Réuni jeudi 3 septembre 2026 sous la présidence de Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des Finances, le conseil d’administration de la CNSS a validé la création de deux nouvelles filiales. La première sera dédiée à la gestion des polycliniques de la CNSS, tandis que la seconde aura pour mission d’accélérer la transformation digitale de l’institution.
Derrière cette décision se dessinent deux chantiers majeurs pour la Caisse. Le premier concerne un réseau de soins qui traîne depuis plusieurs années un déficit structurel et dont la restructuration nécessite désormais un cadre de gestion spécifique. Le second touche au numérique, devenu un enjeu à la fois de performance, de qualité de service et de cybersécurité, notamment après la cyberattaque et la fuite de données personnelles dont la CNSS a été victime en 2025.
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La création d’une filiale dédiée aux Polycliniques intervient au terme d’une longue période de difficultés financières et opérationnelles pour le réseau de soins de la CNSS, mais répond également à une exigence de mise en conformité réglementaire.
Pendant plusieurs années, ces établissements ont évolué dans un cercle vicieux. Les déficits limitaient les capacités d’investissement, le vieillissement des équipements pesait sur l’attractivité des structures et la faiblesse de l’activité contribuait à son tour à creuser les pertes.
En 2024, le déficit structurel des Polycliniques était encore estimé à environ 250 millions de dirhams par an.
La situation a toutefois commencé à évoluer avec le programme de restructuration engagé par la CNSS. Le chiffre d’affaires du réseau est passé d’environ 430 millions de dirhams en 2021 à près de 700 millions en 2025, tandis que le déficit structurel a été réduit.
Mais au-delà de l’amélioration des indicateurs financiers, la question du modèle de gestion demeurait posée. La CNSS explique aujourd’hui que la filialisation répond d’abord à une nécessité de conformité avec le cadre légal régissant l’Assurance maladie obligatoire (AMO).
«La filialisation des polycliniques de la CNSS répond à une conformité réglementaire. Il ne doit pas y avoir une gestion directe par la CNSS», souligne-t-on du côté de la Caisse.
Le fondement juridique avancé renvoie notamment à la loi 65-00 portant code de la couverture médicale de base. Son article 44 encadre en effet la séparation des fonctions et ne permet pas à la CNSS de cumuler le rôle d’assureur ou de gestionnaire de l’assurance maladie avec celui d’administrateur de soins.
La filialisation vise ainsi à mettre fin à ce chevauchement en donnant aux Polycliniques une structure juridique et une gouvernance propres, distinctes de celles de la Caisse.
Le processus n’est d’ailleurs pas nouveau. Le texte portant création de la filiale avait déjà été publié l’année dernière, mais sa mise en œuvre restait conditionnée à l’approbation du conseil d’administration de la CNSS. La décision adoptée jeudi 3 septembre vient ainsi compléter ce processus et permettre son passage à une nouvelle étape.

Cette évolution ne signifie toutefois pas une privatisation des établissements. Les Polycliniques resteront dans le périmètre semi-public, sous l’égide de la CNSS. La nouvelle entité prendra la forme d’une filiale à part entière, dotée de ses propres organes de gestion, avec l’objectif d’adapter son fonctionnement aux spécificités d’une activité de soins.
Cette réorganisation intervient alors que les capacités d’investissement du réseau médical ont longtemps constitué un point de fragilité. Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) avait notamment relevé la diminution progressive du financement consacré aux unités médicales de la Caisse, une situation qui avait contribué à ralentir, voire à geler, le développement du réseau.
La nouvelle filiale pourrait ainsi constituer un tournant dans la stratégie des Polycliniques. L’enjeu sera désormais de restaurer leur capacité d’investissement, moderniser les équipements, améliorer l’offre médicale et accroître leur attractivité, dans un environnement où la concurrence du secteur privé est forte.
La question sera donc moins celle d’un simple changement de statut que de la capacité de cette nouvelle structure à instaurer une gouvernance adaptée et à construire, dans la durée, un modèle économique viable pour les Polycliniques de la CNSS.
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Le deuxième chantier est d’une tout autre nature. Le Conseil d’administration de la CNSS a également approuvé la création d’une filiale dédiée à la transformation digitale, appelée à accompagner la Caisse dans le déploiement de sa feuille de route numérique sur plusieurs années.
Cette nouvelle structure s’inscrit dans une stratégie de transformation qui ne se limite pas à la dématérialisation de quelques services. La CNSS prévoit en effet de faire évoluer progressivement ses usages numériques, aussi bien à travers ses applications internes et externes que par le développement de nouveaux produits et services digitaux.
C’est précisément sur ce terrain que doit intervenir la future Digital Factory. «La Digital Factory a pour rôle de s’occuper du développement de tout l’asset digital de la CNSS», explique la même source.
Autrement dit, cette entité aura vocation à devenir le bras opérationnel de la CNSS pour la conception et le développement de ses solutions numériques, avec une logique davantage orientée vers le produit, l’innovation et la capacité à faire évoluer rapidement les outils mis à la disposition des collaborateurs, des assurés et des autres usagers.
La création de cette filiale traduit ainsi la volonté de la Caisse de structurer durablement ses capacités internes de développement digital, alors que ses missions et ses services connaissent une transformation progressive.
Notre interlocuteur tient toutefois à établir une distinction claire entre cette nouvelle structure et les fonctions liées à la cybersécurité. La Digital Factory n’a pas vocation à prendre en charge la sécurité des systèmes d’information. La cybersécurité reste donc rattachée à un dispositif spécifique, avec sa propre direction et ses équipes dédiées. La Digital Factory intervient, pour sa part, sur un autre maillon de la transformation, à savoir le développement et l’évolution de l’écosystème digital de la CNSS.
La nouvelle filiale devra ainsi accompagner une feuille de route appelée à s’étaler sur plusieurs années, avec un périmètre susceptible de s’élargir au fur et à mesure de l’apparition de nouveaux besoins et de nouveaux produits numériques.



