Le commerce marocain traverse une période charnière. Sous l’effet conjugué de la révolution numérique et de l’évolution des attentes des consommateurs, le secteur doit repenser ses modèles pour rester compétitif. «Le digital n’est plus une option aujourd’hui, c’est une réalité qui s’impose à tous les acteurs», affirme Ali Tazi, président de l’Association Tijara, dans un entretien accordé au magazine Finances News Hebdo. Pour les distributeurs, cette transformation représente à la fois un défi et une opportunité majeure. «L’enjeu principal est d’abord un enjeu d’efficacité. Le digital permet de mieux piloter les stocks, d’optimiser les flux et de gagner en réactivité dans un environnement qui devient de plus en plus exigeant», explique-t-il.
«Mais au-delà des gains opérationnels, c’est toute la relation client qui se trouve bouleversée», note Finances News. «Le consommateur marocain est plus informé, plus connecté et attend plus de transparence et de rapidité. Le digital nous pousse donc à repenser notre approche, à être plus proches de nos clients et à leur offrir une expérience plus fluide et personnalisée», souligne Tazi. Cette mutation ne se limite pas aux grandes enseignes. Elle concerne l’ensemble de la chaîne de valeur, des producteurs aux détaillants. «Le digital peut être un formidable outil pour mieux connecter tous les maillons de cette chaîne et tirer l’ensemble du secteur vers le haut», estime le président de Tijara.
Pour réussir cette transition, trois leviers apparaissent comme prioritaires. La première priorité, c’est l’accessibilité des outils. Pour Tazi, Il faut que les solutions digitales soient simples, abordables et adaptées à la réalité de nos commerçants, notamment les plus petits. La deuxième clé réside dans l’accompagnement humain. «Un point souvent sous-estimé. Enfin, la réussite de cette mutation passe par une logique d’écosystème. «Aucun acteur ne peut avancer seul. Il faut créer des ponts entre distributeurs, fintechs, startups et pouvoirs publics pour construire des solutions concrètes et utiles», insiste Tazi.
Cependant, cette transition ne se fera pas sans obstacles. «Il faut être lucide: la transition ne se fait pas sans difficultés», admet le président de Tijara. Parmi les principales contraintes, il cite d’abord la persistance de l’informel dans le tissu commercial marocain. Cela rend l’adoption du digital plus complexe. La question de la confiance constitue un autre frein, notamment en matière de paiement électronique. «Le paiement mobile progresse, mais il reste des réticences. Les consommateurs comme les commerçants ont besoin d’être rassurés sur la sécurité et la simplicité de ces solutions», observe Tazi.
Les disparités territoriales représentent un défi supplémentaire. Tout le monde n’a pas le même accès aux infrastructures ou aux services digitaux. «Il faut veiller à ce que cette transition ne creuse pas les écarts entre les grandes villes et les zones moins bien desservies», note le président de Tijara.
Sur le plan réglementaire, le Maroc a réalisé des progrès significatifs ces dernières années, notamment en matière de paiement mobile et de transactions électroniques. «Mais nous sommes maintenant dans une phase où il faut accélérer et adapter le cadre aux nouvelles réalités du marché», estime Tazi. Selon ce dernier, certains acteurs trouvent encore que les procédures sont complexes ou pas toujours alignées avec la vitesse d’évolution du digital. Pour y remédier, trois chantiers prioritaires se dégagent. «D’abord, il faut accompagner davantage la formalisation du commerce», propose le président de Tijara. Pour ce dernier, le digital peut être une opportunité pour intégrer progressivement une partie de l’informel, mais cela doit se faire de manière incitative, pas contraignante.
Tazi plaide aussi pour un renforcement des mécanismes de soutien aux PME et aux petits commerçants car qu’il s’agisse de financement ou d’accompagnement, ces acteurs ont besoin d’un coup de pouce pour sauter le pas. Enfin, il insiste sur la nécessité d’une vision d’ensemble. « Le digital dans le commerce ne peut pas avancer en ordre dispersé. Il faut une vraie coordination entre les différentes initiatives publiques et privées pour éviter les doublons et maximiser l’impact», préconise-t-il.




