Marchés des capitaux: les institutionnels et particuliers marocains pèsent 90% des volumes

Bourse de Casablanca.

Les investisseurs marocains ont largement dominé l’activité de la Bourse de Casablanca en 2025. Selon l’AMMC, les institutionnels et les particuliers nationaux ont représenté 90% des volumes échangés, confirmant le rôle moteur de l’épargne locale dans un marché marqué par une hausse de 27,6% du MASI, une progression de 63% des transactions et une capitalisation record de 1.040,7 milliards de dirhams.

Le 12/06/2026 à 17h15

L’année 2025 marque un tournant pour le marché des capitaux marocain. Bien au-delà de la progression des indices ou du franchissement du seuil symbolique des 1.000 milliards de dirhams de capitalisation boursière, le rapport Le Marché des capitaux en chiffres 2025, publié par l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), met en évidence une transformation plus profonde: celle d’une croissance du marché reposant désormais largement sur la mobilisation de l’épargne nationale.

Selon le rapport, les personnes morales marocaines et les OPCVM ont concentré à eux seuls 64% des flux transactionnels sur le marché central de la Bourse de Casablanca, avec des parts respectives de 34% et 30%. Les particuliers marocains ont représenté 26% des échanges. Au total, les investisseurs nationaux ont assuré 90% des volumes traités, tandis que les investisseurs étrangers ont maintenu une part limitée à 5%.

Cette répartition ne traduit pas seulement une domination des acteurs locaux dans les échanges quotidiens. Elle révèle également une évolution progressive de la structure du marché marocain, dont la liquidité dépend de moins en moins des mouvements de capitaux internationaux et de plus en plus de l’épargne collectée et réinvestie localement.

La progression simultanée de plusieurs indicateurs confirme cette tendance. Les volumes de transactions ont progressé de 63% pour atteindre 161,1 milliards de dirhams en 2025, tandis que le marché central a vu son activité bondir de 98,2% sur un an.

Une telle accélération aurait été difficilement envisageable sans l’élargissement progressif de la base d’investisseurs locaux. Le nombre de comptes-titres a atteint 401.169 à fin 2025, contre 230.604 une année auparavant. La clientèle active des sociétés de bourse a, quant à elle, progressé de 142,3% pour atteindre 35.287 investisseurs, dont 32.002 particuliers marocains.

Ces chiffres traduisent une participation croissante de l’épargne des ménages au fonctionnement du marché financier. Ils témoignent également d’une diffusion plus large de l’investissement boursier au sein de l’économie.

La montée en puissance des institutionnels transforme la structure du marché

L’autre enseignement majeur du rapport réside dans le rôle joué par les investisseurs institutionnels. Derrière les volumes record observés en Bourse se trouve une industrie de la gestion collective qui continue de gagner en profondeur.

L’actif net global des organismes de placement collectif a atteint 956,3 milliards de dirhams à fin 2025, en progression de 22,1% sur un an. Les OPCVM demeurent le principal véhicule d’investissement avec un actif net de 785,1 milliards de dirhams.

Cette progression modifie progressivement le fonctionnement du marché. Les entreprises financières résidentes concentrent désormais 71% de l’actif net des OPCVM. Banques, compagnies d’assurances, organismes de retraite et autres institutions financières constituent ainsi le principal réservoir de capitaux mobilisés sur les marchés.

La croissance de ces encours contribue à renforcer la capacité du marché à financer l’économie à partir de ressources domestiques. Elle traduit également une sophistication croissante de l’épargne nationale, davantage orientée vers des véhicules d’investissement collectifs.

Les investisseurs étrangers privilégient les positions stratégiques

La faible part des investisseurs étrangers dans les échanges ne signifie pas pour autant leur retrait du marché marocain.

Les étrangers et les Marocains résidant à l’étranger détiennent encore 21,2% de la capitalisation boursière de la place casablancaise. Le rapport souligne toutefois que 89,4% de ces avoirs correspondent à des participations stratégiques.

Cette configuration suggère que les investisseurs internationaux privilégient davantage des positions de long terme dans les sociétés cotées que des opérations de marché à court terme. Leur contribution à la liquidité demeure limitée, mais leur présence continue de jouer un rôle important dans l’actionnariat des grandes entreprises marocaines.

La progression des investisseurs locaux s’est accompagnée d’une amélioration généralisée des indicateurs boursiers. Le MASI a enregistré une hausse de 27,6% en 2025, tandis que le MASI 20 et le FTSE CSE Morocco 15 ont respectivement gagné 24,5% et 27,6%.

La capitalisation boursière a franchi un seuil historique pour atteindre 1.040,7 milliards de dirhams, en hausse de 288,3 milliards sur un an. Le ratio capitalisation boursière sur PIB s’est établi à 61%, confirmant le poids croissant du marché des capitaux dans l’économie marocaine.

L’amélioration de la liquidité participe également à cette évolution. Le ratio de liquidité est passé de 12,5% à 14,2%, signe d’un marché plus actif et plus profond.

Les entreprises profitent d’un marché plus mature

Cette montée en puissance de l’épargne locale se reflète directement dans les capacités de financement offertes aux entreprises.

Les levées de capitaux ont atteint 143,6 milliards de dirhams en 2025, en progression de 30,6% par rapport à l’année précédente. La dette privée représente l’essentiel de ces financements avec 134 milliards de dirhams levés.

Le compartiment actions a également retrouvé un dynamisme remarquable. Les levées en titres de capital ont atteint 10,4 milliards de dirhams, notamment grâce aux introductions en Bourse de Vicenne, Cash Plus et SGTM.

L’engouement observé lors de ces opérations illustre l’abondance de la liquidité disponible sur le marché. Les trois introductions ont attiré près de 289.810 souscripteurs pour un montant global de souscriptions supérieur à 252 milliards de dirhams.

Les chiffres de 2025 mettent surtout en évidence la capacité croissante du marché marocain à mobiliser sa propre épargne pour financer sa croissance. La progression simultanée des OPCVM, des investisseurs particuliers, des volumes de transactions et des levées de capitaux dessine le profil d’un marché dont le développement repose de plus en plus sur des ressources domestiques.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 12/06/2026 à 17h15