Malgré une adoption croissante des technologies numériques, l’économie marocaine demeure profondément ancrée dans l’usage des espèces. À la fin du mois de septembre 2025, la circulation fiduciaire a atteint le niveau record de 467,7 milliards de dirhams, affichant une progression de près de 10% sur un an. Ce chiffre met en lumière un paradoxe persistant qui caractérise le royaume: si le parc de cartes bancaires dépasse désormais les 21 millions d’unités et que le commerce électronique progresse de manière continue, la carte reste avant tout perçue par une grande majorité d’usagers comme un simple instrument de retrait auprès des guichets automatiques plutôt que comme un moyen de paiement direct pour les achats de tous les jours, indique le magazine Finances News Hebdo.
Cette résistance structurelle du cash s’explique par des facteurs à la fois culturels et économiques, notamment le poids prépondérant du secteur informel et des habitudes de consommation traditionnelles bien ancrées. Bien que l’amnistie fiscale de 2024 ait temporairement permis de réintroduire une partie des liquidités dans le circuit bancaire officiel, la tendance haussière de la monnaie en circulation a rapidement repris son cours tout au long de l’année 2025. Dès lors, qualifier le Maroc d’économie en voie de dématérialisation totale s’avère prématuré, car le billet de banque reste le pilier de la confiance dans les échanges.
Pourtant, le paysage des paiements de proximité commence à se transformer, sous l’impulsion d’une diversification de l’offre technologique destinée aux petits commerçants. Le terminal de paiement électronique traditionnel, souvent jugé trop coûteux en frais de transaction ou trop contraignant sur le plan technique pour les commerces de quartier, trouve aujourd’hui une alternative prometteuse dans les solutions basées sur le QR Code. Le lancement par l’opérateur Cash Plus d’un système de paiement par QR Code sur smartphone illustre cette volonté de démocratiser le digital en éliminant le besoin d’infrastructures lourdes pour les très petites entreprises.
Selon les spécialistes du secteur, le déploiement technique et la réduction des coûts ne suffisent plus à garantir la transition vers une société moins dépendante du cash, a-t-on lu dans Finances News Hebdo. Le véritable défi est désormais d’ordre culturel et comportemental, car les infrastructures sont prêtes et matures. Les experts s’accordent à dire que la bascule définitive vers le numérique se jouera exclusivement sur les transactions de la vie quotidienne. Tant que le paiement dématérialisé ne sera pas perçu comme aussi fluide, anonyme et spontané que l’usage du comptant pour les micro-achats, comme le règlement d’un café, d’une course en taxi ou d’un achat chez l’épicier, l’argent liquide conservera sa position de force dans l’économie nationale.




