À quelques heures d’un scrutin décisif prévu ce mardi 23 juin, la Confédération marocaine des exportateurs (ASMEX) s’apprête à vivre une élection particulièrement tendue, marquée par des divergences profondes sur l’avenir de l’organisation et, plus largement, sur la définition même de la notion d’«expérience avérée» dans le domaine de l’export.
Le climat s’est encore alourdi après la décision du président sortant, Hassan Sentissi, de convoquer une assemblée générale extraordinaire la veille du vote, le 22 juin. À l’ordre du jour figure une révision des statuts et une clarification des critères d’éligibilité, notamment la notion d’expérience avérée en matière d’export. Une initiative qui intervient alors que le président sortant conteste l’éligibilité des trois candidats en lice, estimant qu’ils ne remplissent pas, à ses yeux, les conditions requises.
Dans ce contexte de forte tension institutionnelle, deux candidats ont déjà dévoilé leur projet et leur programme électoral: Adil Zaidi et Aziz Mantrach. Une troisième candidature est également en lice, celle de Sonia Mezzour, qui n’a, pour l’heure, pas encore présenté publiquement son programme.
Adil Zaidi: vers une “révolution exportatrice” structurée et souveraine
Entrepreneur industriel et figure engagée du patronat, Adil Zaidi occupe plusieurs fonctions de premier plan dans l’écosystème économique marocain. Président de la Fédération de l’automobile au sein de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), membre du conseil d’administration du patronat, vice-président de l’ASMEX et PDG de Bennes Marrel Maroc, il revendique une double expérience bancaire et industrielle dans le commerce international.

Son parcours dans le financement du commerce extérieur lui a permis de maîtriser les mécanismes clés de l’export: crédits documentaires, réglementation des changes, logistique internationale, douane et assurance export. Une expertise qu’il a mise au service de nombreuses entreprises marocaines dans leurs opérations à l’international, notamment vers l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique.
Dans son programme, Adil Zaidi défend l’idée d’une véritable “révolution exportatrice” au service de la souveraineté économique du Maroc. Selon lui, le Royaume se trouve à un tournant stratégique, où l’export doit devenir un pilier central de la compétitivité nationale dans un contexte mondial marqué par la recomposition des chaînes de valeur et les tensions géopolitiques.
Son projet repose sur plusieurs axes structurants: l’élargissement de la base des exportateurs, l’accompagnement des primo-exportateurs, la réforme des mécanismes de financement, ainsi que la formation aux exigences du commerce international. Il plaide également pour une mutualisation des moyens entre grandes entreprises et PME, à travers des dispositifs de mentorat et de coopération.
Au cœur de sa vision figure la transformation de l’ASMEX en une structure dite “ASMEX+”, plus proche des entreprises et des territoires. Cette nouvelle configuration ambitionne de faire de l’organisation un véritable hub de services couvrant le financement, l’intelligence économique, la logistique et la digitalisation, tout en renforçant son rôle d’influence dans l’élaboration des politiques publiques.
À terme, Adil Zaidi souhaite faire de l’ASMEX une “Maison des exportateurs”, capable de structurer, former et accompagner l’ensemble des acteurs du commerce international marocain.
Aziz Mantrach: une ASMEX modernisée, connectée et tournée vers les PME
De son côté, Aziz Mantrach s’impose comme une figure reconnue du commerce international, avec une forte spécialisation dans la logistique maritime et le transport. Vice-président de l’ASMEX en charge du pôle logistique, ancien président de la fédération internationale des associations de transitaires et assimilés (FONASBA) et président de l’Association professionnelle des agents maritimes, consignataires de navires et courtiers d’affrètement du Maroc (APRAM), il capitalise sur près de quarante années d’expérience dans les métiers du transport et de l’export.

Son positionnement repose sur une vision pragmatique de l’export, fortement ancrée dans les réalités opérationnelles des entreprises, notamment les PME et PMI souvent confrontées à des obstacles logistiques, financiers et réglementaires.
Aziz Mantrach défend le concept d’une ASMEX «utile, influente et moderne», pensée comme une véritable «maison commune des exportateurs». Son objectif est de renforcer la cohésion entre les acteurs et d’améliorer l’efficacité de l’organisation au service direct des entreprises.
Son programme met l’accent sur l’accompagnement renforcé des exportateurs, avec des solutions concrètes en matière de financement, de simplification des démarches et d’appui technique. Il insiste particulièrement sur la nécessité de transformer les contraintes quotidiennes des entreprises en priorités d’action de l’organisation.
Autre pilier majeur de sa vision, la digitalisation. Il propose la création d’une plateforme intelligente intégrant les technologies d’intelligence artificielle, permettant aux exportateurs d’accéder en temps réel aux opportunités de marché et aux évolutions réglementaires. Il envisage également le lancement d’une «ASMEX Academy», dédiée à la formation et au renforcement des compétences à l’échelle nationale.
Sur le plan institutionnel, Aziz Mantrach souhaite renforcer le poids de l’ASMEX dans le débat public et en faire un acteur influent des politiques commerciales, capable d’anticiper les mutations du commerce mondial.
Sonia Mezzour: une candidature portée une vision internationale de l’export
Troisième candidate, Sonia Mezzour s’impose comme l’une des figures expérimentées en lice pour succéder à Hassan Sentissi. Vice-présidente sortante de l’organisation, elle ambitionne de mettre son parcours international au service d’un renforcement durable de la compétitivité des exportateurs marocains.
Actrice engagée des réflexions sur le financement du commerce extérieur, elle préside également la Commission Financement et Assurance de l’ASMEX, où elle s’est investie dans les questions liées au trade finance, aux mécanismes de garantie et à l’amélioration de l’accès des entreprises aux marchés internationaux.

Banquière d’affaires depuis près de trente ans, Sonia Mezzour dirige aujourd’hui OVERSEE, une banque d’affaires agréée par l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), spécialisée dans la structuration financière et l’accompagnement des opérations d’investissement au Maroc, en Afrique et en Europe. Son expertise couvre notamment les partenariats public-privé, le financement d’infrastructures et les montages financiers complexes, des domaines stratégiques pour soutenir la montée en puissance des exportations marocaines.
Au Maroc, elle a occupé des fonctions de haut niveau dans l’administration, notamment en tant que conseillère au sein du ministère de l’Énergie, puis secrétaire générale de l’ADEREE, aujourd’hui Agence marocaine pour l’efficacité énergétique (AMEE). Elle y a contribué à la mise en œuvre de politiques structurantes liées à la transition énergétique et au développement durable.
Dans un contexte où les exportateurs marocains sont confrontés à des exigences croissantes en matière de durabilité, de décarbonation et de compétitivité, notamment sur le marché européen, Sonia Mezzour met en avant une expertise liée aux enjeux énergétiques et environnementaux. Elle intervient régulièrement sur les questions d’énergies renouvelables, d’hydrogène vert et d’efficacité énergétique, des thématiques désormais centrales dans les stratégies d’export.
À travers cette candidature, elle défend une approche fondée sur la finance, la gouvernance et l’ouverture internationale, estimant que la transformation de l’ASMEX passe par une meilleure intégration des standards globaux et une capacité renforcée à accompagner les entreprises dans des environnements de plus en plus complexes.
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Au-delà des candidatures, cette élection s’inscrit dans un moment charnière pour l’écosystème exportateur marocain. Entre la volonté de renforcer la souveraineté économique, la nécessité d’élargir la base exportatrice et les défis liés à la compétitivité internationale, les programmes d’Adil Zaidi et d’Aziz Mantrach traduisent deux approches complémentaires d’une même ambition. Celle de faire de l’export un levier central du développement du Royaume.




