Le gaming comme levier de croissance

Rabat Gaming City, le Maroc construit sa Silicon Valley du jeu vidéo.

Revue de presseLongtemps porté par une communauté de passionnés et une scène locale en pleine effervescence, le gaming marocain entre aujourd’hui dans une nouvelle phase de développement. Entre ambitions industrielles, investissements structurants et diversification des usages, le secteur s’impose progressivement comme un levier stratégique à la croisée de l’innovation, de l’économie numérique et des industries culturelles. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Economiste.

Le 21/05/2026 à 19h18

Pendant des années, le gaming au Maroc s’est construit autour d’une culture de passionnés, animée par les cybercafés, les tournois informels et une génération autodidacte de développeurs, streamers et joueurs. «Mais la troisième édition du salon dédié à cet univers, organisée du 20 au 24 mai à Rabat, marque un tournant», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du vendredi 22 mai. Entre cosplay, compétitions d’e-sport, écrans géants et espaces immersifs, l’événement s’inspire désormais des codes des grands rendez-vous internationaux. Pourtant, au-delà du spectacle, c’est une mutation plus profonde qui se dessine: le gaming n’est plus seulement un loisir, mais une industrie culturelle, technologique et économique à part entière.

Avec l’ambition affichée de capter 1% d’un marché mondial estimé à près de 300 milliards de dollars, porté par les jeux vidéo, les plateformes numériques, les contenus interactifs, l’e-sport, les technologies immersives et la gamification, le Maroc positionne ce secteur comme un pilier de sa stratégie de développement. Depuis plusieurs années, le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication multiplie les initiatives pour structurer la filière, présentée désormais comme un levier d’emploi, d’innovation et d’exportation. «Les objectifs avancés oscillent entre 5.000 et 10.000 emplois directs à l’horizon 2030», relate L’Economiste.

Cette évolution se reflète dans la nature des partenariats annoncés lors du salon. Le programme du «MGE Boardroom» évoque davantage un forum d’investissement technologique qu’un simple salon gaming. Les conventions signées impliquent des acteurs variés: l’enseignement supérieur, la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), l’Agence marocaine de développement des investissements (AMDIE), la Société marocaine des industries textiles (SMIT), l’Union européenne, l’Unicef, ainsi que plusieurs entreprises privées du secteur.

Cette diversification illustre une transformation majeure. Le gaming dépasse désormais le cadre du simple divertissement pour irriguer des domaines aussi variés que l’éducation, la santé, le tourisme ou la formation professionnelle. À travers la gamification (l’utilisation des mécanismes du jeu vidéo dans des activités non ludiques), des outils éducatifs et des dispositifs interactifs liés à la santé ont été développés en collaboration avec des écoles spécialisées. Progression, interaction, immersion ou simulation deviennent ainsi des leviers pour apprendre, former ou sensibiliser.

Le jeu vidéo cesse alors d’être un simple produit culturel pour s’imposer comme une technologie de l’expérience et de l’engagement numérique, ouvrant la voie à des applications innovantes dans des secteurs stratégiques.

L’autre enjeu, tout aussi crucial, concerne la structuration industrielle de la filière, écrit L’Economiste. Le projet Rabat Gaming City incarne cette ambition. Cette future cité du gaming, dont le coût est estimé à 360 millions de dirhams, a pour vocation d’accueillir des startups, des studios de développement, des arènes e-sport, des espaces d’innovation et des investisseurs internationaux. Son objectif ? Produire localement, attirer des studios étrangers, accompagner les startups marocaines et développer une chaîne de valeur complète.

Plusieurs accords annoncés lors du salon vont dans ce sens. Parmi eux, un partenariat avec l’Union européenne autour de la «Morocco Gaming Industry Strategy», ainsi que des collaborations avec Merak Capital et Pixoul Gaming, deux acteurs du Golfe spécialisés dans l’investissement gaming et les technologies immersives.

Malgré ces avancées, le chemin reste semé d’embûches. Le Maroc dispose encore de peu de studios capables de produire des jeux à grande échelle ou de publishers locaux en mesure d’accompagner financièrement et commercialement les productions nationales. La question des compétences apparaît également centrale. Une étude de benchmark citée par le ministère a identifié plus de 70 métiers liés au jeu vidéo, couvrant des domaines aussi variés que la programmation, l’animation, le design, la cybersécurité ou l’intelligence artificielle.

Plusieurs établissements marocains ont déjà réagi en lançant des formations spécialisées. Parmi eux, l’École nationale supérieure des arts décoratifs (Ensad), l’Université Ibn Tofaïl, l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT), ainsi que des partenariats avec certaines écoles françaises.

Par La Rédaction
Le 21/05/2026 à 19h18