Marché des capitaux: l’AMMC déroule sa stratégie

Tarik Senhaji, président de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC).

Revue de presseLe président de l’Autorité marocaine du marché des capitaux, Tarik Senhaji, a exposé sa feuille de route pour accompagner la transformation industrielle du Royaume. Entre désintermédiation financière, nouveaux instruments comme les ETF et passage à une supervision basée sur les risques, le régulateur prépare la place de Casablanca à relever les défis économiques majeurs à l’horizon 2030. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News.

Le 23/06/2026 à 19h25

Invité d’honneur du débat-dîner des Nuits de la Finance, organisé par Finances News Hebdo, le président de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), Tarik Senhaji, a présenté la nouvelle feuille de route stratégique du régulateur. Face aux mutations profondes du tissu productif national, l’institution mise désormais sur l’interconnexion des compartiments financiers, l’agilité réglementaire et la désintermédiation pour soutenir l’économie réelle.

L’analyse des fondamentaux économiques révèle un véritable changement de paradigme industriel et financier au Maroc. «Malgré des cycles climatiques complexes et plusieurs années de sécheresse, le tissu économique non agricole maintient une croissance stable entre 4 et 5%», écrit l’hebdomadaire. Porté par la reprise de la pluviométrie, le dernier exercice s’est soldé par une progression de 8,3% du PIB agricole et une hausse globale du PIB national de 4,9%. Cette dynamique repose sur une diversification profonde des moteurs de création de valeur: entre 2010 et 2025, le Royaume a multiplié par trois ses exportations. La structure de ces flux témoigne d’une nette mise à niveau industrielle, le secteur automobile représentant désormais un tiers des ventes à l’étranger, avec 700.000 véhicules produits, détrônant la roche de phosphate brute qui représentait un tiers des exportations en 2010.

Dans ce contexte, l’AMMC estime que l’horizon 2030, porté par de grands chantiers d’infrastructure, doit servir de tremplin pour anticiper la croissance des décennies suivantes, notamment la période 2031-2035. Pour le régulateur, le défi majeur consiste à pérenniser ce rythme au-delà des grands rendez-vous événementiels.

Grâce aux réformes de la décennie 2010, le marché des capitaux accède à un nouveau palier de liquidité et de maturité. Historiquement fragmentés, les différents compartiments convergent vers un écosystème unifié. Cette interconnexion se traduit par plusieurs indicateurs clés: plus de la moitié des récentes introductions en Bourse (IPO) à Casablanca provient du capital-investissement via les OPCC, tandis que le marché obligataire et les OPCVM s’imposent comme des alternatives efficientes au crédit bancaire classique pour la dette privée. «De plus, contrairement à d’autres places émergentes exposées aux capitaux étrangers volatils, l’écosystème marocain puise sa stabilité dans l’engagement à long terme de ses investisseurs institutionnels nationaux», souligne Finances News.

Pour soutenir cet élan, l’AMMC accélère la diversification des instruments financiers. La nouvelle loi sur les OPCVM autorise la création de fonds en devises pour capter l’épargne internationale et de fonds à règles allégées pour les institutionnels. Les premières autorisations pour les fonds cotés (ETF) sont attendues avant la fin de l’année. Cette modernisation s’accompagne du déploiement du marché à terme, qui débutera par des contrats sur actions avant d’intégrer les contrats sur taux, liant ainsi le marché des bons du Trésor à celui des actions et favorisant l’émergence de fonds à performance absolue.

Parallèlement, la doctrine de contrôle du régulateur évolue vers la supervision basée sur les risques (Risk-Based Supervision), afin de cibler en priorité les vulnérabilités systémiques. L’infrastructure globale étant stabilisée, l’AMMC privilégie des contrôles thématiques et transversaux. Face à la quête de performance à court terme des opérateurs, le régulateur inscrit son action dans la durée. Il privilégie l’introduction de «déclarations d’intention» pour faire assimiler l’esprit de la règle avant son application technique. Cette transparence encadre aussi le développement du conseil en investissement financier (CIF) et de la gestion sous mandat pour élargir la base des investisseurs particuliers, qui représentent déjà plus de 30% des volumes boursiers.

La question de l’efficience du marché reste liée à sa capacité à capter l’épargne nationale, notamment la circulation fiduciaire qui s’élève à 513 milliards de dirhams. Face à ce défi, l’AMMC défend l’attractivité du cadre fiscal actuel, citant la taxation à 15% sur les plus-values des personnes physiques et l’exonération triennale d’impôt sur les sociétés pour les entreprises s’introduisant en Bourse.

Par La Rédaction
Le 23/06/2026 à 19h25