans l’univers émergent», associant accélération de la croissance, inflation modérée et politique monétaire stable.

Selon son analyse, trois moteurs alimentent simultanément cette dynamique: la reprise agricole consécutive à une pluviométrie favorable, la progression de la demande intérieure et la poursuite des investissements.

Le premier trimestre 2026 confirme cette orientation avec une croissance économique de 4,6 %, tandis que Bank Al-Maghrib maintient une prévision annuelle de 5,7%, légèrement ajustée afin d’intégrer une approche plus prudente concernant les activités non agricoles.

Parallèlement, l’inflation demeure contenue à 1,2% en mai, tandis que le maintien du taux directeur à 2,25% traduit une stratégie d’équilibre entre soutien à l’activité économique et vigilance face aux risques internationaux.

Si les marchés connaissent depuis plusieurs semaines une période de consolidation, les analystes refusent d’y voir un retournement de cycle.

Selon Khadija El Mousli, la baisse enregistrée par le MASI après trois années consécutives de fortes performances était largement anticipée. Les tensions géopolitiques internationales et la remontée de l’aversion au risque n’auraient fait qu’amplifier un mouvement de correction devenu naturel après une progression cumulée supérieure à 60% sur trois ans.

L’élément jugé le plus significatif réside toutefois dans la capacité du marché marocain à absorber ces épisodes de volatilité. Chaque phase de correction a été suivie d’une stabilisation ou d’un rebond, traduisant une profondeur accrue du marché ainsi qu’une confiance plus importante des investisseurs dans les fondamentaux économiques des entreprises cotées.

Cette lecture est confortée par l’évolution des bénéfices agrégés des sociétés cotées, passés de 28,6 milliards de dirhams en 2021 à 50,9 milliards en 2025. Pour les analystes, la progression du marché repose donc davantage sur l’amélioration des résultats des entreprises que sur un simple phénomène spéculatif.

Les bénéfices des entreprises confirment la solidité des fondamentaux

Selon les données présentées par BMCE Capital Global Research, le chiffre d’affaires agrégé des sociétés cotées a progressé de 11% pour atteindre 345 milliards de dirhams, tandis que le résultat d’exploitation s’est apprécié de 22% et que la capacité bénéficiaire a bondi de 40%, à près de 51 milliards de dirhams.

Les secteurs minier, bancaire, industriel et assurantiel figurent parmi les principaux contributeurs de cette amélioration. Les analystes soulignent notamment les effets de la montée en puissance des nouveaux projets miniers de Managem, la dynamique du crédit bancaire soutenue par la baisse du coût du refinancement ainsi que les bonnes performances des compagnies d’assurance dans un contexte financier favorable.

Cette amélioration des résultats nourrit directement les perspectives bénéficiaires attendues pour 2026, malgré une base de comparaison désormais plus exigeante.

Au-delà des résultats immédiats, les perspectives restent étroitement liées aux grands investissements engagés au niveau national.

Les préparatifs de la Coupe du monde 2030 constituent, selon les analystes, l’un des principaux catalyseurs de croissance pour plusieurs années. Les besoins en infrastructures, en équipements, en logistique, en transport, en matériaux de construction ou encore en tourisme devraient irriguer une large partie des secteurs représentés à la Bourse de Casablanca.

Khadija El Mousli identifie notamment les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et un éventuel choc pétrolier lié au détroit d’Ormuz comme les principaux risques susceptibles d’affecter simultanément la croissance, les marges des entreprises et les perspectives inflationnistes. À ces facteurs s’ajoute la vulnérabilité structurelle liée aux ressources hydriques, qui continue de peser sur les perspectives agricoles à moyen terme.

Au-delà des performances de court terme, la conférence met en évidence une évolution plus structurelle de la place casablancaise.

Le développement du marché à terme, la multiplication des introductions en Bourse, l’élargissement de la base d’investisseurs ainsi que la professionnalisation croissante de la recherche financière témoignent d’un marché qui cherche désormais à renforcer sa profondeur plutôt qu’à poursuivre uniquement sa progression boursière.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 02/07/2026 à 17h39