L’intelligence artificielle occupe aujourd’hui une place centrale dans les stratégies de transformation des entreprises. Pourtant, derrière la promesse technologique, un constat demeure celui de la performance des outils d’analyse qui dépend avant tout de la qualité des données qu’ils exploitent. Une intelligence artificielle alimentée par des informations incomplètes ou obsolètes produit mécaniquement des résultats imparfaits.
Ce constat prend une résonance particulière au Maroc, où l’accélération de l’industrialisation, la digitalisation des entreprises et l’ouverture croissante aux marchés internationaux renforcent les besoins en information économique fiable. «Ce que les entreprises recherchent aujourd’hui, ce ne sont pas seulement des outils technologiques supplémentaires, c’est surtout une donnée de qualité, contrôlée de bout en bout, en français et en arabe, mise à jour quotidiennement», explique Inforisk.
Cette évolution traduit une transformation plus profonde de l’économie. La donnée ne constitue plus un simple support administratif. Elle devient un actif stratégique qui conditionne l’accès au financement, la gestion des risques, la conformité réglementaire et, de plus en plus, les capacités d’innovation.
La société couvre aujourd’hui près de 950.000 établissements marocains et bénéficie de l’appui du réseau mondial Dun & Bradstreet à travers sa joint-venture avec Altares. Ce dispositif lui donne accès à une base mondiale couvrant 220 pays, 600 millions d’entreprises et alimentée par près de cinq millions de mises à jour quotidiennes.
Cette internationalisation de la donnée répond à une évolution des besoins des entreprises marocaines. Les chaînes d’approvisionnement se mondialisent, les relations commerciales se diversifient et les opérations transfrontalières se multiplient.
Le risque caché des groupes d’entreprises
Parmi les trois innovations présentées cette année, la solution consacrée à la cartographie des groupes d’entreprises répond à une problématique particulièrement sensible pour les banques et les grandes entreprises: l’absence de vision consolidée du risque.
«Pour les banques comme pour les entreprises, la demande est très forte concernant cette donnée sur les groupes, pour une raison simple: l’absence de vision consolidée», souligne Amine Diouri, directeur produits, études et communication chez Inforisk.
Selon lui, l’évaluation du risque demeure souvent limitée à l’entité juridique avec laquelle une entreprise entretient une relation commerciale ou financière. Cette approche peut masquer des fragilités situées ailleurs dans le groupe.
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«Lorsqu’on ne dispose que d’une vision isolée d’une société, on passe à côté d’un certain nombre de signaux faibles. Et lorsque le problème survient, il est souvent déjà trop tard», explique-t-il.
L’enjeu est loin d’être théorique. Les transferts financiers entre filiales, les garanties croisées ou les dépendances opérationnelles peuvent rapidement transformer une difficulté localisée en risque systémique à l’échelle d’un groupe. «Notre cartographie couvre 12.000 groupes marocains. Cette donnée n’existait tout simplement pas sous cette forme sur le marché. Elle permet enfin d’obtenir une vision à 360 degrés des relations capitalistiques et des risques associés», affirme Amine Diouri.
La conformité devient un impératif économique
Le deuxième axe stratégique concerne la conformité et la connaissance du client, plus connues sous l’acronyme KYC.
L’enjeu dépasse désormais le seul secteur bancaire. Les exigences liées à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme concernent un nombre croissant de professions réglementées, allant des intermédiaires immobiliers aux experts-comptables.
Le retrait du Maroc de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) a constitué une étape importante. Toutefois, cette sortie s’accompagne d’obligations durables en matière de contrôle et de surveillance des opérations.
«Les autorités et les organismes internationaux ont demandé la mise en place de dispositifs renforcés de conformité et de connaissance du client», rappelle Amine Diouri.
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La nouvelle solution développée par Inforisk intègre notamment l’identification des bénéficiaires effectifs, le contrôle des personnes politiquement exposées, la vérification des sanctions internationales et le suivi de la presse négative.
Au-delà du respect des obligations réglementaires, ces outils répondent à une problématique économique plus large celle de la confiance. Dans une économie de plus en plus interconnectée, la capacité à vérifier rapidement l’identité réelle d’un partenaire et à mesurer son niveau de risque devient un élément déterminant de la fluidité des transactions.
Réduire les retards de paiement grâce à la donnée
Le troisième lancement vise un sujet particulièrement sensible pour les entreprises marocaines notamment le pilotage du poste clients et le recouvrement. Sur ce point, les délais de paiement continuent de peser sur la trésorerie de nombreuses entreprises, en particulier les PME. Comme solution, Inforisk affirme que sa plateforme permet de réduire jusqu’à 30% les retards de paiement tout en multipliant par trois la productivité des équipes.
Cette performance repose sur une combinaison d’automatisation et d’analyse prédictive. «L’objectif n’est pas de remplacer l’humain, mais d’augmenter sa productivité», insiste Amine Diouri.
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L’intérêt économique réside dans la capacité à intervenir plus tôt. Grâce à l’actualisation permanente des données, les entreprises peuvent détecter les signes de fragilité financière d’un client avant que les impayés ne s’accumulent.
«Si un client présente des signes de fragilité financière, l’entreprise peut réagir plus rapidement, adapter sa stratégie de recouvrement et prendre les mesures appropriées», explique-t-il.
Cette logique marque une évolution importante dans la gestion du risque. Les entreprises passent progressivement d’une approche réactive, centrée sur le traitement des impayés, à une approche prédictive fondée sur l’anticipation.
L’intelligence artificielle ne vaut que par la qualité de la donnée
Cette montée en puissance de l’automatisation et de l’intelligence artificielle pourrait laisser penser que la technologie suffit à elle seule à produire de la valeur. Les responsables d’Inforisk défendent pourtant une approche différente.
«L’intelligence artificielle est un outil puissant d’analyse et de traitement des volumes massifs de données, mais elle ne constitue qu’une partie du processus», souligne Amine Diouri.
Face à toute cette mutation, la démocratisation reste un sujet pour le moins sensible, ce qui est justement un point pris en charge par Inforisk selon Amine Diouri qui soutient que «cette transformation ne concerne pas uniquement les grandes entreprises». Le tissu économique marocain reste largement dominé par les TPE et les PME, qui disposent souvent de moyens limités pour accéder à des outils sophistiqués de gestion du risque.
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Inforisk affirme avoir conçu des offres adaptées à toutes les catégories d’entreprises afin d’élargir l’accès à l’information économique.
«La démocratisation, c’est permettre à l’ensemble des entreprises marocaines d’accéder au même niveau de transparence et d’information que les grandes structures», estime Amine Diouri. Ce qui pourrait être une meilleure circulation de l’information et qui réduira sans doute les asymétries de marché et facilite l’accès au crédit.



