L’Office des changes intensifie ses contrôles sur les avoirs à l’étranger. Les services d’inspection de l’institution ont récemment soumis à un audit rigoureux les documents et états financiers de plusieurs exportateurs et investisseurs marocains opérant à l’international. Selon des sources proches du dossier, citées par le quotidien Assabah dans son édition du mercredi 24 juin, cette opération cible des dizaines d’opérateurs pour lesquels les contrôleurs soupçonnent un défaut de rapatriement des revenus d’exportation et des bénéfices générés par leurs investissements hors du Maroc.
Les premières investigations révèlent que certaines entreprises concernées auraient sciemment détourné l’objectif initial de leurs investissements à l’étranger. Pour ce faire, elles se seraient appuyées sur des structures financières complexes impliquant des sociétés écrans basées dans des paradis fiscaux. L’évaluation préliminaire menée par l’Office des changes sur un échantillon ciblé estime le montant des bénéfices non rapatriés à environ 50 millions de dirhams cumulés sur trois exercices comptables. Face à ce constat, les autorités ont d’ores et déjà adressé des notifications aux opérateurs concernés, les sommant de justifier ce manquement sous peine de s’exposer aux sanctions réglementaires en vigueur.
«Les investigations concernent également des exportateurs suspectés de manipuler leurs factures», note Assabah. L’objectif de cette fraude consiste à minorer les montants à rapatrier afin de conserver des fonds à l’étranger, lesquels sont ensuite logés dans des comptes bancaires ou réinvestis dans des actifs immobiliers ou mobiliers. Pour débusquer ces pratiques, les inspecteurs de l’Office examinent minutieusement les comptes des exportateurs, en étroite coordination avec la Direction générale des impôts, en mettant l’accent sur la vérification des coûts déclarés. Une coopération est également engagée avec les autorités de régulation des pays d’accueil afin de suivre de près l’évolution des investissements futurs.
Pour mener à bien sa mission dans un environnement financier mondial de plus en plus complexe, l’Office des changes s’appuie désormais sur une cartographie des risques couvrant différents secteurs et opérations. Cet outil intègre des dispositifs d’intelligence artificielle permettant de détecter des indicateurs de risque de manière proactive, en combinant analyse, prévention et suivi continu. Cette démarche est consolidée par le renforcement des mécanismes d’échange de données avec d’autres administrations et institutions nationales et internationales, facilitant ainsi le ciblage des transactions à haut risque et la détection précoce des anomalies.
Sur le plan réglementaire, l’Office rappelle que les investisseurs marocains à l’étranger ont l’obligation légale de rapatrier les revenus de leurs investissements après un délai de trois ans suivant le transfert initial des fonds vers le pays d’accueil. Les vérifications systématiques du rapatriement effectif de ces dividendes débutent, quant à elles, à partir de la cinquième année. À travers ces dispositifs de surveillance accrus, l’autorité financière entend encadrer strictement les mouvements de capitaux et s’assurer que les facilités accordées aux investisseurs ne soient pas détournées à des fins de fuite de capitaux.




