Cybersécurité: le Maroc, troisième pays d’Afrique le plus touché par les cybermenaces en 2025

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Un cadenas sur un écran, illustrant les risques de piratage informatique et les menaces en ligne. (Photo d'illustration) . DR

Le Maroc se classe au troisième rang des pays africains ayant enregistré le plus grand nombre d’événements liés aux cybermenaces en 2025. Au total, 7.300 événements ont été recensés dans le Royaume, soit 10,6% des 69.236 événements comptabilisés à l’échelle du continent, selon un rapport de Mastercard.

Le 22/10/2026 à 08h57

Le Maroc arrive au troisième rang des pays africains comptant le plus d’événements cyber observés en 2025, derrière le Nigeria et l’Afrique du Sud.

Selon le rapport Africa’s Digital Defense Race, publié le 12 octobre par Mastercard, près de 7.300 événements visant des organisations marocaines ont été recensés par sa plateforme Cyber Insights sur l’année. À l’échelle du continent, 69.236 événements ont été enregistrés, soit environ un événement toutes les huit minutes.

Le Maroc en représente 10,6%, avec une moyenne de 612 événements par mois et un pic de 1.882 en avril, selon le rapport Africa Cybersecurity 2026 de Mastercard.

Le classement place le Nigeria en tête, avec 24,4% du total continental, suivi de l’Afrique du Sud, qui en concentre 12,6%. Le Maroc devance ainsi l’Égypte, qui représente 8,8% des événements, tandis que le Kenya arrive ensuite avec 7,1%. Au total, ces quatre économies, parmi les marchés les plus numérisés du continent, concentrent 54,7% de l’activité observée.

Cette concentration s’explique notamment par le développement des services numériques, des infrastructures financières et des plateformes en ligne. Les pays où circulent d’importants volumes de transactions et de données présentent davantage de systèmes susceptibles d’être ciblés.

La CNSS et la conservation foncière parmi les organismes touchés

Au Maroc, le rapport revient sur plusieurs incidents ayant visé des institutions détenant des informations sensibles. Le plus marquant concerne la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), qui avait confirmé, le 8 avril 2025, que ses systèmes d’information avaient été ciblés par une cyberattaque.

Selon les informations reprises dans le document, l’incident a exposé des données personnelles concernant près de deux millions de personnes et environ 500.000 entreprises affiliées.

L’ampleur des informations concernées souligne les enjeux liés à la sécurisation des bases de données utilisées par les organismes sociaux. Ces systèmes centralisent des renseignements sur les assurés et les entreprises, dont l’exposition peut accroître les risques d’usurpation d’identité, de fraude ou d’utilisation abusive des données personnelles.

Un autre incident est signalé le 2 juin 2025 contre l’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie (ANCFCC). Le groupe se présentant sous le nom de Jabaroot avait revendiqué cette cyberattaque et affirmé avoir extrait quatre téraoctets de données. Parmi les informations qu’il disait avoir dérobées figuraient des certificats de propriété, ainsi que des documents d’identité, des passeports et des données bancaires.

Ces deux affaires concernent des organismes dont les systèmes traitent des informations à caractère personnel ou patrimonial. Elles illustrent les conséquences potentielles d’une compromission informatique pour les citoyens, les entreprises et les institutions chargées de gérer des données sensibles.

Le secteur public n’est toutefois pas le seul concerné. À l’échelle africaine, les technologies, les administrations publiques et les services financiers représentent ensemble 44% des événements recensés par Mastercard en 2025. Ces trois secteurs concentrent une part importante des données, des infrastructures et des opérations indispensables au fonctionnement de l’économie numérique.

Des attaques de plus en plus organisées

Les méthodes employées par les cybercriminels sont multiples. À l’échelle du continent, les logiciels malveillants, les rançongiciels, l’ingénierie sociale par courrier électronique ainsi que les opérations de reconnaissance et de préparation des attaques figurent parmi les principaux vecteurs recensés. À eux quatre, ils représentent 57,6% des événements observés.

Les logiciels malveillants peuvent servir à infiltrer un système, à dérober des informations ou à perturber son fonctionnement. Les rançongiciels bloquent l’accès à des fichiers ou à des systèmes, souvent pour exiger le paiement d’une rançon. Quant à l’ingénierie sociale, elle repose sur la manipulation des utilisateurs, par exemple au moyen de courriels frauduleux destinés à récupérer des identifiants ou à les inciter à ouvrir des pièces jointes dangereuses.

La préparation d’une attaque peut également passer par la recherche de vulnérabilités, l’identification des systèmes exposés et la collecte d’informations sur la cible. Ces opérations permettent aux auteurs de mieux préparer leur intrusion.

Le rapport relève une professionnalisation de la cybercriminalité. Plus de 60% des événements pour lesquels un acteur a pu être identifié sont attribués à deux catégories: les pirates informatiques malveillants, dits blackhat hackers, et les groupes criminels organisés. Les premiers représentent 41,5% des événements attribués, contre 20% pour les seconds.

Les acteurs politiquement motivés, désignés dans le rapport comme cyber warriors, représentent par ailleurs 13,9% des événements attribués, tandis que les acteurs étatiques ou soutenus par des États en représentent 9,7%. Les motivations peuvent ainsi varier entre le gain financier, l’espionnage, l’accès à des infrastructures et la perturbation de systèmes.

Une progression des risques plus rapide que celle des défenses

La situation marocaine s’inscrit dans une hausse plus générale des cybermenaces en Afrique. Entre 2016 et 2025, le nombre estimé de cyberattaques sur le continent a progressé de 421,4%, contre 307,3% à l’échelle mondiale, selon les données reprises dans le rapport.

Cette évolution accompagne une transformation rapide des économies africaines. En quinze ans, les services financiers mobiles, le commerce électronique, les plateformes de paiement et les démarches administratives en ligne ont profondément modifié les échanges entre particuliers, entreprises et institutions.

Le développement de ces services crée de nouvelles possibilités économiques, mais élargit aussi la surface d’exposition aux cybermenaces. Les systèmes qui traitent les paiements, stockent les données personnelles ou assurent la continuité des services peuvent devenir des cibles pour des groupes cherchant à obtenir des informations, détourner des fonds ou perturber une activité.

Le rapport mesure cette accélération à travers plusieurs indicateurs. Entre 2016 et 2025, le nombre d’utilisateurs de services de monnaie mobile en Afrique a été multiplié par 5,9, celui des services bancaires numériques par 4,7 et la valeur du commerce électronique par 4,2. Dans le même temps, le marché africain des paiements numériques pourrait atteindre 1.500 milliards de dollars à l’horizon 2030. L’économie liée à l’intelligence artificielle pourrait, elle, représenter 16,5 milliards de dollars à la fin de la décennie.

La place croissante de ces outils rend la cybersécurité essentielle au fonctionnement des services numériques. Une attaque contre une plateforme de paiement peut affecter les entreprises qui l’utilisent, tandis qu’une fuite de données peut compromettre la confiance des clients et entraîner des coûts de remise en état, d’enquête et de sécurisation.

Les conséquences financières sont déjà importantes. Selon les données d’Interpol citées dans le rapport, les pertes liées à la cybercriminalité en Afrique auraient atteint 484 millions de dollars en 2025, contre 192 millions en 2024. Le nombre de victimes identifiées serait passé de 35.000 à 87.000 sur la même période. Les estimations agrégées d’Interpol évaluent par ailleurs à au moins cinq milliards de dollars les dommages économiques directs causés par la cybercriminalité sur le continent en 2025.

Le rapport souligne toutefois que les chiffres disponibles ne reflètent qu’une partie de la réalité. Seuls 30% des pays africains disposent d’un système de signalement des incidents, 29% maintiennent un répertoire de preuves numériques et 19% possèdent une base de données de renseignement sur les cybermenaces. Le manque de dispositifs de signalement et de partage d’informations limite la capacité à documenter les incidents et à mesurer leur coût réel.

Le manque de compétences, un frein à la résilience

Au-delà des outils techniques et des dispositifs juridiques, la disponibilité des compétences constitue un autre défi. Le rapport estime à plus de 200.000 le nombre de postes en cybersécurité non pourvus en Afrique à la fin de 2025. Il fait également état d’un déficit de main-d’œuvre de 23% dans l’écosystème continental et indique que 36% des organisations africaines déclarent ne pas disposer d’un niveau de résilience cyber suffisant.

L’intelligence artificielle contribue également à faire évoluer les menaces. Elle permet notamment d’automatiser certaines opérations, d’adapter des messages frauduleux à leurs destinataires et de faciliter la préparation de campagnes à grande échelle. Les entreprises doivent donc renforcer leurs moyens de détection, former leurs équipes et préparer des procédures de réponse et de rétablissement en cas d’incident.

Pour les organisations, la prévention ne se limite pas à l’installation de solutions informatiques. Elle implique aussi la surveillance des systèmes, la gestion des accès, les mises à jour de sécurité, la formation des employés et la capacité à réagir rapidement lorsqu’une intrusion est détectée.

Le rapport insiste, à ce titre, sur la nécessité d’une coopération entre les pouvoirs publics, les régulateurs, les entreprises technologiques, les banques et les opérateurs de télécommunications. Une grande partie des infrastructures numériques africaines est développée et exploitée par le secteur privé, tandis que les autorités publiques définissent les règles, coordonnent certaines réponses et assurent les poursuites judiciaires. Le partage d’informations sur les menaces devient ainsi un levier important pour détecter les attaques et limiter leur propagation.

Le Maroc dispose d’un cadre institutionnel dédié

Le Royaume s’appuie déjà sur plusieurs instruments juridiques et institutionnels pour encadrer la cybersécurité et la protection des données. La Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI), créée en septembre 2011, est l’autorité nationale chargée de ces questions. Elle assure notamment le fonctionnement du maCERT, l’équipe marocaine de réponse aux incidents de sécurité informatique.

Le cadre juridique comprend également la loi 09-08 de 2009 relative à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel. Elle encadre l’utilisation des informations personnelles et prévoit un dispositif de contrôle assuré par la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP).

La loi 05-20, adoptée en 2020, porte sur la cybersécurité et fixe notamment des règles relatives à la protection des systèmes d’information des infrastructures d’importance vitale. Le décret n° 2-21-406 de 2021 a ensuite précisé le rôle de la DGSSI en tant qu’autorité nationale de cybersécurité et a encadré des dispositifs liés à la certification des systèmes d’information, aux audits de sécurité et à la qualification des prestataires spécialisés.

Le rapport situe le Maroc parmi les pays africains disposant d’une organisation institutionnelle déjà structurée en matière de cybersécurité. Il souligne notamment l’existence d’un cadre juridique dédié, d’une autorité nationale et de mécanismes de protection des infrastructures sensibles. Le volume d’événements observés ne suffit toutefois pas à mesurer, à lui seul, l’efficacité de ces dispositifs.

La cybersécurité, un enjeu de confiance économique

Pour Mastercard, la résilience numérique ne relève pas uniquement de la protection contre les attaques. Elle conditionne également la confiance nécessaire au développement des paiements, des services financiers et du commerce en ligne. Les entreprises et les consommateurs doivent pouvoir utiliser ces outils sans craindre systématiquement la compromission de leurs données ou l’interruption des services.

Le groupe a annoncé en 2026 le lancement du Mastercard Africa Cybersecurity Center of Excellence, un centre virtuel destiné à favoriser le partage de renseignements sur les menaces, le suivi des risques et le renforcement des capacités de défense. Son déploiement initial concerne l’Afrique du Sud et le Nigeria. Cette initiative s’inscrit dans les investissements mondiaux du groupe en cybersécurité, qui dépassent 12,6 milliards de dollars depuis 2019, selon le rapport.

À l’échelle continentale, Interpol a également mené plusieurs opérations coordonnées contre les réseaux de cybercriminalité. L’opération Serengeti 2.0, conduite entre juin et août 2025 dans 18 pays africains, a abouti à 1.209 arrestations, à la récupération de 97,4 millions de dollars et au démantèlement de 11.432 infrastructures malveillantes, selon les chiffres repris dans le document. Les opérations ciblaient notamment les rançongiciels, les escroqueries en ligne et les fraudes par compromission de messagerie professionnelle.

Pour le Maroc, les chiffres de Mastercard placent ainsi la protection des systèmes d’information et des données au cœur des enjeux liés à la transformation numérique. Le Royaume dispose d’un cadre institutionnel dédié, mais les incidents signalés en 2025 rappellent l’importance de la prévention, de la détection des intrusions et de la capacité à réagir rapidement.

Dans un environnement où les échanges et les services dépendent de plus en plus des infrastructures numériques, la cybersécurité devient aussi une condition de continuité des activités et de confiance dans l’économie.

Par La Rédaction
Le 22/10/2026 à 08h57